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28.1.2010 par Flo.
-J’avais écrit un long billet pour me plaindre, et je ne suis pas certaine de le publier, parce que malgré tout je me sens honteuse et que ce serait à nouveau voir le verre à moitié vide.
-N’empêche, j’ai quand même une dent certaine contre ma banque et celle de mon homme, qui sont en train de nous expliquer que les 2 petits jours dont on rêvait au ski, au soleil, dans la neige, loin de tout et juste pour se ressourcer, ça risque de devenir impossible. On ne demande pas la montagne, juste de pouvoir y aller, pourtant!!
-J’ai beau essayer d’être sage et obéissante, y’a des fois où j’ai très envie de me révolter. J’ai beau penser que je n’ai vraiment pas à me plaindre et que j’ai plein de belles opportunités, là c’est une goutte d’eau qui fait déborder le vase, un renoncement de trop en trop peu de temps. Ca passera, ou pas.
-Je vis depuis quelques séances des cours assez impressionants d’intensité. Sur un protocole qui, au départ, ne m’enthousiasmait pas plus que ça. Mais soit j’arrive à me sentir suffisamment à l’aise pour vraiment rentrer pleinement dans l’action, soit c’est ma fois une technique qui me convient bien. Envolées les appréhensions du premier cours, et même, en sortant de là, j’ai parfois un sentiment de frustration tant j’aimerais rentrer encore plus au coeur du sujet et ne pas m’arrêter qu’à l’aspect bien être.
-A ce sujet, j’ai justement servi de cobaye hier pour l’une des démonstrations. Ca ne m’arrive pas souvent, par choix personnel, mais hier, j’ai compris le bonheur de se faire masser par un professionnel qui a ce qu’on appelle une “vraie main”. Ca appuye juste là où il faut avec la bonne énergie, et précisément comme on l’espère. Je rêverais d’avoir son toucher, je rêverais d’avoir son instinct, je rêverais d’en savoir plus…
-Je suis contrariée, raison pour laquelle je n’arrive pas à rédiger un véritable billet du début à la fin. Ca fait partie des phrases récurrentes que je pourrais garder dans un coin pour les recoller régulièrement ici.
-Quoi qu’il arrive, ici ou ailleurs, chez nous ou à la montagne, la semaine de vacances avec mon amoureux sera merveilleuse, je le sais et j’en suis persuadée. J’ai encore une montagne de boulot à faire (à laquelle je ferais mieux de m’atteler plutôt que de blogger), et le vendredi risque d’être très long, mais que c’est bon de se dire “demain je suis en vacances”!
C’est tout pour aujourd’hui, et déjà bien suffisant!
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25.1.2010 par Flo.
-Lumière grise plombée, et léger rayon de soleil par-dessus. Ca donne quelque chose de magique, de poudré, ça s’en va comme ça arrive, impression de velours et de force. Je guette l’extérieur, je suis partout sauf devant mon travail, j’ai la tête qui vit sa vie.
-Légère appréhension du cours de ce soir. On franchit une étape majeure, nouveau protocole, et nouvelles techniques, pas des moindres. On est désormais un groupe suffisamment soudé pour passer outre les apparences, mais n’empêche, ce n’est pas évident. J’espère que passée cette première étape, je serai rassurée pour la suite.
-4 jours et demi avant les vacances. Un monde, un univers, des heures encore pendant lesquels le temps va s’allonger, s’étirer, tomber dans une faille, mais je tiens bon, j’essaye, j’insiste.
-Sentir mon collègue débordé, au bout du rouleau, le soulager le mieux possible (lui et tous les autres) sans y parvenir, tenter de blinder la carapace pour ne pas jouer à l’éponge, ne pas tout prendre sur moi.
-Chercher un hôtel, une chambre d’hôtes, un lieu cocon qui nous accueillera la semaine prochaine, au moins 1 nuit, probablement en montagne, où il y aura de la neige, du froid, mais un lieu où l’on peut respirer, enfin, complètement, à pleins poumons, et se sentir légers et heureux, tous les 2 ensemble
-Déguster ces petites phrases chaque matin, dans le livre offert, petit recueil de pensées si sages et comme des rappels aux essentiels, à ce à quoi il est important d’être attentifs. Autant de petites graines que je range dans un coin de mon esprit, qui germent ou non, qui me paraissent familières, mais pas suffisamment pour que je les applique systématiquement.
-La discussion qui a eu lieu avec mon cher et tendre au sujet de ces phrases, de cette philosophie de vie, 2 points de vue différents, mais pour en conclure qu’après tout qu’importe les moyens, le but est le même, et qu’une fois de plus, nous nous découvrons d’accord sur nos essentiels. Comment pourrions-nous faire autrement qu’être heureux ensemble?
Essayer de rester zen pour la semaine entière…
Posté dans Manie des listes, Petits plaisirs & petits bonheurs, états d'âme | 5 commentaires »
22.1.2010 par Flo.
*Le corps, l’esprit qui se tendent dans l’impatience de se retrouver, chaque jour, chaque soir ou chaque matin
*Avoir hâte de raconter, partager
*Sentir la sérénité, quoi qu’il arrive, savoir que tout peut toujours se discuter, s’expliquer
*Etre comme un capitaine de voilier: tenir un cap à 2, et réajuster la voilure lorsque le vent change, délicatement et en accord
*Oublier qu’un jour, revenir chez soi était un poids et une douleur. Se sentir plume légère, tous les jours
*Regarder l’autre avant de s’endormir, ne pas croire à la chance que l’on peut avoir de vivre cela. Essayer de s’en persuader, s’en émerveiller
*Vivre des moments denses, et n’attendre que le week-end pour se retrouver, à 2, ensemble, enfin, longtemps
*Ne pas toujours se sentir à la hauteur de sa patience, sa confiance, et chercher les mots et la façon de le remercier
*Trouver les termes exacts de ce billet en s’endormant dans ses bras, se réveiller en les ayant oublié, avec frustration
*Se sentir libre et à la juste et bonne place. Etre soi-même, simplement, et permettre la même chose à l’autre. Souhaiter, de tout coeur, que chaque personne autour et plus loin puisse enfin vivre la même chose, sans savoir comment l’expliquer
Merci, mon Amour. Ces mots n’expriment pas le quart de la moitié de ce que je voudrais faire passer ou de ce que je pense, mais il me paraissait important de l’écrire, tout de même….
Posté dans Manie des listes, Petits plaisirs & petits bonheurs, renaissance | 6 commentaires »
21.1.2010 par Flo.
Depuis un peu moins d’une vingtaine d’années (quand même), je bataille contre quelques contrariétés physiologiques qui n’ont rien d’exceptionnel mais qui pourrissent quand même facilement le moral.
Je ne suis pas en grave danger, je n’ai aucun diagnostic alarmant, je ne suis “qu’une parmi d’autres”, mais qui, pas de chance, présente quand même, avec le temps, un petit casse-tête pour le corps médical.
Je sors ce jour-même d’une consultation de routine, d’un rendez-vous de contrôle. Après un énième choix arrêté, assumé, et une nouvelle tentative lancée, je me rends au cabinet, plutôt sereine (de façade cependant), et à la classique question du “comment allez-vous”, je ne réponds pas dans un élan enthousiaste, mais je ne m’effondre pas non plus dans mon fauteuil. Ca va, mais c’est pas top. Comme depuis 20 ans. En gros, quand on arrive à faire tenir les murs, le toit se fissure, quand le toit est réparé, on découvre des fuites dans la plomberie, et une fois que ces fuites sont colmatées, nous voilà avec des problèmes de fondation.
Mon toubib ne se départit ni de son calme, ni de son assurance. Procède à l’examen de contrôle, dans lequel je plaçais le très vague espoir de découvrir un petit problème, qui aurait pu être solutionné et qui aurait donné l’explication des inconvénients.
Que nenni. Patiente répondant parfaitement au protocole.
Soit, n’empêche. J’ai quand même des soucis, j’ai beau chercher, je ne trouve pas de solution. Je ne suis pas trop du genre à attendre qu’on me tende le repas sur un plateau, mais en matière de médecine, même avec la meilleure volonté et beaucoup d’auto-information, je peine quand même à tout solutionner par moi-même.
Le doc me tend une ordonnance. Me donne une ou deux suggestion. Me recommande la patience. N’y croit guère, mais ne peut pas mieux faire.
Pendant qu’il rédige, je prends mon courage:
“Mais quand même, rassurez-moi, je ne suis pas si exceptionnelle que ça, je ne dois quand même pas être un cas isolé”.
Petit silence.
“Non, il y a d’autres patients dans votre cas. Mais je dois reconnaître que vu que vous ne supportez quasi rien, vous êtes quand même un peu spéciale….”
Rire gêné. Echange de plaisanteries. Je ne perds pas la façade, mais derrière, une petite partie de moi s’effondre. Je ne lui en veux pas à lui, mais je sens bien que je mets le doigt sur une énigme, que je touche à la sacro-sainte partie de la médecine étiquetée “sans solution” et que tout médecin évite soigneusement.
Deux minutes chrono plus tard, je suis dehors après une franche poignée de mains “Essayez ce qu’on a décidé, patientez, et sauf si ça va vraiment mal, on se revoit dans 6 mois pour faire le point”.
Je me retrouve sous le soleil, désemparée. Alors, c’est ça la médecine moderne? Quand il n’y a rien de grave, quand rien de vital n’est engagé, c’est ainsi qu’on répond aux patientes perdues, parce qu’elles ont l’impression d’avoir à systématiquement choisir entre la peste et le choléra: “vous êtes un peu spéciale”?
Ca fait des années que je cherche une solution. Que je fais des infidélités à tous mes médecins, pour désespérément tenter de trouver la bonne explication. Je cherche la cause, le terrain, et j’essaye de traiter les symptômes. Mais jamais, depuis bien longtemps, je n’ai eu à ce point l’impression d’être totalement incomprise, et surtout, laissée à moi-même…Rien de grave, donc pas de quoi se creuser la tête et discuter plus longtemps…
Posté dans Oui je crie fort, Bugs, états d'âme | 6 commentaires »
20.1.2010 par Flo.
Ca monte, je le sens, dans le dos, dans le ventre, ça me tord les boyaux, ça me serre la gorge.
Ca fait beaucoup, il y a des jours comme ça, où on est trop perméable, trop éponge, la distance à garder nous paraît impossible à établir, tout est pris comme un coup dans le plexus, une forme d’étouffement brusque, soudain.
Ce sont des petits riens cumulés, qui font un trop plein. Un ras le bol, un raz de marée.
Hier, pelotonnée dans les bras de mon homme, je lui disais que ça y était, j’en avais assez, je sentais mes limites arriver. Aujourd’hui, en écho à mes doléances, rien de plus que d’habitude, juste l’incapacité à garder le sourire, à gérer. L’humeur à l’image de la pluie de ce matin, mais les rayons de cet après-midi ne parviennent que difficilement à me redonner le sourire.
Ce n’est pas si grave, ça passera, comment, quand, je l’ignore. Cette envie qui me grignote, qui me ronge depuis quelques temps, de toute envoyer balader, cette recherche en moi, introspection plus douloureuse que constructive. Il y a des bases solides, et au-dessus des murs en papier mâché, si fragiles, que je peine tant à consolider.
La perspective des vacances assez soudaines, rapprochées, apporte du baume sur la blessure. Besoin de prendre l’air, de respirer à plein poumon, de refermer une porte et de me consacrer à mes essentiels.
Je grince, je ronchonne, je gromelle. Je n’écrirais que pour en rajouter, alors même ici je me tais, ici où pourtant ce serait, peut-être, un soulagement de m’exprimer…
Posté dans Oui je crie fort, Bugs | 8 commentaires »
14.1.2010 par Flo.
J’ai découvert il y a peu, et suite à une lecture que j’avais déjà évoquée, cet auteur, et par détours son blog.
Aujourd’hui, selon son principe, il propose son 9ème exercice d’écriture sur un thème donné, et j’avoue que ça m’a de suite parlé. Je vous renvoie au lien pour la description, et je me suis permise, sans son autorisation, de reprendre son titre pour intituler ce billet.
Alors voilà, pour jouer un peu la facilité, je vous livre ici ce que je vais lui envoyer.
“C’était un mardi, je crois, je n’en suis plus très sûre aujourd’hui.
Dans quelques jours, ça va faire 3 ans.
Un mardi comme un autre, la vie qui s’étire longuement, retour du travail, allumer la télé, se faire à manger, bâcler la nourriture, se nourrir sans savourer.
Et ce poids, toujours, sur les épaules, sur le coeur. Ce poids qui n’en est plus un, tant j’ai pris l’habitude de vivre avec, comme un compagnon, comme une obligation. Je tourne en rond, je cherche, je me cherche.
Il était là ce soir-là, nous avions échangé des banalités comme souvent, sans y mettre le cœur, en se forçant bien sûr.
22 heures, il était déjà sorti depuis plus d’un quart d’heure, dans l’hiver humide du Sud, promener le chien. Ces promenades qui duraient une éternité, ce besoin de prendre l’air, de sa part, de la mienne, j’étais blottie sous les couvertures, je regardais une émission quelconque, absente à moi-même, absente à la vie.
Ca a sonné d’un coup, m’a fait sursauter comme à chaque appel à cette période. Qui appelle à cette heure, mais surtout, qui appelle sur un numéro que nous ne communiquons jamais ??
Et surtout, pourquoi est-ce que je me suis levée ce soir-là, alors que j’avais laissé tant de fois retentir la sonnerie, tremblante, paralysée d’affronter la réalité, celle de l’extérieur, celle de ce monde que je ne maîtrisais pas, plus, cet univers où tout m’échappait.
J’ai décroché, mue par une force qui me dépassait, comme un noyé s’accroche à la bouée qu’on lui lance.
-J’aimerais “lui” parler s’il vous plaît
-Mais qui êtes-vous pour appeler ainsi, il est 22H30??”
-Sa copine, depuis plusieurs mois
-Ah ça tombe bien, je suis sa femme, depuis 7 ans.
Du reste, je ne me souviens guère. Mes jambes tremblaient tellement qu’il a fallu que je m’assoie. J’ai senti le même effarement en face, mais peut-être moins violent, moins bouleversant.
J’ai raccroché, et je l’ai entendue, cette voix intérieure : « si tu ne fais rien aujourd’hui, c’est ton enterrement que tu signes. C’est maintenant ou jamais, enfin, pour VIVRE. »
Tout chambouler. Quitter une ville, un boulot. Des points de repère, mais construits sur des fondations de sable. Repartir à zéro, encore, enfin. Vivre enfin, déployer ses ailes, respirer, oublier la peur, celle chevillée au corps depuis si longtemps, découvrir que cette boule énorme, sur le plexus, étouffante, n’est pas une fatalité. Se prendre en main, prendre en charge, décider, assumer, surmonter l’insurmontable, repousser des limites qui paraissaient inatteignables, apprendre à savourer, devenir légère, si légère…”
Il était peut-être temps de l’écrire, symboliquement. Et surtout, y arriver, c’est signe que c’est définitivement derrière moi…
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12.1.2010 par Flo.
Vendredi dernier, donc, l’alerte était orange sur notre belle ville pour chutes de neige importantes.
Il a fait lourd et noir toute la journée. Ca sentait la neige, comme on le dit dans mon pays natal, et on savait que ça allait tomber. On laissait juste à monsieur météo le soin de choisir quand.
Pour autant, la ville entière a fonctionné au ralenti. Ca circulait sur les routes comme un jour de vacances scolaires: peu de voitures, beaucoup de personnes ayant dû poser leur journée pour éviter de renouveler la catastrophe du 18 Décembre dernier. Pire encore: ramassages scolaires annulés, camions bloqués sur l’autoroute de façon préventive, et certains collèges se sont même offerts le luxe de ne pas dispenser de cours, offrant à plusieurs élèves un week-end prolongé inespéré (pour aller faire les soldes?)
Les flocons, eux, ont sagement attendu 18H, le moment où tout le monde était quasi chez soi, pour commencer à tomber. Et on peut dire que c’est en milieu de soirée que la circulation a commencé à devenir sportive.
Tout cela, donc, au nom du principe de précaution. Cher à notre gouvernement, et tellement à la mode ces derniers temps. J’entendais hier à la radio un quidam rieur, originaire des Vosges, et bloqué à Paris devant un lieu fermé pour “cause de neige”, déclarer qu’à force d’appliquer ce cher principe à toutes les sauces, on allait enfermer les gens dans un cocon. Ce n’est pas nouveau, mais ça a sonné très juste à mes oreilles.
Le pays a été tellement traumatisé par certains drames, qu’il ne faut certes pas minimiser (sang contaminé, canicule), que désormais on veut appliquer la politique du risque zéro. A l’image de nos voisins d’outre atlantique, se protéger à tout prix, ouvrir le parapluie. Surtout, surtout qu’on ne vienne pas nous faire de reproches de négligence! On préfère faire ingurgiter à la population des vaccins avec adjuvants douteux, plutôt que d’affronter une maladie qui, pourtant, dans le reste du monde, ne semble pas plus mortelle qu’un simple virus saisonnier.
Surtout surtout, on préfère paralyser tout le monde “par anticipation”, plutôt que de mettre les moyens dans les dégagements de chaussées, dans du préventif utile (salage, sablage).
J’ai été bloquée ce fameux 18 Décembre. C’est sûr, je n’avais pas envie de revivre l’enfer d’un bouchon d’1h30 pour finir par faire demi-tour. Mais je préfèrerais mille fois me rassurer en me disant que si je suis coincée, un chasse-neige viendra dégager la route, plutôt que de prendre une journée de congé préventive, que je pourrais bien mieux occuper un autre jour.
Au-delà de nous adultes, je constate aussi que cela devient une manie dans l’éducation. Je constate de l’extérieur, n’ayant pas d’enfant moi-même. Et n’étant pas maman, je ne sais pas non plus ce que c’est de tenir instinctivement, animalement, à la chair de sa chair. De vouloir lui éviter à tout prix les soucis, la douleur, la tristesse. J’aime infiniment Miss Blondinette, mais pas comme sa maman, je ne pourrai jamais ressentir cela sans vivre moi-même un jour, sans doute, l’aventure depuis le début.
J’ai été néanmoins interpellée par une habitude qui a été donnée à la puce, dans son école, et qui se résume plus ou moins ainsi: si un camarade t’embête, tu rapportes à la maîtresse. Pour qu’elle puisse prendre des dispositions en conséquence.
Soit. C’est tendancieux, et je ne m’y fais pas. Du point de vue des parents (après discussion-débat avec son papa donc), c’est légitime: c’est important pour eux de savoir que leur enfant est en sécurité, c’est important qu’il soit soutenu par un adulte, c’est important qu’un enfant qui fait une bêtise ne reste pas impuni, quelle que soit la teneur de la “punition”, laissée bien entendu au bon jugement de la maîtresse.
Moi, je le vois d’un autre point de vue: d’une non-maman, d’une ancienne petite fille qui a été traumatisée en cours de récré par un garçon, qui a été harcelée au point de me terroriser pendant bien longtemps. Et pourtant, il ne m’est jamais, jamais venu à l’idée d’aller rapporter à la maîtresse les coups et les railleries dont je faisais l’objet. J’aurais dû, peut-être. Probablement que si cet enfant avait été puni (mais comment, la situation était de toute façon compliquée puisqu’il était aussi mon voisin de palier), probablement que si un adulte m’avait dit “tu as eu raison de venir nous voir”, bien des choses dans mon comportement, mes peurs, auraient changé. Ca ne s’est pas fait.
Inversément, ça a forgé mon caractère, et ce que je suis devenue aujourd’hui. Bien sûr, je ne souhaite à personne, pas un seul enfant, de vivre ce que j’ai vécu étant moi-même petite. Mais dans une moindre mesure, une cour de récré, c’est aussi un lieu de chamailleries; c’est un lieu où on apprend les relations sociales. Les jeux de pouvoir, les influences, les amitiés et les trahisons. Bien des choses s’y vivent, des petits aux grands drames. Jamais je n’aurais voulu aller rapporter même une moquerie de la part de mes camarades. J’aurais été très vite étiquetée comme la “rapporteuse”, ça ne se faisait pas, ce n’était pas dans nos conventions. J’étais dans une banlieue très chic de ma ville, et pourtant, à l’école, on réglait nos comptes (très enfantins et très futiles, je vous rassure) entre nous. On laissait les adultes en-dehors, les parents aussi. Si on se faisait attraper, tant pis pour nous.
Qu’offre-t-on à ces enfants à qui on apprend à de suite aller se plaindre? Un enfant de 6 ans ne peut pas juger ce qui est important ou ce qui est dérisoire. Certes, c’est à la maîtresse de relativiser, et d’expliquer que ce qu’il vient rapporter en vaut la peine, ou non. Mais vraiment, leur rend-on service? A vouloir tant les protéger, à vouloir ainsi leur éviter les coups, de toutes les façons possibles, ce qui part d’un bon sentiment, je n’en doute pas, n’en fait-on pas de potentiels adultes qui ne pourraient vivre hors de ce fameux cocon? Des adultes qui n’oseront pas sortir si la météo annonce un peu de verglas sur les routes, qui préfèreront courir chez le médecin pour soigner un petit rhume, qui, à ne pas savoir ce que c’est de se relever des coups, n’oseront rien vivre pour éviter d’en prendre?
Est-ce qu’en voulant à tout prix éviter les grandes difficultés de la vie, on ne risque pas de passer à côté de ces petits bonheurs qui en font toute la saveur?
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11.1.2010 par Flo.
En réponse à Anne et Karmara dans les commentaires du dernier billet, mais aussi parce que c’était de toute façon programé:
OUI, il y a eu de la neige! Et pas qu’un peu! J’ai expérimenté le “voeu sur le blog”, qui semble se réaliser bien plus sûrement que le “voeu à une quelconque fée”. Ca a tellement bien fonctionné que je me demande si je ne vais pas l’expérimenter sur d’autres souhaits. Je prépare la liste, c’est le retour du Père Noël!
La météo s’est plantée d’une journée. Autant pour le principe de précaution appliqué dans toute la ville, au point de bloquer des collèges et des transports scolaires (au minimum), alors qu’il ne tombait pas un flocon! Dommage également pour ceux qui ont pris des journées de congé préventives, à rester derrière la vitre et contempler désespérément un ciel certes noir mais pas plus. Ils auraient peut-être mieux fait de garder leur journée aujourd’hui. Oui, je triomphe un peu, je ris jaune, c’est de bonne guerre, après tout.
En attendant, que c’était beau! Je suis redevenue une petite gamine, excitée comme une puce devant ses fenêtres! De la nuit de vendredi à la nuit de samedi, il a dû tomber entre 20 et 30 centimètres selon les endroits!
Il y avait cette ambiance si particulière, partout en ville, si caractéristique des chutes de neige. Une certaine inquiétude mêlée à de l’enthousiasme.
Nous n’avons pas été prévoyants, nous n’avions pas prévu les réserves de guerre, ce qui fait que malgré la situation, nous étions obligés de sortir samedi pour un minimum de ravitaillement.
Extirper la voiture de sa masse de neige, rouler précautionneusement jusqu’à la sortie du village, heureusement l’axe principal était déjà mieux dégagé.
Le centre commercial, un premier samedi des soldes, méritait une photo que nous n’avons pas prise! Je suis vraiment désolée pour les commerçants du coin, mais quel bonheur de se balader en entendant l’écho de nos pas résonner, en voyant les caissiers guetter le client, en comptant le nombre de boutiques fermées! Alors non, la pêche au minteur n’a de loin pas été couronnée de succès, le magasin à l’enseigne verte doit s’appuyer sur sa grande notoriété pour faire des soldes tellement risibles que c’en est une honte, mais on a savouré le reste: un caddie promené tranquillement dans les rayons, prendre le temps de faire son choix, passer tout droit à la caisse, retour à la maison sans encombre, cocooner le reste de la journée à regarder la neige tomber, se trouver si bien au chaud.
Dimanche et beau temps, envie d’escapade au centre ville, pour voir à quoi cela ressemblait, tâter l’ambiance, marcher dans le froid vif, se souvenir des sensations depuis trop longtemps oubliées, rêver de la montagne, savourer la neige. C’était beau, ça fondait vite, on a arpenté les petites rues, les plus grandes, tout le monde était dehors, il y avait toujours ce petit quelque chose de si particulier à une situation exceptionnelle.
Un marché découvert au détour d’une église, que je n’avais jamais pris le temps de faire.
Une église enfin ouverte, dans laquelle nous nous sommes engouffrés, si petite en façade, si grande de l’intérieur, un peu sombre néanmoins.
Un kebab en marchant, pour combler un petit creux.
Un capuccino dans l’un des hauts lieux de la place du Cap’, le temps de se réchauffer, de se reposer.
Une déambulation le long de la Garonne, encore bien blanche. Le gris de plomb de l’eau, qui fait ressortir les berges blanches, la buée de nos expirations.
Le délice d’un week-end qui s’étire et file trop vite, donne des airs de vacances, le bonheur de partager ça ensemble, et de s’imaginer une suite, sur les pentes montagneuses, ou qui sait, peut-être d’autres chutes de neige dans l’hiver, ici en plaine.
Ne pas penser au redoux annoncé, ne pas penser que tout va disparaître, savourer, glisser un regard par la fenêtre, le blanc éblouissant, inspirer, laisser les poumons piquer du froid, rester zen sur le verglas ce matin, et se dire que si c’est passé à l’aller, ça passera au retour, malgré les températures alaskiennes qui s’annoncent encore, si peu de temps…

Si classique, mais on ne s’en lasse pas…
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8.1.2010 par Flo.
-A partir de 2010, je l’ai décidé, ma série “en vrac” s’appellera “petits cailloux”. Je sais, il y a une forme de copyright sur ce terme, mais je trouve ça mignon, et bien plus poétique et proche de la réalité qu’un “en vrac” rude, qui sonne lourd et maladroit. J’aurais aussi pu appeler ça “miettes de pain” ou “poussières”, mais j’aime l’idée de ces petits cailloux, ronds ou biscornus, à l’image de mes listes à moi. Il y a des tout lisses et d’autres avec des angles, comme lorsque je suis heureuse, ou un peu plus contrariée.
-En parlant des vrais “petits cailloux”, je m’étais interrompue à mes 3 ans. Pourtant j’avais adoré le concept, et plus qu’admiré ceux qui avaient tenu bon. J’en reparlais l’autre soir à mon cher et tendre, en lui disant que j’avais probablement arrêté parce que ce n’était ni le temps ni l’opportunité pour moi de me retourner sur mon passé, à une période où toute mon énergie devait se concentrer sur l’avenir, sur la reconstruction, tendre vers l’avant et chasser les démons. Maintenant, aujourd’hui, je me dis qu’il serait bon que je reprenne. Pas forcément pour poster sur le wiki (d’ailleurs je crois que je ne pourrais même plus, n’étant plus identifiée), mais aussi parce que c’est un bel exercice, écrire selon notre mémoire subjective. Et puis c’est étrange et révélateur, quand même, de bloquer comme ça sur une année, de se rendre compte qu’on n’est pas capable d’en sortir quoi que ce soit. M’est avis que me concernant, il y en aurait bien d’autres, des années où je ne saurais pas quoi raconter…
-C’est vendredi, di, di, et j’ai la sensation que cette semaine a duré une année lumière. Ok, on a eu le grand Yaka sur le dos 4 jours sur les 5, de mauvais poil et particulièrement pénible. En 2010, il n’a pas pris la bonne résolution d’être plus intelligent et plus à l’écoute, ce serait un rêve. Et puis je n’avais pas eu de semaine de 5 jours depuis un petit moment. Ca fait snob de dire ça, d’autant que je ne roule pas sur les rtt, mais là, c’est sûr, il va falloir reprendre le rythme fissa.
-Conséquence de pas mal de stress cumulé, fatigue et cours de pétrissage peut-être un peu décalés, j’ai la moitié gauche totalement bloquée, de la nuque au milieu du dos, et je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit (du moins, j’ai dû me réveiller toutes les heures plutôt), puisqu’à chaque changement de position, j’avais l’impression qu’on m’arrachait l’épaule. Oui, il faudrait que j’aille voir un ostéo, un kiné, un rebouteux, un n’importe quoi, mais pas le temps, et comme je n’ai pas de super bonne adresse, pas l’énergie de m’en trouver un. Ca passera, il faudra, et advienne que pourra.
-Je commence à être un poil jalouse, si! J’en ai marre que la météo nous annonce depuis 1 jour et demi le cataclysme neigeux, et qu’on ait 3 flocons qui se courent derrière sous un ciel de plomb et une température trop glaciale pour que ça tombe! (Si, ici, -3°, c’est glacial, n’en déplaise aux nordistes qui se farcissent un petit -18° et des batailles de neige!) Alors ok, je priais pour ne pas revivre la même galère sur la route qu’il y a 3 semaines, mais je pense que je prendrais assez mal l’idée que sa majesté la neige décide de précisément contourner la ville rose, juste pour me tirer la langue! Quand je vois les voitures ici arriver de 20 km à la ronde, repeintes en blanche, je me dis que bon dieu, il va bien falloir qu’on y passe, maintenant qu’on est en week-end, non?
-De frustration, tout à l’heure en sortant du resto, on a donc gratté les voitures, pour se faire une bataille de petites boules de neige! Ca réchauffe, ça fait du bien d’être des gamins! Je m’en suis prise une dans le cou, mais comme je suis un chouilla rancunière, j’ai poursuivi mon collègue, pas réussi à le rattraper (avec un blocage de dos, vous m’en direz tant!) et porté mon petit paquet de neige tout le chemin du retour. Oui, la grande flaque d’eau sur la moquette, dans son bureau, c’est ma vengeance! J’ai réussi, et 1 partout, je suis contente de moi! (non, même pas honte)
-Demain, mon homme et moi allons affronter l’enfer des soldes dans notre grande folie. A la recherche d’un moniteur 22 pouces, qu’on a repéré et qu’on espère en promo. Et comme j’ai des bons cadeaux dans un seul magasin, il n’y a pas possibilité d’esquiver, ou même de commander sur internet. Souhaitez-moi bonne chance, et déclenchez le plan Orsec si ce blog reste muet trop longtemps (quoique vu comme il est entretenu ces temps-ci, la différence ne serait pas si notable).
H-25 minutes avant l’impact week-end. Décompte en cours!
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6.1.2010 par Flo.
J’ai déjà dû le dire une ou deux fois ici, mon père et moi, ça a toujours été une forme de “je t’aime moi non plus”. J’ai toujours entendu parler du complexe d’Oedipe avec une forme d’interrogation, et j’ai beau chercher dans mes souvenirs, je n’en trouve aucun qui s’y réfère.
Il faut dire aussi que j’ai fortement contribué à contrarier ce papa qui m’adorait tant:
-Il voulait un garçon en aîné, et une fille en second, il a eu l’inverse.
-Il rêvait d’une petite fille blonde et d’un garçon brun, c’est le contraire qui s’est produit.
-Son rêve était d’avoir une petite poupée aux jolies boucles, souliers vernis et jupe plissée, j’ai cultivé avec passion et attention le look jeans, baskets gros pulls.
-Il aspirait à me transmettre ses inspirations artistiques, son goût du dessin et de la peinture, je suis devenue une intello à lunettes que tout le monde voulait voir prof (ouf, j’ai au moins esquivé cette étape, et viré les lunettes entre temps). La seule chose que je sache dessiner, c’est vaguement un palmier, et les fesses d’un éléphant (sisi!)
-Son côté un peu macho italien s’offusquait de mes revendications légèrement féministes et pas très patriotes.
-Il a passé sa vie à construire son nid, son cocon et a tout fait pour planter des racines dans un endroit paisible, souhaitant épargner à ses enfants le déracinement et les bouleversements qu’il a vécus dans sa jeunesse: j’ai plaqué tout ce beau monde et quitté mon pays. Il ne s’en remet toujours pas, et ne veut pas me croire quand je lui dis, à moitié en plaisantant, que je pourrais mettre un océan entre nous s’il le fallait. Pourtant, j’en serais capable.
-Il a espéré m’apprendre sa langue natale, j’ai catégoriquement refusé d’en prononcer le moindre mot. Et je lui ai longtemps caché que j’étais capable de suivre une conversation pas trop rapide. C’était idiot de ma part, aujourd’hui je le regrette, mais n’arrive toujours pas à me décider à m’y mettre sérieusement.
-Il souhaitait nous offrir sa religion et ses croyances, j’ai rapidement envoyé valser les préceptes catholiques (et les autres, également).
-Il cherche la sécurité, il veut se rassurer, je cultive la remise en question, les chamboulements.
-Il fera tout pour la stabilité, j’ai divorcé, et changé 4 fois de ville.
-Il ne sera resté tout au long de sa carrière que dans 1 seule entreprise, j’ai connu le chômage, et j’en suis à mon 5ème poste au moins.
Mais mon père, rendons-lui cela, c’est aussi l’homme qui m’a fait aimer le sport. Il m’a appris à apprécier l’effort, la dépense physique. Il m’a mise au tennis, j’ai été sage et j’y ai joué pendant 20 ans, avant tout pour lui faire plaisir. Oui, d’accord, c’est encore quelque chose que j’ai fini par plaquer. Il m’a initiée au ski, aussi, jusqu’à ce que ses peurs le rattrapent.
C’est lui qui nous a appris à avoir le sens de la famille. A respecter ce don, à se souvenir que c’est un bien précieux, un cocon indispensable. Sauf que nous y avons mis des limites bien plus tôt que lui. Je regrette qu’il ne puisse pas se pacifier avec ce sujet non plus.
Au-delà de ses incertitudes, et de ses angoisses qui le paralysent davantage chaque année, à mon grand désespoir, c’est un homme profondément humain, qui nous a appris à respecter les valeurs essentielles, la sincérité, à garder un peu (trop?) de naïveté, à ne pas juger trop vite.
En 33 ans, j’ai fait plus de déménagements que lui en 67. Son rêve et le regret de sa vie est de ne pas avoir été propriétaire, je ne ressens nullement cette nécessité et n’en ferai jamais le point d’orgue de ma vie.
L’année dernière (enfin en 2009, ça fait encore un peu étrange de la qualifier ainsi), il a donc découvert mon nouveau chez-moi. Celui dans lequel mon cher et tendre et moi-même avons emménagé, et que nous avons plus ou moins aménagé. Avec un budget restreint, des meubles rapportés des 2 bords, un ensemble pas trop incohérent, mais sans un enthousiasme de décoration et d’organisation, que nous n’avons pas non plus spontanément. Depuis que nous y vivons, nous avons régulièrement amélioré l’ensemble, mais sans gros investissements. Pour tout dire, les seules choses réellement communes que nous possédons, c’est un piano, et de la vaisselle.
Mon père est un bricoleur né. Dans sa maison à lui, il aurait voulu avoir un atelier, un hangar, une boîte à outils digne de ce nom, et nous bricoler n’importe quel meuble. C’est un fanatique du design, de la belle architecture, mais il a aussi cette volonté d’occuper ses mains, et de faire par lui-même. D’abord par souci d’économie, mais aussi par plaisir.
C’est encore une choses qu’il n’a pas réussi à me transmettre: je regarde une scie d’assez loin, pensant d’abord aux ravages qu’elle pourrait procurer sur mes petits doigts avant de réfléchir à comment l’utiliser. La perceuse, c’est un instrument qui fait du bruit. Je sais vaguement utiliser un marteau, mais je dois me concentrer.
Bref, à part pour monter les meubles suédois et décrypter les hiéroglyphes (à force de déménagements et après une année à vivre seule, j’ai quand même au moins maîtrisé ces concepts-là), je ne suis pas une bricoleuse, je n’ai pas non plus peur de demander de l’aide, j’estime qu’on ne peut pas être bon partout, et que ce n’est pas vraiment mon domaine.
Alors, quand mon père a fait, il y a 3 semaines, le tour de notre petit nid, et a ouvert la bouche, j’ai su que la conversation qui allait suivre n’allait pas forcément être plaisante.
Là où je voyais un appartement plutôt pas trop mal rangé (on y avait mis du coeur), avec beaucoup d’améliorations à faire certes, mais chaleureux et douillet, il y a vu “manque de rangements”, “place mal organisée”, classements illogiques.
Le problème avec mon père, et particulièrement lorsqu’il s’agit de moi, c’est que ce qu’il dit est bien souvent plein de bon sens. C’est quand même quelqu’un qui a vécu, qui a de la bouteille, qui a dû plus d’une fois faire appel au système D. Mais il ne sait pas communiquer. Il est maladroit, blessant.
Avec l’âge, moi aussi j’essaye d’apprendre, de me comporter en adulte. A ne pas être épidermique, à ne pas sur-réagir dès qu’il commence à critiquer. Je tente de lui faire comprendre que j’entends bien son point de vue, mais que je ne suis pas forcément d’accord.
Parfois ça passe, d’autres moins.
L’autre jour, donc, je lui ai dit “oui papa, je sais qu’il y a plein de bonnes choses à faire encore dans cet appartement. Laisse-nous le temps, et puis tu le sais bien, ce n’est pas notre priorité, ni lui ni moi ne sommes des passionnés de bricolage”.
Je n’ai pas eu la sensation d’avoir eu des mots piquants. Mais c’était un jour où nous ne parlions pas la même langue, et ses sous-titres à lui ont dû donner quelque chose comme “De toute façon occupe-toi de tes oignons, je ne veux pas de tes conseils à la noix, et puis je n’ai pas besoin de toi”. Le tout lié dans l’éternelle sauce du “ma fille est partie loin, ne veut pas qu’on l’aide et ne peut pas se débrouiller toute seule dans un pays étranger et sauvage”, et le faible lien ténu de la communication était rompu.
Il n’y a pas eu de cris, parce qu’on n’était pas seuls, et que je n’en avais pas envie. Alors j’ai pris sur moi, beaucoup, énormément. J’ai écouté, encaissé, mais ma fréquence était désormais brouillée. Tout ce qu’il me disait, je le prenais pour une critique: “à 33 ans tu n’es pas capable de scier une planche et rajouter une étagère à ton meuble”, “tu n’as définitivement pas le sens pratique et c’est à se demander ce que j’ai bien pu t’apprendre et te laisser comme héritage pendant ton enfance”, “j’ai eu beau te montrer l’exemple et t’expliquer, tu n’as vraiment rien compris”.
Il ne l’a pas dit comme ça, non. Je l’ai entendu ainsi, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Je sais, avec le recul (sur le moment aussi, mais c’était plus dur), qu’il ne faisait qu’exprimer une forme de frustration de ne pas pouvoir m’offrir ce que n’importe quel père aurait probablement envie d’offrir à son enfant: mettre son expérience, son temps libre et sa bonne volonté au service du bien-être et de l’un peu plus superflu, le décharger de certaines corvées. Il habiterait près de chez moi (ou plutôt moi près de chez lui, inimaginable dans l’autre sens), il viendrait un jour ou 2, prendrait ses mesures, irait chez Casto acheter 3 planches, me ferait de belles étagères, me planterait les chevilles, et vaille que vaille, nous aurions un appartement de plus en plus fonctionnel.
Rien de tout ça n’est possible; et c’est comme si, à chaque remarque, il fallait que ce départ de mon pays natal me soit ramené, ressassé, reproché. Il sait que désormais je n’autorise plus la confrontation directe, alors il l’utilise les chemins détournés. Involontairement, je le sais aussi.
J’ai mûri, je crois, et je connais assez bien mon père pour comprendre maintenant toutes les ficelles qui l’animent, les expressions de ses peurs et de ses frustrations; je lui pardonne et je ne lui en veux vraiment pas. Mais à cette occasion, je suis aussi redevenue une toute petite fille qui, même si c’est bien caché et bien enfoui, avait les larmes aux yeux parce qu’elle a très clairement eu l’impression de décevoir son père. Je me suis tournée vers ma mère, et je lui ai dit: “mais il faudra toujours qu’il trouve quelque chose qui le décoive? Maintenant que j’ai un boulot stable, une belle relation de couple, pas de problèmes d’argent, que je suis heureuse, que je le dis, que ça se voit, il faut qu’il trouve encore des reproches à me faire?”
Et sinon: quelqu’un aurait peut-être une perceuse et une scie à me prêter? Et “Bricoler pour les Nuls”? Parce que mon caractère fait que, piquée au vif, je serais prête à faire de mon appart un gruyère (non mon homme, ne t’inquiète pas trop) histoire de prouver à mon père que je suis quand même capable de poser des planches et des chevilles….
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