Petite fille chanceuse

Je regarde miss blondinette, et je me retrouve parachutée de nombreuses années plus tôt, à son âge.
Je discute avec des collègues parents, et je compare, bien malgré moi.
C’est que l’apprentissage d’un enfant, c’est bien moins évident que ce qu’on peut penser. Pas inné, en tout cas en ce qui me concerne. Et sans cesse la question de savoir si on est juste, si on n’en fait pas trop, trop peu…Dans une position assez délicate, aussi, n’étant pas liée  par le sang avec elle, mais par l’affectif, ce qui est déjà énorme.

Je n’ai guère de souvenirs de mes 5 ans. Ma mère était enceinte de mon petit frère. Comme miss blondinette, je réclamais et n’en pouvais plus d’attendre ce petit 2ème. Qu’on me prédisait comme « allant me compliquer la vie », mais une petite fille de cet âge ne rêve que de pouponner, de jouer à la maman. Aussi peu « fillette » que j’étais, j’avais quand même cette envie, cette attente. Alors je regardais les livres de grossesse, je suivais l’évolution de mon déjà-petit-frère. J’ai été consultée pour le prénom (« Ok, ce ne sera pas Thomas, tu l’as de suite appelé Tomate »), puis ensuite mise à contribution pour le biberon, le bercer, le promener…

Aujourd’hui, alors que nous cherchons des activités pour miss blondinette, des destinations de vacances, que nous sommes avides de lui proposer de nouvelles expériences, nouvelles découvertes, je réalise à quel point j’ai eu de la chance.
La chance de naître et grandir dans une famille aisée, ouverte culturellement, prête à tant de choses.
Parce qu’à son âge:
-J’avais déjà mon vélo, je roulais avec les petites roues, balades interminables au bord du lac qui me paraissaient si naturelles. Mon père avait dû se racheter son propre vélo pour me suivre.
-Dire que je faisais du tennis était un bien grand mot, mais mon père étant un inconditionnel du sport; à peine donc ai-je commencé à marcher que je me suis retrouvée avec une raquette dans les mains. « Floh, chiche que tu arrives à faire rebondir 3 fois la balle par terre en la rattrapant ». « Floh, essaye de lancer la balle de l’autre côté du filet, sur moi, vas-y ». Et moi, petite nénette sur un immense court, avec un tamis qui faisait presque ma taille.
-Je ne skiais pas, mais je lugeais quasi tous les week-ends. J’étais sur les lattes, hésitante, un chasse-neige approximatif. Vacances d’hiver chaque année, batailles de boules de neige, fous rires et bonhommes de neige à gogo.
-Natation avec les manchons. Dans la piscine de ma ville. Chaque semaine à l’école. Chaque été dans la mer, parce que oui, je savais déjà ce qu’était l’eau salée, j’avais déjà voyagé, loin. Et j’avais un lac, tout près, pour l’eau douce quotidienne.
-En vrac, j’avais déjà dû avoir la chance de monter sur un bateau à voile, à moteur, un cheval. J’ai pris l’avion pour la première fois à 3 mois, direction l’Afrique du Nord où je passais la plupart de mes vacances d’été, dans une splendide maison. Je connaissais, ou apprenais à connaître l’Italie, balades dans la brousse, ramassage des baies, dévorer des pizzas chaudes dans la rue.

Tout ça m’a paru tellement naturel jusqu’à peu. Jusqu’à ce que je me dise que pour mes enfants, ou les enfants dont je dois m’occuper, j’aimerais que ce soit pareil. Jusqu’à ce que je prenne conscience de tout ce qu’il faut mettre en oeuvre pour réaliser une seule de ces activités.
Jusqu’à ce que, tout simplement, je remette les pieds sur terre et me confronte à la réalité vraie.

Oui, j’ai eu de la chance. Aujourd’hui, je remercie mes parents et je mesure à quel point cela m’a forgée. Et j’apprends l’humilité, en me disant que beaucoup aimeraient en avoir juste le quart de la moitié, et que j’aimerais déjà l’offrir à ceux que j’aime….

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3 réponses à Petite fille chanceuse

  1. Anne dit :

    C’est bien de le savoir et d’en prendre la mesure. Ca permet de savourer encore mieux la prochaine chance qui s’en vient. Comme le débarquement d’une mominette dans ta vie, par exemple !

  2. zelda dit :

    Il y a tout ce qu’on donne et reçoit et que tu décris si bien … ces chances-là, mesurables au moins un peu. Et il y a tout le reste … Et pour tout ce reste, je sais que Miss Blondinette n’aurait pu mieux tomber.

  3. Flo dit :

    Anne: pour l’instant j’ai l’impression d’être à l’école. J’apprends, et j’essaye de rattraper les 4 premières années que j’ai manquées, c’est pas facile de prendre le train en route comme ça 😉 Alors chaque chose en son temps 🙂

    Zelda: j’espère…Merci en tout cas, et des bises 🙂

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