Disparition

C’était un vendredi soir de grande foule dans un grand magasin alimentaire. De ces lieux où même s’il n’y a pas autant de monde, on met déjà une bonne demi-heure à parcourir les rayons pour remplir le caddie, et si on oublie un élément, c’est forcément celui qui est au tout début du magasin, soit à environ une vingtaine de minutes de marche (ou de crawl à l’envers dans la masse humaine compacte qui commence à s’amasser).

On était 2, à se dire qu’on allait se partager le caddie, pour nos courses respectives. Alimentaires et autres, en greluches notoires, on avait également fait un petit détour par le côté vêtements, produits de beauté, et pris ce qu’il fallait.
Et puis on s’y était lancées, vaillamment, avec à la main une liste conséquente en vue de préparer la petite soirée du lendemain. Fromage, charcuterie, fruits, légumes….On a adopté la tactique qui nous paraissait la plus logique, laisser le chariot dans un coin, faire des allers-venues, le bouger de quelques mètres, recommencer.

On y était depuis 45 bonnes minutes déjà, les jambes commençaient à s’alourdir, de façon proportionnelle à l’augmentation du monde autour de nous. Ca devenait la bataille pour une tomate, la course pour un bout de roquefort et en bons petits soldats, on essayait de s’imposer.
Jusqu’à cette minute fatale où nous nous sommes retrouvées, ensemble, nos sachets à la main, sans plus retrouver le caddie.
Quelques secondes de grande solitude, à nous regarder interrogatives, pour en arriver à la conclusion que soit on traversait une petite crise d’amnésie passagère et qu’on avait oublié qu’on l’avait encore bougé, soit que quelqu’un s’était trompé.
Qu’à cela ne tienne, n’étant plus à une contrariété près, on s’est mises à chercher. Par petits cercles concentriques autour des fruits et légumes exotiques d’abord (dernier lieu où avait été aperçu l’objet de nos investigations), puis de plus en plus loin. Jusqu’à se dire que là, non, ça devenait énorme. Mais quand même, elle est allée jusqu’au rayon des sodas, et moi je suis retournée en informatique; forcément, le client qui avait récupéré un caddie avec nos divers objets de nanas allait s’apercevoir tôt ou tard que ce n’était pas le bon, forcément il n’allait pas le ramener au lieu où il l’avait pris, mais au moins le laisser dans une allée quelconque.
Eh ben non.
Alors ok, il est en caisse, on va essayer de l’intercepter, le pauvre, il va payer pour un vêtement, des shampoings qu’il n’a pas cherchés, et puis franchement, a-t-il vraiment envie de ces deux saucissons catalans ou de carottes râpées?
Pas plus de résultat.
On y a passé 30 minutes de plus! Et comme le ridicule ne tue pas, on a même fait une annonce au haut-parleur: « le client qui a pris un caddie par inadvertance au rayon fruits et légumes est prié de le ramener à l’accueil »; on a attendu, pleines d’espoir, qu’on nous ramène le petit.
Ca n’a pas été le cas.

On a perdu une bonne heure et demi, un caddie, la moitié de la liste de courses et une bonne dose d’énergie. Et celui qui a dû recommencer les courses le lendemain matin, un samedi au même endroit, nous a maudites tout aussi fort, je le sais!
Je vous l’ai dit, je repousse les limites de l’absurde!

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