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De la contestation…

J’ai eu ici et deux petits (longs!) billets que je ne regrette pas, mais certes virulents par rapport à ce que j’ai l’habitude d’écrire ici. Simplement parce qu’ils parlaient d’actualité, de politique, et qu’ils ont donc provoqué des réactions un peu plus vives que d’ordinaire - pour moi d’abord, mais également dans les commentaires.
Et j’en suis ravie, parce que ça fait vivre un peu ces lieux, et que j’aime qu’on s’exprime. Du moment que c’est dans le respect et l’écoute, je suis prête à (presque) tout entendre.

Je l’ai dit et répété plusieurs fois déjà, ce blog n’a aucun caractère politique, parce que je n’aime pas entrer dans ce genre de débats qui génèrent à choix ou successivement colère, frustration et contrariété. Je parle assez peu politique dans mon quotidien, ce qui ne m’empêche pas de m’informer avec plus ou moins de boulimie selon les périodes, et si j’évoque un point ou plusieurs de l’actualité, c’est avant tout parce que ça engendre chez moi des réactions épidermiques.

Néanmoins, depuis ces rédactions, et ces réactions, je m’interroge sur tout ce qui a trait à la contestation. Réaction profondément humaine et constructive si elle est bien faite, mais surtout pourquoi mon niveau de tolérance est assez bas ces temps-ci, tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’une contestation de masse, et qui descend dans la rue.

Je pense que déjà, c’est lié à la liberté, à ma liberté personnelle. On est toujours très nombriliste et très égoïste, c’est bien connu, je ne déroge pas du tout à la règle, et j’essaye d’assumer du mieux possible cet aspect-là pas folichon de ma petite personne. 
Comme je l’ai déjà dit, j’ai vécu les “prises d’otage” en tant qu’usagère des transports publics parisiens. J’en ai souffert, à en pleurer quotidiennement, à en faire des malaises, à m’arrêter tant c’était insupportable. Et pourtant, ça n’a pas été long, et très faible par rapport à ce que d’autres peuvent vivre depuis si longtemps.
Mais c’est ma liberté de mouvements que je sentais entravée. Ma prise de décisions, mon quotidien qu’il fallait que je chamboule, et sans même en être l’initiatrice. Je suis dans une période où toute question touchant à la liberté, d’une manière ou d’une autre, me fait réagir de façon très vive, et cet aspect-là m’a forcément replongée dans la problématique.

Comme je l’ai répondu dans un commentaire, il y a également l’aspect culturel. Je suis d’un pays où les grèves ne sont pas, ou très peu connues. Où ce n’est pas du tout dans la mentalité du quidam de cesser de travailler, voire même de bloquer le bon déroulement du quotidien de chacun, pour se faire entendre.
Mais c’est aussi parce que d’autres moyens sont mis en place pour cela. Que le peuple est appelé à se prononcer à chaque décision politique, de petite, moyenne, ou grande ampleur. Qu’il a son mot à dire à tout moment, à chaque étape. Avec les avantages et les inconvénients que cela procure: devoir voter sur la couleur de la clôture du voisin (j’exagère à peine), mais aussi sur l’entrée ou non dans l’Europe, et la ligne économique que le pays va tenir. Alors forcément, quand les décisions prises ne conviennent pas, on ne peut plus rien dire: si on a voté et que ce qu’on espérait n’a pas été accepté, il faut se plier à la règle basique de la démocratie, et il y a même encore possibilité de relancer le débat.
Si on n’a pas voté, alors non, on peut encore moins critiquer: tout est mis en oeuvre pour qu’on puisse se prononcer, de la façon la plus libre et la plus aisée possible. Si ça n’a pas été fait, c’est qu’on ne le souhaitait pas. Et il paraît à tous hors de question de contester une décision dans laquelle on pouvait donner de la voix, mais sans l’avoir fait.

Je critique beaucoup mon pays d’origine. Comme beaucoup de personnes je crois. Mais je dois lui reconnaître ce talent-là, exceptionnel, et surtout source de beaucoup d’interrogations et d’étonnement chez les voisins (combien de fois ai-je été interrogée sur le fonctionnement du vote, sur les thèmes abordés, combien de fois m’a-t-on demandé d’expliquer et m’a-t-on écoutée avec de grands yeux ronds): il n’y a pas un moment, un choix politique, économique, social, qui n’implique pas la décision populaire. C’est lourd, pénible, tout ce qu’on veut. Mais ça permet d’assumer depuis le début et jusqu’à la fin du processus son choix, ses idées, et les défendre à la hauteur de l’énergie que l’on veut y consacrer. Les choses s’installent dans le débat, parfois dur, rigoureux, même violent, mais se décident en amont. Et du coup, en aval, personne ne peut se plaindre de ne pas être entendu, ni pris en compte.
Et surtout, l’éducation et le caractère un peu germanique aidant, il n’y a aucune forme de contestation au détriment d’autrui.

Non, le système n’est pas idyllique. Il a ses failles, ses inconvénients, ses imperfections, bien entendu. Il a le mérite d’exister, néanmoins. Après avoir tourné et retourné tout cela dans ma tête ces derniers jours, j’ai compris que dans le pays que j’ai choisi comme lieu d’adoption, que j’aime infiniment et qui m’a apporté tant de joie et d’émerveillement, il était très difficile de discuter. Et pire même, de s’écouter et de s’entendre. A tel point que c’en est devenu un fait historique: pour se faire entendre, il faut hurler, et taper le plus fort. Et priver les autres du fondamental le plus absolu: leur liberté, de mouvements souvent, pour qu’ils se rendent compte que certaines personnes existent, qu’elles souhaitent s’exprimer, et qu’on ne leur a laissé aucune autre option que celle-là.
Ca m’attriste, mais il va falloir que j’apprenne à être fataliste sur ce plan: je ne vois pas, à ce jour, ce qui pourrait arranger le système. Je ne vois pas comment on pourait changer les mentalités, et les habitudes en place, alors pour le coup, il faut que j’apprenne, moi, à comprendre ce que tout un chacun essaye d’exprimer, avec les moyens qu’il y a à disposition…quitte à être le dindon de la farce, de temps en temps, et en m’organisant en conséquence….

2 réponses pour “De la contestation…”

  1. zelda indique :

    La bonne nouvelle du jour, c’est que j’ai fait ami-ami avec ton antispam.
    Merci pour ce billet fort intéressant : je ne connais pas du tout ton pays (la honte, il est pas bien loin pourtant du “mien”). Si en effet, les décisions prises par le peuple sont respectées, ça permet sans doute de ne pas chercher à se faire entendre autrement …
    Et en comparant avec la manip autour de la constitution européenne ici, ça laisse rêveur …

  2. Flo indique :

    Ah bon, vous êtiez à ce point-là fâchés? ;)
    Pas de honte à avoir, dans sa complexité, mon pays n’est pas facile à aborder…Et peut-être franchement que j’idéalise, la distance aidant….
    Des bises :)

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