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Archive pour 8.1.2009

Paradoxe

Depuis hier soir, je contemple le paysage et je me dis que je n’ai pas vu ça depuis bien 10 ans. Voire plus, parce qu’en quittant mon pays natal, je n’avais plus eu de neige en plaine depuis un petit moment déjà.

Tapis blanc, voitures au ralenti, traces de pneu, 4 ou 5 centimètres de neige sur le pare brise en descendant ce matin. Tout était ouaté, les silences encore plus doux et palpables, la torpeur de ces journées si particulières se détachait et me faisait rêver d’une journée buissonière, où j’aurais mis mon anorak, mon bonnet à pompom, et je serais allée déambuler dans la nature, guettant les traces de pas des petits animaux, des oiseaux qui s’ébrouent les ailes, rêvant de ces horizons figés par le givre qui découpe chaque silhouette d’une dentelle nette et précise.

Il m’a fallu affronter la route, loin, bien loin des conditions idéales: pas de pneus neiges, des pneus d’ailleurs aléatoires, pas de routes dégagées autour de chez moi, 1 bon kilomètre sur du verglas à peine recouvert d’une toute fine couche de poudreuse, des conducteurs aussi hésitants et stressés que je l’étais.
J’ai réalisé avec un peu de honte que j’avais beau être originaire d’un lieu où la neige en ville était loin d’être une exception, je ne savais pas rouler dans ces conditions extrêmes, parce que je suis partie de là-bas sans avoir pu expérimenter, tester, que je n’avais pas de véhicule et que je ne me sentais pas vraiment concernée. J’ai dû improviser, j’ai failli partir au tas une ou deux fois, au moment où je me disais “si ça continue tant pis, j’abandonne” j’avais enfin rejoint des passages mieux dégagés; j’ai rallongé mon trajet, faisant la concession de l’hypothèse des bouchons plutôt que des routes enneigées. Les autres usagers ont dû être encore plus frileux que moi, je suis passée sans encombre, avec une circulation digne d’un dimanche matin en terme d’affluence.

Aujourd’hui, on le sentait, tout tournait au ralenti: à juste titre ou par prétexte, certains ne se sont pas privés d’en profiter pour prendre la tangeante, d’autres malheureux sont restés coincés un bon moment avant de pouvoir arriver, ceux qui ont fini leur route dans un talus, je leur souhaite de la casse uniquement matérielle.
Quant à moi, je guette la fin de la journée, le coucher du soleil et le retour du froid avec appréhension: les doux rayons qui ont illuminé de façon splendide un paysage brillant de blancheur ont leur botte secrète et dangereuse: l’arrivée du verglas avec la chute des températures dans la nuit, et le funambulisme à 4 roues qui s’annonce pour les retardataires du soir…et comme moi ceux qui repartiront dès demain à l’aube.

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