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25.11.2008 par Flo.
Je travaille avec un Martien.
Il n’est pas vert, il n’a pas les oreilles de M. Spock ni la voix de R2D2, mais s’il arrivait un jour en soucoupe volante, je ne serais même pas surprise.
Pour vous planter le décors, l’homme qui partage donc 5 jours sur 7 mon petit espace vital, qui est à moins de 2 mètres de moi et qui est quasi mon binôme, ou du moins mon complément professionnel, est un garçon qui a décidé qu’au-delà des années 70, le quotidien n’avait plus franchement d’intérêt.
C’est quand même le mec qui m’a regardé un bon 15 octobre et qui m’a dit “mais au fait, c’est bientôt les élections américaines non? Et puis alors, qui se présente?” Obama, il avait vaguement entendu parler, Clinton ne lui était pas totalement inconnue, par contre il ne fallait pas lui parler du reste.
Je pense qu’il a été le dernier avisé qu’il se préparait quelque chose comme un furieux tremblement de terre financier dans le monde…Il a dû se réveiller d’un coup le 20 novembre et se dire qu’à force d’entendre parler de la bourse, oui, c’est qu’il y avait un sens. Il est arrivé tout fier le lendemain, après la pause de midi, et m’a dit quelque chose comme “ah, j’ai entendu, j’ai retenu il fallait que je te le dise, mais je ne sais pas ce que ça veut dire quand même: la bourse a perdu 6 points!”
…
Je vous jure, je n’exagère pas.
Et c’est un type qui me fait furieusement rire. Il a beaucoup d’humour, une très belle manière de relativiser et de prendre de la distance. Sa vie à lui, c’est le jazz de la côte est des Etats Unis des années 60 aux années 70. Il est fasciné par la musique, il adore la cuisine et tous les produits naturels. Ensemble, on s’est mis à goûter du chocolat en faisant la traque aux arômes artificiels.
Dans cet univers furieusement masculin, il apporte une touche de délicatesse et de sensibilité qui doit me permettre d’avoir un certain équilibre et de ne pas trop ressentir le manque d’une oreille féminine qui, même pour moi, peut parfois être agréable. Ensemble on parle de ses enfants, des dernières recettes qu’on a testées. Il me raconte qu’il fait le marathon, mais qu’il s’est pris une cuite la veille au soir avec ses invités.
Hier, j’ai osé faire une minestrone contre son avis, à savoir sans pistou et sans parmesan. Ca n’a pas loupé, il n’avait pas oublié et m’a demandé si je l’avais réussie, je lui ai avoué mon forfait du bout des lèvres en pensant qu’il allait me bannir de toute conversation culinaire.
Mais bon, il n’est pas comme ça.
Et puis, quand on touche à des sujets qu’il aime et qu’il maîtrise, c’est un puit de culture. S’il aime avant tout le jazz (et depuis que je travaille avec lui je n’ai jamais autant écouté de morceaux inaudibles…mais de belles choses aussi, puisqu’il est branché via le web sur une radio américaine spécialisée dans sa période de prédilection), il a une culture musicale digne des plus grands musicologues universitaires. Il joue du Sax mais ne doit pas être loin d’avoir l’oreille parfaite et reconnaît n’importe quel instrument, dans n’importe quelle oeuvre.
C’est ainsi que tout fier, il s’est pointé ce matin en me disant qu’il avait été écouter un concert fabuleux hier soir, et que l’orchestre avait repris, à sa sauce et avec beaucoup d’humour, le “Carnaval des Animaux” de Saint Saens.
Et là d’un coup, vouf, j’ai pris dans la tronche une bonne vingtaine d’années. Je me suis revue assise devant le bon vieux tourne-disque de mes parents, avec dans les mains le 33 tours de cette musique qui m’amusait follement, parce que je jouais à reconnaître tous les thèmes, tous les animaux.
L’oeuvre dure une vingtaine de minutes, autant dire un temps tout à fait honorable pour un enfant et son temps de concentration. Elle a ceci d’accessible qu’elle parle énormément à l’imaginaire, et qu’elle est parfaitement mélodieuse. La preuve, j’en fredonne encore volontiers des passages lorsqu’ils me reviennent en mémoire, et elle m’a marquée au point que j’en avais les larmes aux yeux ce matin, lorsque je me suis réécouté la totale depuis mon pc.
Donc ni une ni deux, je pense que l’acquisition prochaine du cd se profile à l’horizon. Et ça tombe super bien, parce que dans la foulée, certains proposent sur le même opus “Pierre et le Loup” de Prokofiev, qui est une autre madeleine de Proust musicale pour la gamine que j’étais…
Alors non, je n’ai pas beaucoup travaillé ce matin, l’esprit happé par autre chose. Mais j’en ai profité pour découvrir que ce chef d’oeuvre de St Saens était accompagné d’un texte follement amusant écrit par Francis Blanche, et ça m’a fait beaucoup de bien, avec mon ovni de collègue, de replonger un peu dans la culture musicale classique, que je vais bientôt réapprivoiser de toute façon….
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