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Archive pour 24.3.2009

J’ai perdu mon âme d’enfant

Miss blondinette est une petite nana de 5 ans qui a son univers à elle bien affirmé: elle est persuadée que ses parents se sont rencontrés au bord d’une fontaine (et limite en chantant), et elle parle à Peter Pan tous les jours: il l’accompagne à l’école, se cache dans sa poche et lui présente Fée Clochette.

Miss blondinette, comme tous les enfants de son âge (sûrement), n’aime pas avoir tort et est prête à vendre père et mère pour convaincre. Là c’est un peu plus embêtant, parce que moi non plus je n’aime pas avoir tort, et moi aussi j’aime avoir le dernier mot. Ce qui de temps en temps débouche sur quelques joutes verbales passablement puériles, et en bon roquet que je suis, je dois faire appel à toute ma supposée sagesse d’adulte pour finir par la laisser dire et me contenter de sourire ou rire sous cape.

Par contre, depuis quelques temps, miss blondinette développe une nouvelle forme d’imagination qui me laisse fort perplexe.
Elle part d’un événement qui l’a marquée et qui est sans aucun doute véridique (un chien qui débarque dans la cour d’école pendant la récréation, une camarade et copine qui a quitté son école pour déménagement, la laissant toute triste), me raconte l’histoire, puis commence à broder autour avec des détails de plus en plus précis et improbables. Ce qui fait que la discussion débute de façon tout à fait banale, et à un moment que je ne définis pas encore très bien, bascule, et se met à partir dans tous les sens.
Dans ce genre de situation, je me trouve très démunie. Je continue à lui poser des questions, à lui réclamer des détails, et sans se laisser démonter, elle m’en donne. Mais j’oriente également mes questions de sorte qu’elle puisse réaliser (parce qu’elle est loin d’être bête) que son château de cartes n’est pas très solide. Je le fais sans méchanceté aucune, parce que j’ai toujours pris l’habitude de poser plusieurs questions quand elle me raconte quelque chose. Mais dans ce cas, à tort ou à raison, il me paraît important de l’aider à différencier l’univers réel (le fait de départ, qui l’amène à m’en parler), de l’imagination (tout ce qu’elle invente autour: le chien qui, par sa propre volonté et de façon parfaitement autonome, se met à rentrer chez lui après avoir sauté d’un balcon, la copine qui habite tellement loin qu’elle ne pourra plus jamais revenir, plus jamais écrire, et qui semble perdue au fin fond de l’univers).
Une fois achevées, ces discussions-là me laissent un goût amer. Parce que je m’en veux, et me dis que plutôt que de l’orienter dans mes questions, je ferais mieux de l’écouter, de me dire que même si elle ne raconte pas la vérité, c’est sa vérité à elle, son univers, et qu’elle essaye d’exprimer quelque chose au travers de ce qu’elle narre.
Pourtant, je ne peux m’en empêcher; parce que je suis un petit roquet, ça c’est sûr, parce qu’à un moment dans mon parcours, j’ai dû moi-même égarer mon Peter Pan intérieur, et ne plus rentrer aussi spontanément que cela dans une histoire tout à fait inventée. Mais aussi parce que je me dis qu’elle est à un âge où il ne s’agit pas de lui briser tous ses rêves, mais qu’il faut peut-être qu’elle apprenne à différencier ce qu’elle sait de source sûre, et ce qu’elle suppose, ou imagine.
Mon but n’est pas de la rabrouer, ni de la rabaisser. J’essaye de lui expliquer pourquoi ce qu’elle me raconte me paraît difficilement crédible (un chien ne saute pas du balcon, un enfant qui déménage peut revenir voir ses copains d’avant pendant des vacances). Mais je ne suis pas sûre d’avoir le droit de faire ça. Je ne suis pas sûre d’avoir raison, surtout. Et du coup, je me demande vraiment comment il faudrait que j’aborde ces situations.

Je me dis que l’apprentissage de la vie d’un enfant, c’est aussi dur pour moi que pour elle.  A la différence que moi, j’ai déjà été un enfant….

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