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Archive pour 3.11.2008

Une étincelle d’essentiel

J’ai fait un rêve, cette nuit, de ces rêves d’une densité extraordinaire, que l’on aimerait conserver intacts au réveil, en garder la substance et le symbole, y retourner dès que possible, s’en souvenir et s’en abreuver.
J’ai rêvé que je nageais au beau milieu d’un lac d’un bleu de glacier, d’un gris de miroir, et que je regardais tout autour de moi pour y voir des falaises qui m’entouraient, qui tombaient à pic dans l’eau et qui étaient toutes recouvertes d’une neige d’un blanc éclatant, éblouissant. Je constatais avec un émerveillement que je ne peux décrire ici tant les mots me manquent et l’émotion me subjugue, que la neige rejoignait l’eau, que nulle part ne subsistait la couleur de la roche, que je ne voyais partout, où que se posent mes yeux, que le blanc mêlé au gris-bleu.
Et par-dessus tout cela, il y avait un silence, un silence d’une densité, d’une profondeur inqualifiables. Un silence qui réunissait à la fois les chansons les plus merveilleuses et les paroles les plus douces, un silence qui disait bien plus que toutes les phrases de toutes les langues de la terre. Un silence qui me nourrissait, dans lequel j’aurais voulu rester, pour l’éternité.

Je me suis réveillée ainsi, avec au fond de moi cette image qui doit s’approcher de ce qu’est le paradis, et ce silence qui m’habitait, encore, et que j’ai essayé, depuis ce matin, de conserver dans ma poitrine, dans ma tête. Cet apaisement, cette paix venus de je ne sais où, et dont j’ignore totalement le sens, si ce n’est que j’avais la sensation d’avoir touché à quelque chose d’essentiel, un essentiel absolu et total, impossible à décrire. J’ai réussi, le temps de me préparer et de faire le trajet, à conserver cette impression d’être habitée, d’être enfin dans l’équilibre, et inversément de sentir encore plus fort, plus violemment, plus cruellement les manques, petits ou grands, qui traversaient mon début de journée.

J’ai résisté dix fois sur le trajet à l’idée de m’arrêter. Comme par hasard (mais je ne crois pas à ces hasards-là), il y avait ce matin, après un week-end gris, triste et pluvieux, une lumière d’une beauté céleste: les derniers flamboiements d’une aube automnale sur le déclin, les nuages gris laissant place à un ciel d’un bleu purgé, l’éclat des feuilles rouges et or, et au loin, enfin, cachées depuis si longtemps, les sommets enneigés et immaculés des Pyrénées, qui se rappelaient à moi comme en écho à mon rêve.

J’en ai eu le souffle coupé, je me suis cent fois demandée ce que symbolisaient toutes ces images, sans être pour autant persuadée que la réponse est importante….

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