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Archive pour 4.3.2009

Sociable, moi?

Interpellée par un billet de Chiboum, que j’aurais pu écrire quasi à la virgule près, je me suis replongée depuis sa lecture dans mes souvenirs d’adolescence, et pas des plus plaisants.
Je me revois, depuis ce matin, dans toutes les situations sociales où je devais lutter parce qu’il “paraissait normal” aux gens qui m’entouraient, qui se souciaient de moi, que je m’intègre dans tous les groupes de jeunes de mon âge qui passaient à proximité, soit dans une périphérie de plusieurs kilomètres.

Je revois mon père me pousser à “chercher des partenaires au tennis”. Au point que ça m’en a presque dégoûtée. Au point que lorsque je décrochais une partie avec un copain ou une copine, je m’empressais de le dire, et savourais les quelques jours de répit qui s’en suivaient. Jusqu’à ce que l’inévitable question revienne sur le tapis: “pourquoi tu ne referais pas une partie? Pourquoi, si ça s’est si bien passé, vous n’avez pas repris rendez-vous?”

J’ai encore en mémoire, comme une photographie figée, comme ces instants qui marquent une vie sans qu’on s’en rende compte sur le moment, cet été du tout début des années 90. Arrivée au club de vacances en Italie. Première soirée, fraîcheur et douceur du crépuscule qui tombe sur des bâtiments d’un blanc éclatant et éblouissant. Prise de repères, apprivoiser les lieux, l’ambiance. Petite balade d’avant dîner avec ma mère, jusqu’à tomber à proximité du “groupe de jeunes” réuni comme chaque soirée à la même heure, au même endroit. Je me tends, je me crispe, sachant ce qui allait suivre, qui n’a pas manqué: “oh regarde, génial, c’est pour toi ça, pourquoi n’irais-tu pas, pourquoi ne les rejoins-tu pas, profites-en, il doit y avoir plein de nouveaux, tu peux te présenter, ce serait chouette”.
Non.
Non et non, pour rien au monde. Pourquoi, je ne le sais pas. Parce que, avant toutes choses, je ne pouvais envisager une seconde de débarquer au milieu de cette vingtaine de visages absolument et totalement inconnus, décontractée, l’air de rien: “salut les gars, moi c’est Floh, je suis là pour 2 semaines, ouah, ça va être l’éclate hein!”…Jamais, jamais de la vie. Alors j’ai freiné des 4 fers, j’ai refusé net. De plus en plus net devant l’insistance et l’incompréhension parentale. Mes vacances à moi, c’était la solitude: les heures de lecture sur la plage, les heures de nage, de voile dans la mer. Les activités à la pelle, tous les sports possibles et imaginables, mais les plus solitaires possibles. Si je me liais, c’était fortuitement, sans le chercher. Et si possible avec des plus âgés que moi, sans forcément le vouloir, mais c’était ainsi.

Ca a jalonné toute mon adolescence. J’ai eu, je pense, l’étiquette de rebelle à la société, de gamine coincée, de nana complètement déconnectée. Ca m’a porté préjudice, je sais aujourd’hui (parce qu’ils ont mis des années à l’avouer), que ça a énormément tracassé mes parents. J’avais des amis, fidèles, tout comme j’étais (et suis restée) fidèle en amitié. Mais les “juste copains d’une soirée”, les “justes potes d’une sortie”, les “justes rencontres de vacances”, je ne sais pas faire, encore aujourd’hui, je crois. J’ai moins de problème à m’intégrer dans un groupe, c’est la vie professionnelle qui a voulu ça, débarquer dans une nouvelle société sans connaître personne, c’est un peu le remake du débarquement au milieu du groupe d’inconnus, sauf que maintenant je l’appréhende moins, l’expérience contrainte et forcée aidant.
J’ai pris confiance. J’ai compris que je pouvais être aimable aussi, au sens premier du terme, et ça a du poids. Mais je reste une sociable sauvage, ou une asociale ouverte, à choix. Et comme Chiboum, dès que j’ai la sensation d’être obligée, contrainte, c’est comme si on me privait de ma liberté et mon libre-arbitre. Il n’y a rien de pire pour me rebiffer, et me braquer contre quelqu’un qui ne l’a pas demandé.

A la diffèrence qu’aujourd’hui, je l’assume, c’est peut-être la sagesse de l’âge?

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