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16.12.2008 par Flo.
C’est amusant, jusqu’ici j’avais passé sans dégâts la première vague sismique.
Oui, j’en avais entendu parler, j’étais même allée voir. Et puisque pour aller voir, il faut être inscrite, je m’étais inscrite.
En gros, il y avait une fiche avec mon nom, ma date de naissance, ma ville. Point.
J’ai suivi cette mode, cette montée en puissance de loin, d’un air un peu goguenard, pas du tout inquiétée, ni même concernée.
Pourtant, je serais la candidate idéale, c’est sûr: 4 villes en moins en 30 ans, une enfance à plus de 800 km de là où j’habite actuellement, j’ai laissé derrière moi bien des traces, bien du monde, perdu de vue, pas vraiment oublié mais omis de me souvenir…Si je me laisse aller, je peux taper une bonne liste de noms et retrouver pas mal de personnes, mais non.
Je n’ai pas envie de me retourner là-dessus, et je ne vois pas en quoi internet peut m’aider sur ce plan. Si je veux retrouver quelqu’un, j’active le peu de réseau qu’il me reste, ou alors oui, je fouille, et je contacte. Mais je n’attends pas qu’on vienne à moi en laissant ma fiche quelque part, je n’attends pas de retrouver des “amis” qui n’en sont plus depuis bien longtemps, probablement parce que le terme d’amitié n’est à mon sens pas du tout celui qui est envisagé sur ce genre de site.
Je n’ai pas honte de le dire, lorsque je m’y suis inscrite, c’était pour traquer quelqu’un. Traquer est le bon mot, c’était une curiosité totalement malsaine, le souhait de savoir ce que celui qui m’avait le plus de mal dans mon enfance avait pu devenir, l’envie d’être dans l’ombre tout en sachant tout ce que je pouvais savoir.
En gros, je n’ai rien appris. Si ce n’est qu’il habite toujours là-bas. Qu’a priori il n’a pas une situation professionnelle trop à plaindre. Mais pour en savoir plus, il aurait fallu que je devienne son amie. Si. Voyez le paradoxe absolu, la seule personne que je serais capable de ne même pas saluer avant de lui envoyer le coup de poing dont je rêve depuis, ohlala, plus de 25 ans, il faudrait que je devienne son amie pour savoir ce qu’il est, ou du moins ce qu’il veut laisser paraître.
Et les autres, eh bien si je ne suis plus leur amie, ce n’est pas un hasard, ce n’est pas pour rien. Je n’ai jamais laissé un CV en ligne en espérant qu’on allait m’embaucher sur la beauté de ma toute petite expérience professionnelle. Je ne laisserai pas une jolie photo et ma vie pour qu’on se souvienne que j’existe.
Et pourtant. Pourtant il faut l’admettre, ce genre de sites proposent de fort jolies opportunités: grâce au oueb, mon père, qui est quand même l’exemple le plus flagrant de déracinement et de regret de son passé, a retrouvé toute son ancienne bande d’amis. lls se sont créés leur propre forum, ils se retrouvent chaque année pour un mega couscous chez l’un ou l’autre, venant de tous les pays d’Europe. C’est plutôt sympa, ça s’est fait alors que ces sites du “je te cherche mon ami regretté de toujours” ne faisaient que balbutier, et je n’ose, aujourd’hui, imaginer ce qu’ils auraient pu gagner en temps et en énergie s’ils avaient pu réactiver leur réseau par ce moyen.
Moi-même, j’ai utilisé internet pour bien, bien plus que cela. Ca m’a conduit à 8 années de ma vie, que je ne regrette pas, malgré tout ce qu’il s’est passé. Ca m’a amenée à des rencontres plus que merveilleuses, qui perdurent aujourd’hui et ne se briseront pas de si tôt.
Mais quand même. Quand je vois que chaque jour, je reçois au choix une invitation pour décorer un sapin virtuel, faire un câlin virtuel, devenir une grande fan de je ne sais quelle série ou quelle bd, des tests à n’en plus finir, j’ai un petit peu l’impression de replonger, à choix, dans les magazines d’adolescente ou la belle époque de l’i.r.c où les scripts de n’importe quelle couleur nous arrachaient les yeux jusqu’à pas d’heure dans la nuit.
A plus de 30 ans, j’avoue, je suis passée à autre chose.
Néanmoins, j’ai souri hier. Avec tendresse, forcément, on m’a prise par les sentiments. En une minute, quand j’ai reçu la demande, j’ai eu la sensation de baigner dans cette série, qui est l’une de mes petites faiblesses du moment. Alors oui, j’ai cliqué sur “accepter d’être en relation avec”, parce que quand même, quand mon homme me fait cette demande par réseau interposé, mon côté geekette alliée à fleur bleue ne peut rester insensible. Parce que je sais aussi que lui, un peu comme mon père, a utilisé ce réseau pour reprendre et garder un contact continu avec toute sa famille, fort nombreuse et fort éparpillée. C’est comme ça d’ailleurs que, via son profil très complet et renseigné, pour lui, je me retrouve avec ma photo chez des gens que je ne connais même pas.
Ca me fait rire, ça montre tout le paradoxe et la puissance de la chose.
Donc voilà, je le vis, mais par procuration, et ça ira très bien comme ça, merci….
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