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mars 2009
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Archive pour mars 2009

De la confrontation

J’ai eu très longtemps très peur de l’affrontement.
L’un de mes visages de Janus, mon côté consensuel, discret et un peu trouillard, il faut l’avouer, faisaient que j’esquivais dès que je sentais qu’une discussion pouvait dériver à la confrontation. Confrontation plus ou moins virulente, plus ou moins contrariante, il suffisait que le vent tourne pour que je batte en retraite, tête rentrée dans les épaules, en me faisant la plus petite possible.

J’ai grandi, de petite fille je suis passée à grande fille, période qui a duré fort longtemps. Puis depuis peu, j’ai probablement mûri. Il aura fallu du temps, des épreuves, pas franchement agréables. Mais qui m’ont forgées. Qui m’ont prouvé que je pouvais m’en sortir. Que j’avais une certaine valeur, et que je pouvais me faire confiance. Très facile sur le papier, autrement plus compliqué dès qu’il s’agissait de se frotter à la réalité.
C’est étrange, comme tout parcours, une fois accompli, ou du moins bien entamé, devient parfaitement cohérent. Cette note m’est venue à l’esprit lorsque sans difficulté aucune, je me suis opposée l’autre jour à un collègue. Sans véhémence, mais avec une certaine force, et surtout beaucoup de conviction. Je me suis surprise, d’un coup, à me dire que ce que je faisais, ce que je disais -me faire remarquer dans l’agence, imposer mon point de vue, clamer haut et clair que non je n’étais pas d’accord, et tant pis pour les conséquences -je ne l’avais pas vu venir. Je me suis rendue compte, brusquement, de ce que j’étais capable de faire avec une certaine facilité, sans pour autant réaliser comment j’en étais arrivée là.

Alors j’ai regardé en arrière.
J’ai vu mon premier boulot, au téléphone alors que je détestais ça. Mon angoisse dès qu’il s’agissait de décrocher le combiné, de réclamer un dû.
J’ai vu aussi mes difficultés personnelles. M’être laissée piétiner pendant tant d’années sans dire un mot, sans relever, alors qu’aujourd’hui, même si je n’en ai pas besoin, je sais demander. Je sais dire. Je sais dire oui, je sais dire non. Je sais dire quand ça me déplaît, ou quand ça me plaît, et je sais surtout dire “oui, j’aimerais quand même”, même si en face je sens des réticences.
Et puis j’ai regardé mon poste aujourd’hui. Au milieu de cette bande de mecs. Qui font ressortir en moi l’autre visage de Janus: le garçon manqué, le côté masculin toujours très présent. L’énergie parfois atomique, l’impulsivité, la colère même, des choses pas forcément très jolies, mais qui me donnent le courage. Et surtout la possibilité de faire ma place, creuser mon trou. Me faire respecter, même si j’essaye à tout moment de me remettre en question. Des parts de moi que j’ai mis tant de temps à laisser parler, à assumer aussi, ne sachant pas comment ce serait perçu à l’extérieur. Et qu’il faut encore que j’apprenne à canaliser, à pacifier parfois.

Depuis que je suis ainsi, je ne suis pas moins aimée. Au contraire, même. J’ai trouvé ma place, personnelle, professionnelle, j’ai un cercle d’amis qui connaissent mes deux visages, et savent que je peux être tour à tour petit prince ou dragon, selon les circonstances.

Et moi, je ressens un immense soulagement, un peu comme si enfin, j’avais retrouvé la colle pour rassembler les morceaux du puzzle. Tout n’est pas encore en place, loin de là, mais au moins, j’ai mis les bords et les coins, et on sait tous que dans un puzzle, à partir du cadre, tout est plus facile…..

La facétie du week-end (sauf pour le chat)

Monsieur chat me fait bien comprendre à sa manière qu’il est fort mécontent d’être passé de son statut de matou libre et heureux à celui de matou d’appartement. Au cas où je n’aurais pas assez culpabilisé à ce sujet, il en remet une, à deux couches quotidiennes: me regarder avec des yeux de merlans frits (exceptionnel pour un chat) planté devant la porte-fenêtre que je lui ouvre à l’envi (c’est quand même le deal). Dès qu’il est sorti, demander d’office à rentrer. Et recommencer dans l’autre sens.
Miauler à n’en plus pouvoir, tolérer sa caisse sans y mettre d’enthousiasme (elle est pourtant tout le temps propre, je m’y engage). Frémir et me raconter, devant la vitre, comment il pourrait attraper cette pie, ou ce moineau qui lui font l’affront de se poser devant lui, à un coup de patte s’il n’y avait pas la fenêtre….
Et puis le printemps arrive, les hormones (celles qu’il lui reste) le travaillent, il monte maintenant sur la chaise sur le balcon, observe l’arbre qui pousse devant ses moustaches avec intérêt, mais jauge, à mon grand soulagement, la distance balcon-sol (4 étages!) un peu trop osée quand même.

En plus de tout cela, Monsieur chat s’empâte. Il n’a plus l’occasion de faire le fou dans les prés, et a perdu sa svelte ligne, du moins celle qu’il pensait avoir. Monsieur est devenu le vrai matou dodu, ventru et rondelet. Et n’a pas du tout l’intention, pour autant, de se réguler en nourriture, et continue à manger la même dose de croquettes.
Là, il a fallu que je sévisse. Après des circonvolutions et des tentatives désespérées à le convaincre de réduire les doses, lui avoir racheté une gamelle plus petite (!!), j’ai fini par me résoudre à le passer au light. Si. Ce que je ne fais pas pour moi, je l’ai fait pour lui.

Depuis vendredi, Monsieur chat a donc droit à ses croquettes light. Oh, j’ai bien senti que ça ne l’emballait pas plus que ça, qu’il flairait l’arnaque. Il les a contemplées d’un regard un peu méprisant, en a grignoté une ou deux dans la soirée, mais rien de plus, alors que d’ordinaire il aime tant le changement de nourritures.

Samedi a été infernal. Toute la journée, il a miaulé. Râlé. Pleuré. S’est fait gronder à la hauteur de ses réclamations, ce qui n’est pas peu dire. “Non tu n’auras rien d’autre, non, la viande ce n’est que le dimanche, tiens, regarde, la gamelle est pleine”, et moi de secouer ladite gamelle d’un geste tout à fait convaincant. Rien à faire. Il me regardait de ses grands yeux jaunes, miaulait, recommençait, et moi je ne cédais pas.
Jusqu’à la soirée. Où je n’en ai plus pu. Où le chat menaçait de passer par le balcon, si ce n’était par moi, par mon homme, tant il était insupportable. De guerre lasse, il m’a eue aux nerfs. J’ai sorti le paquet de viande, le lui ai servi. Il s’est précipité dessus. Et moi je l’ai contemplé, mi coupable, mi intriguée “ce chat a réellement faim, si ça continue ainsi, si je m’obstine, c’est en arrêtant de manger qu’il va maigrir”.
Je décide de laisser encore le bénéfice de doute: il n’aura que ça dimanche, si ça ne va toujours pas, je vais chercher d’autres croquettes lundi, et je ferai passer le tout par mélange.
C’est dur, la psychologie animale.

Dimanche matin. Miss blondinette émerge bien entendu 2 ou 3 heures avant ce qui nous paraît un réveil acceptable. Nous l’entendons passer devant la chambre, aller à la cuisine. Et commencer une tambouille dont elle seule a le secret. D’habitude, aux sons, j’arrive à deviner ce qu’elle fait, mais là non. Son père se réveille, tout aussi intrigué. Et finit par se lever.
Deux minutes passent, et j’entends:
-Mais range ça, c’est sûr, il ne va rien manger si tu continues!
-Mais c’est pour qu’il maigrisse, et que ça ait plus de goût!

Je saute du lit, enfile un pull, surgis à la cuisine. Pour voir les petits pots de poivre, curry, herbes diverses et variées (oui, à portée de main de la demoiselle), étalés par terre à côté de la gamelle de croquettes; et le chat, l’air désespéré, regarder Miss blondinette faire et en miaulant de plus belle (”vous allez peut-être enfin comprendre maintenant ??”)
Poivre et curry formaient un joli mélange sur les croquettes, et forcément à côté, tant qu’à faire.

Je prends une grande inspiration, un début d’explication pointe.
-Miss blondinette, j’ai besoin de savoir….tu as déjà fait ça hier matin?
Silence, à moitié coupable. Elle me scrute, ne sachant pas si l’aveu qu’elle tenait au bout de ses lèvres provoquerait colère ou non.
Nouvelle grande inspiration.
-….Je ne vais pas te gronder. J’ai besoin de savoir. Tu vois, Monsieur chat n’a rien mangé hier. Je pensais qu’il faisait des caprices, j’aurais dû acheter des nouvelles croquettes. Mais si tu lui as renversé du poivre et des épices dans sa gamelle, c’est sûr qu’il n’allait rien manger.
-Mais si, bien sûr, c’est bon ce que je lui ai mis, c’est pour donner du goût et l’aider à maigrir.

Ouf. J’ai compris. J’explique à miss blondinette que non, un grain de poivre pour nous, c’est un poivrier entier pour le chat. Je lui répète (avec son père) pour la cent unième fois que si elle veut nourrir l’animal, elle me demande d’abord, et fait ça sous ma surveillance.
Je récupère la gamelle, la passe à la poubelle, nettoie la couche impressionnante de poivre et curry au fond (comment n’ai-je pas pu le voir???), câline le chat qui commence à m’aimer très fort (tu parles, il s’est enfin dit qu’il allait pouvoir s’approcher de sa pitance sans éternuer et manquer de défaillir), la remplis de croquettes saines et light, le sers….
Il a dû mettre 3 minutes pour descendre la moitié! Moi, j’ai  beaucoup culpabilisé, un peu rigolé, et lamentablement tenté de m’excuser en le servant, encore, de viande le dimanche soir (la bonne affaire pour lui!)

Tous les quinze jours et un jour par semaine, Monsieur chat a droit à un avant-goût du bonheur d’un enfant à la maison, et nous, à des inventions que nous ne soupçonnions pas un instant!

Constat

Ce soir, en m’affalant dans le canapé après avoir réussi à plus ou moins tenir mon timing, j’allume par réflexe la télé, et tombe sur ce film.
Je ne suis sûrement pas une exception en disant à quel point il m’a marquée la première fois que je l’ai vu.
Depuis, je sentais une frustration assez marquée, un peu comme lorsqu’on referme un livre, et qu’on se dit qu’on peut toujours le rouvrir, mais on saura quand même comment ça se termine. Et on sait tous que la fin de ce film lui donne toute son ampleur.

Pourtant, je disais il y a encore peu, que j’avais envie de le revoir, dans cette nouvelle perspective. Non pour son suspense et sa compréhension, mais en guettant et en essayant de déceler.

Ce soir, je ne suis probablement pas dans l’état d’esprit adéquat pour y porter toute mon attention. Fatiguée, envie d’aller m’allonger, envie de légèreté.
Mais je me sens un peu déçue, quand même. Parce que tout me paraît évident, parce que je sais que je n’aurai pas la révélation de la fin. Parce que je n’arrive sans doute pas non plus à me focaliser sur les détails qui me permettraient de le savourer à sa juste valeur. Et pourtant, que j’aime toujours sa thématique. Combien j’admire les acteurs. Combien tout cela me semble réel, plausible….

C’est étrange, parce que généralement, j’adore revoir ou relire.
Et ça, c’était pour la note totalement sans intérêt du soir.

Trouver un peu de courage….

Dure journée. Dure semaine en fait.
Faire face à la tempête économique. Rester bien campée sur ses jambes, et se dire que dans la tension généralisée, on ne s’en sort pas si mal que ça.
Tant pis pour le patron odieux, qui doit avoir son lot de pression sur les épaules mais qu’on n’a pas forcément envie de plaindre non plus. Tant pis pour la désorganisation absolue et totale, on arrive à certaines choses, malgré les détours épuisants. Tant pis pour le manque d’écoute, manque d’encadrement, tant pis pour les reproches liés à ça, qui me paraissent si injustes, mais parce qu’on préfère toujours des encouragements aux remarques. Et qu’à l’heure actuelle, n’avoir que des reproches est déjà un luxe.

Tant pis, même si se lever est de plus en plus dur parce qu’il faut bien le dire, c’est un furieux passage à vide que je traverse, et que je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi-même pour bien d’autres choses.

A côté de ça, il y a les projets, les envies, auxquels je me raccroche.
Et puis ce soir, il y a eu les sourires et les babils de ma filleule, qui m’ont réchauffé le coeur et fait oublier que j’en ai soupé des chiffres, de la compta et des clients. Il y avait ce petit bout de chou qui me dévorait des yeux en se demandant sans doute de quelle planète je descendais, et nous nous apprivoisons tranquillement l’une et l’autre.
Et ça, oui, ça rallume instantanément une journée bien terne..

J’ai perdu mon âme d’enfant

Miss blondinette est une petite nana de 5 ans qui a son univers à elle bien affirmé: elle est persuadée que ses parents se sont rencontrés au bord d’une fontaine (et limite en chantant), et elle parle à Peter Pan tous les jours: il l’accompagne à l’école, se cache dans sa poche et lui présente Fée Clochette.

Miss blondinette, comme tous les enfants de son âge (sûrement), n’aime pas avoir tort et est prête à vendre père et mère pour convaincre. Là c’est un peu plus embêtant, parce que moi non plus je n’aime pas avoir tort, et moi aussi j’aime avoir le dernier mot. Ce qui de temps en temps débouche sur quelques joutes verbales passablement puériles, et en bon roquet que je suis, je dois faire appel à toute ma supposée sagesse d’adulte pour finir par la laisser dire et me contenter de sourire ou rire sous cape.

Par contre, depuis quelques temps, miss blondinette développe une nouvelle forme d’imagination qui me laisse fort perplexe.
Elle part d’un événement qui l’a marquée et qui est sans aucun doute véridique (un chien qui débarque dans la cour d’école pendant la récréation, une camarade et copine qui a quitté son école pour déménagement, la laissant toute triste), me raconte l’histoire, puis commence à broder autour avec des détails de plus en plus précis et improbables. Ce qui fait que la discussion débute de façon tout à fait banale, et à un moment que je ne définis pas encore très bien, bascule, et se met à partir dans tous les sens.
Dans ce genre de situation, je me trouve très démunie. Je continue à lui poser des questions, à lui réclamer des détails, et sans se laisser démonter, elle m’en donne. Mais j’oriente également mes questions de sorte qu’elle puisse réaliser (parce qu’elle est loin d’être bête) que son château de cartes n’est pas très solide. Je le fais sans méchanceté aucune, parce que j’ai toujours pris l’habitude de poser plusieurs questions quand elle me raconte quelque chose. Mais dans ce cas, à tort ou à raison, il me paraît important de l’aider à différencier l’univers réel (le fait de départ, qui l’amène à m’en parler), de l’imagination (tout ce qu’elle invente autour: le chien qui, par sa propre volonté et de façon parfaitement autonome, se met à rentrer chez lui après avoir sauté d’un balcon, la copine qui habite tellement loin qu’elle ne pourra plus jamais revenir, plus jamais écrire, et qui semble perdue au fin fond de l’univers).
Une fois achevées, ces discussions-là me laissent un goût amer. Parce que je m’en veux, et me dis que plutôt que de l’orienter dans mes questions, je ferais mieux de l’écouter, de me dire que même si elle ne raconte pas la vérité, c’est sa vérité à elle, son univers, et qu’elle essaye d’exprimer quelque chose au travers de ce qu’elle narre.
Pourtant, je ne peux m’en empêcher; parce que je suis un petit roquet, ça c’est sûr, parce qu’à un moment dans mon parcours, j’ai dû moi-même égarer mon Peter Pan intérieur, et ne plus rentrer aussi spontanément que cela dans une histoire tout à fait inventée. Mais aussi parce que je me dis qu’elle est à un âge où il ne s’agit pas de lui briser tous ses rêves, mais qu’il faut peut-être qu’elle apprenne à différencier ce qu’elle sait de source sûre, et ce qu’elle suppose, ou imagine.
Mon but n’est pas de la rabrouer, ni de la rabaisser. J’essaye de lui expliquer pourquoi ce qu’elle me raconte me paraît difficilement crédible (un chien ne saute pas du balcon, un enfant qui déménage peut revenir voir ses copains d’avant pendant des vacances). Mais je ne suis pas sûre d’avoir le droit de faire ça. Je ne suis pas sûre d’avoir raison, surtout. Et du coup, je me demande vraiment comment il faudrait que j’aborde ces situations.

Je me dis que l’apprentissage de la vie d’un enfant, c’est aussi dur pour moi que pour elle.  A la différence que moi, j’ai déjà été un enfant….

Pensées inabouties

Le plus dur, le lundi, est de réapprivoiser tous les manques de la semaine. Et dans ces manques, il y a tout ce qui pourrait être…
Comme par exemple, ces couples qui se baladent dans la douceur du soir, main dans la main, en s’offrant une transition entre le monde du travail, et celui du foyer.

*

Ce n’est sûrement pas parce que je donne mon sang ou mes plaquettes que je suis une héroïne; bien au contraire, si j’avais un tant soit peu de volonté, je ferais plus, et je m’impliquerais dans bien d’autres causes.
Et pourtant, dans ces petits moments où j’offre le peu que j’aie, sans être vénérée, j’apprécierais que les personnes qui m’encadrent soient un minimum attentives à ce qu’il se passe. J’aimerais au moins me sentir rassurée, me dire que s’il m’arrive un malaise, on saura le repérer, et me prendre en charge.
Aujourd’hui, j’en ai douté. En soi ce n’est pas dramatique, et il y a plein de bonnes raisons à cela. Ce qui m’ennuie le plus, c’est que je sais que même si j’ai à coeur de ne pas renoncer au premier obstacle, le geste du don sera moins spontané et moins plaisant pour moi, et c’est fort dommage.

*

Je m’interroge d’être aussi incapable d’être en paix avec mon corps, à une période où je me sais aimée pour celle que je suis, et où je n’ai aucune once de doute à ce sujet.
Quel mécanisme dois-je dérégler (ou réapprendre à régler) afin de pouvoir, enfin, offrir à mon corps la paix de mon esprit?

*

Je me sens frustrée, frustrée de ne pas trouver les mots pour toute la beauté qui m’entoure. Celle que je vois, celle que je vis. Celle que je ressens, dont je m’imprègne.
La beauté de ces paysages que nous traversons, les couleurs printanières, pâles et hésitantes mais de plus en plus présentes. Le vert de l’herbe grasse, le bleu du ciel dans la chaleur plus franche….Les petites taches de couleurs, autant de fleurs qui pointent timidement leur nez avant d’éclore dans un festival arc en ciel.
Et puis celle que je trouve au fond de moi, insoupçonnée, dans ses yeux et son sourire, dans nos silences et nos échanges.
Pour tout cela, je me dis qu’il ne doit après tout pas y avoir de mots terrestres…

Bilan

Je suis fatiguée, épuisée. Et le pire, c’est que j’ignore pourquoi. Oui, il y a la saison. Oui, il y a les changements brusques de température, l’arrivée du printemps sans vouloir vraiment y croire, la méfiance face à une rechute météorologique brutale qui ne manquera sûrement pas d’arriver.
Mais autre chose, aussi, que j’arrive difficilement à analyser.

Je dors mal. Je me réveille 4 à 5 fois par nuit. 2 fois, c’est un impondérable: retour de mon homme, et lorsqu’il vient se coucher. Seuls instants brefs, très brefs, où dans un demi-sommeil je peux lui communiquer ce que j’ai omis de lui dire dans les 5 minutes quotidiennes de téléphone. Ou alors les dernières nouvelles. Ou alors l’état d’esprit, sommairement. Ou simplement l’enlacer, l’embrasser, et voler tout ce que je n’ai pas dans la semaine et que le week-end m’offre de façon trop courte.
Parfois, je me souviens à peine de ce que je lui dis, parfois je ne le sens même pas se coucher.
Et puis à partir de 3 heures commencent à s’égrener les heures. J’ouvre les yeux une fois par heure jusqu’à ce que le réveil sonne. Quand j’ai de la chance, je me rendors de suite. Parfois pas.
6 heures, le chat lance sa sérénade, ça m’exaspère, je me crispe à l’idée de l’entendre encore, qu’il réveille tout le monde, les 50 dernières minutes sont quasi fichues, et pourtant pas moyen de se lever plus tôt.

Les soirées seules me laissent dans un épuisement absolu. Tant de choses que j’ai envie de faire, si peu que je parviens à réaliser. Un minimum pour l’appartement, toujours trop peu quand je constate le vendredi soir tout ce qu’il reste pour avoir le week-end serein. Un minimum de cuisine si je veux manger décemment, déjà que c’est du grand n’importe quoi à midi.
Et puis je suis fâchée avec mon corps, ces temps, sans arriver à faire la paix. Je suis lourde, gauche, mal dans ma peau, mal dans mes fringues, mal dans mes baskets. J’ai pourtant essayé d’être régulière sportivement, sans trop mal y parvenir en plus. Mais la piscine devient un véritable carnage, et si ça ne l’est pas, c’est moi qui vais le faire: finir à 10 dans la même ligne, c’est tout bonnement impossible sans faire monter de sérieuses envies de meurtres. Le soleil dehors ne décourage pas les nageurs de tous bords, et plus ça va, pire c’est. Alors je bâcle, au bout d’une demi-heure et de mon kilomètre difficilement bouclé en évitant les écueils, les maladroits, les dépassements intempestifs, les coups de pied.
Pas grave, les jours rallongent, je me remets à la course. Et là, je souffle comme un boeuf, je me traîne. 35 minutes péniblement avalées en m’arrêtant deux fois. Pliée de douleur avec des chevilles qui tirent comme si, à la place des tendons, j’avais des barres de fer. Je termine en ne sentant plus mes jambes. Oui, il faut que je change de chaussures, ça ou courir nu pied, c’est pareil. Oui, il faut que je retourne voir un ostéo, encore….

Et la musique? La lecture? Où est-ce que je parviens à les placer? A 21h, je m’effondre sur le canapé, à bout de forces, incapable d’ouvrir le piano, ou un livre. Frustrée mais tenant les yeux courageusement ouverts, jusqu’à 22h, le temps de manger, faire un brin de toilette, me mettre au lit devant une série. C’est la seule chose que je peux regarder, parce que ça ne dure pas trop longtemps -quand encore j’arrive au bout.

Tout cela me laisse si interrogative. Il n’y a pas de raison que je sois dans cet état. Aucune raison psychique. Pas vraiment de raison physique non plus. Peut-être, cette envie d’ultra-meubler ma semaine, pour oublier que je suis seule, et avoir 2 jours de week-end totalement libres et disponibles? Peut-être pas assez à l’écoute de mes envies profondes? Après tout, si actuellement le sport est ma priorité, il faut j’apprenne à assumer, et que je cesse d’avoir les regrets de tout ce que je dois laisser de côté. Mais ai-je raison de m’obstiner dans cette voie, et de cette manière-là?
Heureusement, je vois d’un très bon oeil les mois arriver avec des week-ends prolongés. Pour me faire tenir jusqu’aux vacances, qui me paraissent se situer environ au bout de la terre. D’ici là, j’espère avoir récupéré, un minimum. Et surtout, m’être suffisamment recentrée pour m’écouter de façon sage….
Et en attendant, c’est vendredi. Et ce qui s’annonce ce week-end, ce sont une, voire 2 grasses matinées et surtout des balades pour m’inonder du soleil qui nous fait le bonheur d’être présent en cette fin de semaine…

Petite fille chanceuse

Je regarde miss blondinette, et je me retrouve parachutée de nombreuses années plus tôt, à son âge.
Je discute avec des collègues parents, et je compare, bien malgré moi.
C’est que l’apprentissage d’un enfant, c’est bien moins évident que ce qu’on peut penser. Pas inné, en tout cas en ce qui me concerne. Et sans cesse la question de savoir si on est juste, si on n’en fait pas trop, trop peu…Dans une position assez délicate, aussi, n’étant pas liée  par le sang avec elle, mais par l’affectif, ce qui est déjà énorme.

Je n’ai guère de souvenirs de mes 5 ans. Ma mère était enceinte de mon petit frère. Comme miss blondinette, je réclamais et n’en pouvais plus d’attendre ce petit 2ème. Qu’on me prédisait comme “allant me compliquer la vie”, mais une petite fille de cet âge ne rêve que de pouponner, de jouer à la maman. Aussi peu “fillette” que j’étais, j’avais quand même cette envie, cette attente. Alors je regardais les livres de grossesse, je suivais l’évolution de mon déjà-petit-frère. J’ai été consultée pour le prénom (”Ok, ce ne sera pas Thomas, tu l’as de suite appelé Tomate”), puis ensuite mise à contribution pour le biberon, le bercer, le promener…

Aujourd’hui, alors que nous cherchons des activités pour miss blondinette, des destinations de vacances, que nous sommes avides de lui proposer de nouvelles expériences, nouvelles découvertes, je réalise à quel point j’ai eu de la chance.
La chance de naître et grandir dans une famille aisée, ouverte culturellement, prête à tant de choses.
Parce qu’à son âge:
-J’avais déjà mon vélo, je roulais avec les petites roues, balades interminables au bord du lac qui me paraissaient si naturelles. Mon père avait dû se racheter son propre vélo pour me suivre.
-Dire que je faisais du tennis était un bien grand mot, mais mon père étant un inconditionnel du sport; à peine donc ai-je commencé à marcher que je me suis retrouvée avec une raquette dans les mains. “Floh, chiche que tu arrives à faire rebondir 3 fois la balle par terre en la rattrapant”. “Floh, essaye de lancer la balle de l’autre côté du filet, sur moi, vas-y”. Et moi, petite nénette sur un immense court, avec un tamis qui faisait presque ma taille.
-Je ne skiais pas, mais je lugeais quasi tous les week-ends. J’étais sur les lattes, hésitante, un chasse-neige approximatif. Vacances d’hiver chaque année, batailles de boules de neige, fous rires et bonhommes de neige à gogo.
-Natation avec les manchons. Dans la piscine de ma ville. Chaque semaine à l’école. Chaque été dans la mer, parce que oui, je savais déjà ce qu’était l’eau salée, j’avais déjà voyagé, loin. Et j’avais un lac, tout près, pour l’eau douce quotidienne.
-En vrac, j’avais déjà dû avoir la chance de monter sur un bateau à voile, à moteur, un cheval. J’ai pris l’avion pour la première fois à 3 mois, direction l’Afrique du Nord où je passais la plupart de mes vacances d’été, dans une splendide maison. Je connaissais, ou apprenais à connaître l’Italie, balades dans la brousse, ramassage des baies, dévorer des pizzas chaudes dans la rue.

Tout ça m’a paru tellement naturel jusqu’à peu. Jusqu’à ce que je me dise que pour mes enfants, ou les enfants dont je dois m’occuper, j’aimerais que ce soit pareil. Jusqu’à ce que je prenne conscience de tout ce qu’il faut mettre en oeuvre pour réaliser une seule de ces activités.
Jusqu’à ce que, tout simplement, je remette les pieds sur terre et me confronte à la réalité vraie.

Oui, j’ai eu de la chance. Aujourd’hui, je remercie mes parents et je mesure à quel point cela m’a forgée. Et j’apprends l’humilité, en me disant que beaucoup aimeraient en avoir juste le quart de la moitié, et que j’aimerais déjà l’offrir à ceux que j’aime….

J’aime pô les perles!

Ce week-end, miss blondinette a reçu le jouet de la mort qui tue, par des gens fort bien intentionnés (à son égard, pas au nôtre comme vous pourrez le constater).
A l’approche donc, au premier regard, la réussite parfaite pour une petite fille de 5 ans en plein dans la phase “girlie rose des fées et des princesses”.
Un machin pour fabriquer en un tour de main des colliers et des bracelets en perles, celles ci-aussi colorées et brillantes que possible.
Sponsorisé par des personnages d’un des dessins animés qui fait furie actuellement, où les filles ont des cheveux longs, sont hyper bien maquillées et forcément ravissantes, genre les mensurations de notre vieille amie B@rbie.

Sauf que.
Bien entendu, il y a un mais.
Aussitôt déballé, aussitôt, miss blondinette a réclamé de l’essayer.
Soit, c’était une évidence.
Nous voilà donc, 2 adultes de la bonne trentaine, à observer la chose d’un oeil dubitatif. A se dire “bon, à l’intérieur du paquet, il y aura bien un mode d’emploi”.
A demander à miss blondinette de faire attention à l’ouverture dudit paquet, vu que ces perles semblent très attirées par le sol.
Première vérification, un premier choc, un tube qui s’ouvre, une fontaine de billes jaunes qui s’étalent.
Le chat relève le museau, les moustaches frisent.

1 heure plus tard, on en est au point suivant:
-Après avoir tourné et retourné tous les papiers, force nous est de constater que de mode d’emploi il n’y a point. La chose qui s’en rapproche le plus, ce sont 3 croquis au dos de la boîte montrant royalement les étapes évidentes de la confection dudit bijou. Par contre, il y a au moins 10 chapitres dans toutes les langues de la création pour nous rappeler que ce jouet doit être supervisé par un adulte digne de ce nom, et que les piles sont recyclables!
-Sans mode d’emploi, et après observation très rapprochée du bidule, avoir Bac+10 et postuler à la Nasa semble le minimum pré-requis pour envisager la création d’un pauvre bracelet (je n’ose même pas évoquer l’idée d’un collier).
-Les toutes petites perles, minuscules, ont une capacité de rebond inversément proportionnelle à leur taille, c’est dire. Et elles sont électrostatiques. Et forcément conservées dans des tubes qui s’ouvrent…ahem….très facilement. Dont acte.
-3 ou 4 passages d’aspirateur plus loin, le chat est en train de devenir fou furieux en entendant le rebond de ces machins sur le parquet, en ne voyant qu’un petit éclat lumineux, et en n’arrivant pas à l’attraper. Estampillé bon pour l’asile.
-Nous, on a renoncé depuis la 2ème minute et demi à les retrier par couleur, et on essaye de faire comprendre à miss blondinette qu’il en va de notre santé mentale et de sa vie de tenir le machin droit et d’arrêter de renverser les tubes (sur ce dernier point, nous contribuons également, je tiens à le noter pour plus de justice).
-Forcément, je me retrouve avec un splendide bracelet. Du moins une fois qu’on a compris comment gérer le fil, les billes, les noeuds, les fermoirs. Seule consolation: j’ai au moins pu choisir les couleurs de mon bijou, et évité de justesse le rose bonbon mêlé au vert chewing gum. Ouf
-Reddition définitive lorsque, d’un air décidé, mon homme prend le bracelet pour en faire un noeud, réussit avec dextérité le premier (soit après 6 minutes, c’est qu’il faut quand même y arriver à nouer un si petit machin avec des doigts d’adulte normalement constitué), me regarde d’un air triomphant, me tend le bijou….en le tenant forcément du mauvais côté, et laisse pendre celui qu’il n’avait pas fermé ni noué.
Nouvelle cascade de perles sur le parquet.
Fou-rire incontrôlable de 10 minutes.
Abdication totale.
J’envisage des séances d’aspirateur pour les années à venir remplies de machin brillants et cliquetants dans le tuyau.

Ce soir, elle a remis ça.
Y’a pas, moi qui ai toujours haï la couture et toute opération un tant soit peu minutieuse, j’ai l’impression de m’être totalement surpassée sur ce coup-là. Et petite vengeance, ce soir elle a fait un bijou pour un garçon!
Oui, parce que sur le coup d’une amnésie temporaire, j’ai totalement omis de lui expliquer que les garçons ne portaient pas de bijoux de perles.
Y’a pas de raison qu’on soit les seules à trinquer, non mais!

1 an

1 an qu’il est entré dans ma vie.
Qu’il a tout révolutionné, presque malgré moi.
Que j’ai appris à me laisser aller.
Que j’ai réappris la confiance, en lui, en nous, à 2.

1 an de découvertes et de sérénité, ce que je n’imaginais jamais possible.
Où les souvenirs douloureux, peu à peu, ont été remplacés par des moments merveilleux. Où j’ai su conjurer le sort, progressivement, mais ce n’est pas encore terminé.

1 année si longue, et si courte à la fois. Si dense et si légère. Le départ de tout, l’arrivée de tant de choses.

1 an, et tant d’autres infinies à venir, mon souhait le plus cher…