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Archive pour 7.1.2009

Tu causes patois ou bien?

Ca m’arrive encore, rarement et de façon plus ou moins volontaire: emportée dans la discussion, dans le feu de la conversation, j’utilise un mot tout à fait naturellement, et je vois d’un coup les visages se figer, une forme de stupeur marquer les expressions, et un long silence s’installer. Ma question ou mon affirmation restent en suspens….je mets un peu de temps à percuter, si même d’ailleurs je percute.
“Tu peux répéter? Mais de quoi tu parles??”

Depuis presque 10 ans que je suis en France, j’ai pris l’habitude de faire attention. Compter ”à la française”, sauf lorsque c’est dans ma tête, repérer les termes qui peuvent être incompris, rectifier de suite le tir.
Alors oui, quand je croise ces mots au détours d’une phrase, et qu’en plus ils ne viennent pas forcément de moi, ça me fait chaud au coeur:
Une panosse, une crousille, une rave, béder (vous savez vous, ce que ça peut vouloir dire, mmh?)….

Ce matin, en regardant 3 tout petits flocons tomber devant les fenêtres, tourbillonner avec insistance alors qu’ils n’auraient pas fait de mal à une Smart, j’ai repensé avec une pointe de tendresse à l’expression de chez moi “il neige de rage”. Je ne l’aurais pas utilisée spontanément (plus maintenant), tout comme j’ai désormais oublié de dire que le ciel était “grand bleu”, mais je le garde dans un coin de mon esprit, au moins pour le faire partager. “Chez moi, on dit comme ça….”

Il m’a fallu parfois du temps pour trouver des synonymes, me faire comprendre. Certains termes étaient tellement évidents que je n’imaginais pas qu’ils puissent être incompris. D’autres étaient trop usuels pour que je réalise avant de les utiliser qu’ils pouvaient faire réagir. Enfin pour certains, je les garde, de temps en temps, en les utilisant avec le sourire, pour provoquer un tout petit peu, juste histoire de rappeler que je ne suis pas d’ici et que je m’autorise aussi mes libertés.

Je ne me suis jamais forcée non plus à perdre mon accent, je ne l’avais déjà pas vraiment; je le reprends lorsque je m’énerve, lorsque je m’emporte, ce qui arrive le moins possible, j’essaye d’y veiller. Quand on me demande d’où je viens, ça me fait rire, parce que c’est une question vide de sens pour moi. Je soigne la tournure de ma réponse: “Je suis née à…, mais je suis également originaire de…et je vis à…seulement depuis quelques temps”. J’ai toujours considéré que ma richesse était cette multiplicité de choix: mes origines, mon lieu de naissance, mon lieu de vie.

Manque d’ancrage? Oui c’est possible. Mais je ne le ressens pas ainsi. Je sélectionne, j’ai la chance de garder ce que je veux, de pouvoir mettre de côté ce qui me dérange. Je transmettrai à mes enfants ce que j’ai le plus aimé, et je les laisserai choisir, à leur tour, sans m’en offusquer.
Pourquoi est-ce que ça me ferait souffrir?

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