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Archive pour 18.12.2008

Réminiscences doudous

Quand j’étais petite, et enrhumée, ma mère me soignait à sa manière. Bien entendu, de façon très concernée avec des gouttes, des mouchoirs, le tralala qui va autour d’une crève plus ou moins déclarée et plus ou moins importante.
Mais aujourd’hui, lorsque j’ai à nouveau le nez un peu bouché, ce dont je me souviens, c’est:

-La pommade qu’elle me passait sur la poitrine et derrière le dos, mentholée et qui existe toujours, et qui donnait l’impression de s’avaler d’un coup un glaçon venu droit de la banquise. Et puis elle en passait un tout petit peu sous les narines, mais pas trop, ça irritait vite.
-Le fouloir en soie qu’elle me nouait ensuite autour du cou, pour que je garde la chaleur du massage après la fraîcheur. Juste pour que j’aie un petit truc qui tienne chaud, et depuis ce jour-là, dès que je veux avoir chaud en m’endormant, je garde un foulard en soie à portée de main
-Quand j’avais un peu mal à la gorge, c’était le sucre candy qu’elle faisait fondre dans une rave. Si. Ca, je crois que c’est l’une des madeleines de Proust les plus puissantes qui me soient restées. Je ne peux pas voir de rave sans y penser, et pourtant ça fait une éternité que je n’ai pas regoûté au sucre candy en morceau fondu dans une rave creusée à la cuillère. Parce que déjà ce n’est pas évident de faire fondre la chose au milieu de feux de gaz (risque de les cramer) ou de plaques à induction (pas assez de chaleur). Et puis je ne sais pas, c’est un peu comme si ça devait rester dans l’enfance, et puis chez moi, là-bas…Encore que, je pourrais aujourd’hui le faire à un enfant, sans aucun problème et avec plaisir.
Alors forcément, le jeu était de dire que j’avais mal à la gorge très vite. Et que bien entendu il n’y avait que ce remède-là qui marchait, et qu’il m’en fallait toujours plus. Et je pense que son jeu à elle, d’adulte que je connais maintenant vu que j’occupe un peu cette position, c’était de croire que j’avais mal à la gorge, que j’étais à l’article de la mort, et qu’il ne me fallait que cela pour me requinquer.

Et enfin, elle me faisait faire des inhalations. Ce qui en soi est probablement la solution la plus efficace pour dégager les bronches. C’était une bataille, parce que je détestais ça. Même si elle me laissait le faire devant la télé, même si je n’avais pas besoin de le faire trop longtemps, mais je devais le faire, et elle surveillait. Cela dit, elle a réussi son coup, aujourd’hui lorsque j’ai le nez un peu trop bouché, c’est mon premier réflexe, et j’en viens même à admettre que c’est le meilleur.

Mais devinez quoi? Il a fallu que j’attende ce soir, 20 ans après, pour apprendre un scoop qui m’a laissée sur les fesses: à ma mère, la même, toujours elle bien sûr, qui m’avouait enchaîner crève sur crève et ne pas réussir à s’en débarrasser, j’ai répondu en plaisantant “ben j’espère que tu fais des inhalations régulièrement”. Et elle, l’air de rien, comme ça, qui me lâche sa bombe: “je déteste les inhalations, je n’ai jamais supporté ça, je fais tout pour les éviter!”
…..
Y’a des jours, c’est quand même cruel en tant qu’enfant d’être à la merci de décisions d’adultes….
Non?

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