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20.1.2009 par Flo.
J’ai mis 30 ans, quasi tout rond, avant de pouvoir envisager de manger une huître. Un peu moins de temps pour les crustacés, nettement moins pour les moules, je n’ai jamais été rébarbative au poisson. Mais les huîtres, rien n’y faisait, gratinées ou crues, je ne pouvais pas comprendre une seconde l’engouement des amateurs et ceux qui pouvaient en gober 2 douzaines en un repas.
Ca m’a pris donc dans ma trentième année, ou à peu près. Comme une envie de pisser, excusez de la vulgarité, mais je crois qu’il n’y a vraiment pas d’autre expression. Ca faisait quelques mois que j’en servais plateaux et assiettes avec un certain dégoût, que je cuisais ces choses au foie gras, au roquefort ou à la crème. Et puis un beau soir, après avoir déposé une douzaine devant un client, je suis revenue en cuisine, et j’ai dit “aller, ouvrez-moi une huître, je (re)goûte”. Et j’ai aimé, mais le plus étrange, c’est que je savais déjà que j’allais apprécier avant même de l’avaler.
Depuis ce jour, je me délecte ponctuellement de ces coquillages. J’ai même appris à les ouvrir, et il m’arrive, comme ça, de m’offrir une douzaine d’huîtres, que je goûte de préférence au vinaigre. J’en gratine parfois, je suis moins fan, mais ça m’amuse.
Aussi, lorsque la pitchoune pour Nouvel An m’a annoncé, du haut de ses moins-de-5-ans qu’elle voulait manger des huîtres, j’ai fait la moue puis souri. Et mené ma petite investigation.
-Des huîtres? Explique-moi ce que c’est que des huîtres, dis-moi?
-Ben tu sais, les coquillages qu’on avale
-Oui ma puce, tu parles de ceux qui sont oranges et qu’on fait cuire et qu’on mange en sauce? (pas folle la guêpe hein, je n’allais pas manquer de me trouer les mains pour m’entendre dire que non, ce n’était pas ça qu’elle voulait une fois dans l’assiette)
-Mais noooooooon, pas des moules, des huîtres, qu’on mange avec le citron! (l’air de dire “tu comprends rien idiote, faut vraiment tout t’expliquer”)
-……Avec du citron? Et un peu de pain? Pas réchauffées donc?
-Non non, on les ouvre, ensuite on met du citron dessus, on vérifie que c’est vivant et on pique avec la fourchette pour manger
-!!! Ok…Bon…Je vais te faire des huîtres dans ce cas…
J’ai oublié, il a fallu qu’elle me le rappelle. Quand elle a une idée dans la tête, elle ne l’a pas ailleurs. J’ai donc fini par prendre mon courage à deux mains, et envoyé son père en mission. Et toujours prudente, je lui ai demandé d’en prendre une douzaine: lui n’en mange quasi pas, il n’adore pas, la pitchoune, avec son appétit de demi-moineau, allait se lasser dès la deuxième (et je restais toujours quelque peu perplexe à l’idée qu’une si petite fille puisse aimer un plat pareil), et moi j’en avais envie, mais pas assez pour m’ouvrir une vingtaine de coquillages comme ça.
Lorsqu’on les a sorties du sachet, déjà, la puce m’a confirmé que oui oui, pour la centième fois comment fallait-il qu’elle me le dise, c’était bien ça. Que non elle ne voulait pas tester au vinaigre, mais qu’elle, c’était au citron! Et pas chaudes non plus, merci, qu’on reste nature et puriste!
Sur la douzaine, donc, j’en ai jeté une, résolument mauvaise. Gratiné 2, pour son père, qui les mange plus ou moins comme ça. Me disant donc que sur les 9 restantes, j’en aurais largement 6, voire selon moi un peu plus.
La bataille a été féroce et je l’ai perdue.
Je l’ai vue se jeter sur le plat, goulue et gourmande, et avaler les uns après les autres les coquillages qui n’avaient rien demandé! Au point que j’ai dû quand même me dépêcher d’en prendre 2, histoire de me souvenir du goût que ça avait. Et abdiquer devant son enthousiasme! Il y en aurait eu le double, elle les aurait mangés, sans demander son reste.
Et le pire, dans l’histoire, c’est que son père avait décidé, lui, de se faire des escargots. Son pêché mignon, une chose que je ne peux pas envisager une seule seconde d’avaler tant ça me répugne et me repousse. Elle ne connaissait pas, mais une fois sa demi-douzaine d’huîtres avalée, elle a commencé à lorgner sur la vingtaine de mollusques qui baignaient dans le beurre aillé. Elle a goûté. Elle a aimé.
Et moi, j’ai depuis ce jour définitivement rendu les armes sur la compréhension des goûts alimentaires d’un enfant!!
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