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6.2.2008 par Flo.
A l’heure des grandes remises en question professionnelles, une fois de plus, alors que je pensais enfin m’être posée sur ce plan-là, mon esprit vagabonde régulièrement dans mes petites listes personnelles: les colonnes pour et contre que j’alimente au quotidien et au fur et à mesure des événements qui rythment mes journées de travail.
Parmi les aspects positifs (parce que je réalise que malgré tout, je suis bien plus prompte à énumérer ici tout ce qui est négatif), il y a sans aucun doute la responsabilité d’accompagner mes clients dans l’un des projets majeurs de leur vie. Ce qui signifie les prendre en charge dès le début, leur remettre d’abord la tête sur les épaules, afin qu’ils réalisent qu’ils ne viennent pas acheter le dernier gadget high tech. Puis les rassurer devant l’ampleur des démarches administratives, la lourdeur de ce qu’on leur demande. Y croire un peu à leur place aussi, lorsqu’ils se découragent: les prendre par la main comme on prend un enfant qui hésite, non pas pour le forcer à monter sur le manège, mais pour lui prouver que même si ça donne le tourni, c’est réalisable, et qu’on est prêt à les accompagner pendant les premiers tours, afin qu’ils prennent confiance.
Bien souvent, même dans la toute petite expérience que j’acquiers progressivmeent, je suis confrontée à des personnes qui ont déjà essuyé un ou plusieurs refus. Qui arrivent chez nous un peu en désespoir de cause, soit parce qu’il leur manque un ultime “non” pour récupérer leur caution, soit parce qu’ils se battent avec l’énergie du désespoir. Il y a ceux dont la résignation se lit sur le visage, au point que je me dis que parfois, je suis obligée de m’approprier leur projet afin de le leur rendre nettoyé de toute déception, avec un nouvel enthousiasme. Il y a aussi les agressifs, qui se disent que de toute façon ils vont se faire avoir, et qu’il faut alors pacifier, à qui il faut faire comprendre que leur but et le mien est le même, qu’on marche dans la même direction, et que même si je tiens les rennes, je ne peux rien faire sans leur accord, leur collaboration et un minimum de confiance en eux, et en moi, en mon équipe et ce que nous représentons.
Et puis une fois tout cela dépassé, on essaye de répondre aux inquiétudes qui se manifestent pendant le montage des dossiers. Il s’agit de poser des questions pas forcément évidentes, qui peuvent être prises pour de l’ingérence alors qu’elles ne sont que le déroulement d’un processus que je suis tenue de suivre, du respect de la réglementation imposée et nécessaire. C’est là encore un difficile jeu d’équilibre, où il me semble, avec mes doutes, qu’à chaque interrogation, je peux perdre cette confiance si difficilement acquise.
Et enfin, cet instant que je préfère: le coup de fil pour annoncer que c’est un oui, que la bataille n’a pas été vaine, et qu’elle prend fin. Que le rêve est à une ou deux signatures de la réalité, que leur projet tant de fois imaginé va prendre forme. Il faut répéter les choses plusieurs fois tant ils ont du mal à y croire, et puis rassurer encore, devant la peur de se voir offrir un cadeau qu’ils redoutent de perdre immédiatement derrière.
Hier, j’ai reçu un tout jeune couple, des enfants presque, qui venaient d’apprendre cette bonne nouvelle. J’ai porté avec eux, pendant quelques jours, leur avenir commun, ce qu’ils vont maintenant construire à deux. Je les ai vus si incrédules, j’ai senti la pointe d’inquiétude provoquée par mon “oui”, pour ce qu’il impliquait de responsabilités, et qu’ils s’y étaient préparés sans oser y croire vraiment. J’ai une dernière fois insisté sur mon plaisir d’avoir pu les aider dans cette démarche.
La prochaine fois que je les verrai, dans quelques jours, ce sera pour leur faire signer les papiers définitifs. Et ensuite je les regarderai continuer leur route en souhaitant de tout mon coeur que ces moments restent dans leur esprit comme des heures importantes dans leur vie, personnelle et commune, quoi qu’il arrive du projet….
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