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Archive pour 21.10.2008

Face à l’enfance

Je partage désormais plusieurs de mes week-ends, et quelques jours de semaine selon le calendrier scolaire avec une ravissante et adorable petite pitchounette d’un peu moins de 5 ans.
Qui m’a adoptée à une vitesse incroyable, sans se poser de questions, et a déboulé dans mon quotidien et mes propres questionnements tel un ouragan à l’innocence absolue.

Et me voilà confrontée, quasi du jour au lendemain, à un petit être qui apprend tout de la vie, qui la regarde avec des yeux remplis d’interrogations, et qui se repose sur moi pour avoir une partie des réponses.

Dire que je n’y étais franchement pas préparée est un doux euphémisme.
Mais plus encore, dire ce que cela réveille en moi est passablement perturbant, et assez compliqué. Sans que je n’imagine un seul instant que cela pouvait arriver ainsi, je suis ramenée d’un coup en arrière, à l’époque si lointaine et oubliée où j’avais, moi, cet âge, et où j’avais cet apprentissage à mener.
Et surtout, je suis brusquement, violemment, confrontée à toutes les angoisses que je porte en moi et que je ne soupçonnais pas aussi fortes: celles que j’ai héritées de mon éducation, dont j’ai plus ou moins pris conscience, celles que je voudrais à tout prix ne pas reproduire, et devant lesquelles je me sens très démunie. Parce que j’ai l’impression que c’est profondément ancré en moi, que c’est tout mon être que je dois modifier, que ce sont les principes que l’on m’a inculqués sur lesquels il faut que je revienne.

Je réalise à quel point je n’ai pas été, petite, une “vraie” petite fille, même si je mets quiconque au défi de donner une définition de ce que peut être une petite fille. Mais que j’ai été élevée comme une “petite adulte”, qu’on m’a très vite, peut-être trop vite responsabilisée; sans prendre en compte des caprices qui devaient être légitimes, et la simple expression d’une demande d’attention, en attendant de moi que je sois forte, solide, autonome, raisonnable. J’ai refusé le regard et les bras de mon père, qui voulait faire de moi une petite poupée qu’il était légitime, peut-être que je sois, pour me rapprocher volontairerment de ma mère, qui au contraire m’a transmis l’image de femme forte, qui ne se plaint jamais, qui encaisse, quel que soit l’âge, la situation, les circonstances.

Mes parents ont fait de leur mieux, et ces réflexions ne sont pas là pour les blâmer. On gère les choses au jour le jour, avec l’héritage que l’on a; et même si l’expérience que je traverse aujourd’hui me donne une idée plus concrète de ce que peut être l’éducation d’un enfant, je ne suis pas mère, et je ne pourrai jamais imaginer ce que cela peut être sans le vivre pleinement, depuis le début. Et je n’aurai pas cette prétention.
N’empêche, je prends clairement conscience aujourd’hui que je porte en moi des choses que j’aimerais à tout prix faire disparaître, et qui pourtant sont présentes, et s’amplifient même une fois confrontées à la réalité, au quotidien. Cela devient une attention de chaque seconde, une introspection, un contrôle permanent pour rectifier le tir sur mes réactions quotidiennes qui, jusqu’ici, me paraissaient normales, et que je découvre finalement puissamment empreintes d’un héritage dont il est plus que temps que je me libère.

Je suis pour cela merveilleusement épaulée, par la petite qui est la première concernée, par son père aussi, bien entendu, mais n’empêche; c’est un apprentissage, celui de la patience en premier lieu, mais celui de la confiance en moi, et en mes capacités d’aller au-delà de ce qui m’a été inculqué, et de dépasser une éducation parentale qu’il est si dur parfois de remettre en question.
Et j’espère, vraiment, être à la hauteur…

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