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Archive pour 15.1.2008

Cinema Paradiso

Dimanche, je suis allée voir un splendide film, de ceux qui donnent envie de rentrer dedans pour changer l’histoire tant on la vit, et tant on ressent de frustration parce que rien ne se déroule comme on le voudrait. Où toute la simplicité du quotidien s’exprime, au travers de la musique, des petits bonheurs, des éclats de rire et des regards échangés.

Et puis ce film, je l’ai vu dans un contexte qui a dû rajouter à son charme. Loin des méga complexes cinématographiques, loin de la cohue et des pop corns, dans une bâtisse vieillotte devant laquelle il fallait se planter pour comprendre qu’il y avait moyen de trouver des écrans de cinéma à l’intérieur.
Un intérieur complètement boisé, décoré à l’ancienne, rempli d’affiches des années 40, un petit café-resto d’un côté, et une salle minuscule, remplie d’une quarantaine de sièges et d’un petit banc en fer forgé, comme au cirque.

Ce lieu m’a rappelé tous les cinémas de mon enfance, dans ma ville natale. Des petits coins tous aussi différents les uns que les autres. Aller au cinéma, à cette époque, c’était choisir un film, mais aussi choisir sa salle; on savait qu’en allant dans celle-ci, il fallait partir tôt parce que l’écran était proche et qu’il fallait viser les sièges du fond. Dans celle-là, c’était la température, et on prévoyait un pull de plus. Il y avait la galerie, dans l’une ou l’autre, qui donnait l’impression d’être au théâtre. Le décor rocococo de l’autre, et le confort du dernier; selon les lieux, on mangeait sur le pouce, ou un peu mieux, on profitait du petit bistrot du coin, dans lequel on se calait pour refaire le film, discuter des intrigues.
J’adorais cette diversité, j’aimais me balader en ville, faire du shopping, passer devant le cinéma du quartier, voir l’affiche et me dire que oui ça me tentait, y entrer sur un coup de tête. J’ai appris à me repérer dans les rues en me référant aux noms des différents cinémas, ils étaient aussi des points de rendez-vous, des lieux de référence.
Peu à peu, ils se sont mis à disparaître. Il y a d’abord eu un petit complexe de dix salles qui a ouvert, sans pour autant faire disparaître les autres. Alors qu’il était à la pointe de tous les blockbusters à sa naissance, il est aujourd’hui, paradoxe absolu, l’un des lieux où l’art et l’essai survit péniblement. Et puis petit à petit, les autres ont fermé, emportant avec eux leur charme désuet, leur particularité, leur univers, noyés dans les méga salles qui naissaient à la périphérie de la ville. J’ai assisté à ces changements de loin, j’étais déjà partie, mais en revenant régulièrement, je les constatais avec tristesse, et résignation.

Dimanche, j’ai retrouvé un bout de mon enfance dans cette vieille salle en bois, digne de “Cinema paradiso”, et ça a certainement contribué à me faire aimer encore plus le petit chef d’oeuvre que j’y ai vu….

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