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Train de nuit

La nuit dernière, tard, en rentrant du travail, je me suis retrouvée bloquée devant un passage à niveau fermé.
D’un coup, surgi de nulle part, m’est passé devant un train de nuit, à peine éclairé, allongeant la silhouette de ses wagons couchettes.

Cette simple vue m’a projetée quelques nombreuses années en arrière, lorsque nous partions pratiquement chaque été en Italie, en train de nuit, toute la petite famille et ses bagages. Lausanne-Rome direct, départ à 20H des quais suisses, arrivée tôt le matin dans la capitale italienne, engourdis de sommeil et déphasés.
Le temps du passage de ce train, j’ai senti à nouveau la vieille odeur du skyet du plastique usés, j’ai réentendu le bruit du wagon et son bercement toute la nuit, les ronflements de tous les voyageurs, le bruit du couloir, les lumières des gares, les grands moments d’immobilité au milieu des voies ou au milieu d’une ville remplie du bruit des hauts parleurs. Le boucan des voisins qui embarquent ou débarquent, l’ouverture, puis la fermeture de la porte du wagon.

Nous étions quatre, dans un compartiment à six couchettes, c’était à chaque fois la surprise de savoir qui seraient nos voisins, s’ils allaient être discrets et tranquilles, ou hurlants et sans respect. Le jeu était de tenir, au départ, le plus longtemps debout, avant de transformer les sièges en couchettes, puis la bataille entre mon frère et moi pour savoir qui dormirait le plus haut. L’accès aux couchettes de tout en haut, objectivement les moins confortables et les plus chaudes, était une forme de Graal prouvant que nous étions assez grands pour y dormir sans risque de tomber.

Chaque année, soit la climatisation était en panne, soit il faisait un froid de canard parce qu’elle était mal réglée. La porte fermait mal, ou le rideau laissait passer toute la lumière du couloir. On ne nous servait pas le petit déjeûner, ou alors il était immangeable. Les toilettes étaient bouchées, il fallait tituber jusqu’au fond du deuxième ou troisième wagon pour enfin les trouver disponibles et d’une propreté relative. En longeant les couloirs, on lançait des coups d’oeil furtifs dans les autres compartiments, comme des intrus dans des petits mondes à part, tout en respirant l’odeur des cigarettes froides, fumées nuit et jour par les insomniaques qui restaient à la fenêtre pour contempler le paysage.

C’était finalement une belle aventure, un moyen de se mettre dans l’ambiance des vacances, un avant-goût de ce qui nous attendait, déjà des récits ou des souvenirs, entre les paysages que l’on reconnaissait mais qui changeaient d’une année à l’autre, ou le retard du train qui nous empêchait d’avoir la bonne correspondance, et miraculeusement certaines années où tout se passait comme sur des roulettes.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas repris un train nocturne, aujourd’hui je lui préfère la voiture, même si j’ai un peu de mal à rouler de nuit, mais je ne serais pas contre refaire l’expérience, juste histoire de voir si tout est vraiment comme dans mes souvenirs d’enfant.

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