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Archive pour 26.1.2008

Pain d’épices

L’autre jour, après avoir chargé mon panier dans un petit magasin de douceurs, la vendeuse m’a tendu en cadeau un énorme St Nicolas en pain d’épices.

Je ne sais pas très bien ce qu’il en est en France, je pense que c’est quelque chose qui parlera plutôt aux Alsaciens, mais en ce qui me concerne, la simple image de ce bonhomme tout rouge collé sur un biscuit d’au moins 30 centimètres m’a projetée dans ma plus petite enfance.
A l’époque, comme pas mal de gamins je crois, je n’aimais pas du tout le pain d’épices. Par contre j’adorais ces bonshommes qu’on offrait surtout le 6 décembre, jour de la fête du sus-nommé; j’avais adopté une technique qui devait être commune à la plupart des petits: je décollais l’image de haut en bas et je léchais consciencieusement tout le sucre déposé en décoration ou pour faire tenir le papier. Ce qui donnait assez vite du biscuit en question une chose gluante très peu ragoûtante qu’on se faisait ensuite un plaisir à tendre à nos parents en prétendant qu’on n’aimait pas ça et qu’on n’en voulait plus. Bonheur des adultes qui, pour peu qu’on soit à l’extérieur, devaient se balader avec la chose jusqu’à la prochaine poubelle et en avait plein les doigts alors que nous en avions plein le visage.

Quand j’ai reçu ce biscuit de la vendeuse, j’ai eu je pense, un sourire de gosse, et j’ai résisté à l’envie de le déballer immédiatement pour goûter le sucre et voir si tout avait toujours le même goût. A l’heure où j’écris ces lignes, je tente de me comporter en adulte, et je picore petit bout par petit bout, en continuant à soigneusement choisir les coins où il y a le plus de blanc. Je confirme: le biscuit n’est vraiment pas bon. Il y a des dizaines de pains d’épice qui valent mille fois mieux que celui-ci; l’image n’a toujours pas changé, et j’ai toujours droit au regard rieur d’un bonhomme goguenard en rouge portant des cadeaux (que beaucoup prennent éhontément pour le Père Noël alors qu’il n’en est rien), et qui est aussi décalé un 26 janvier que ne l’est ce billet.
Il n’empêche: à le contempler, je retrouve  le souvenir de toutes les douceurs qui nous attendaient le 6 décembre derrière notre porte, alors que nous apprenions que nous avions été sages et qu’une année de plus, nous avions évité la visite du Père Fouettard.
Et je continue de manger ma Madeleine de Proust version hivernale.

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