J’ai perdu mon âme d’enfant

Miss blondinette est une petite nana de 5 ans qui a son univers à elle bien affirmé: elle est persuadée que ses parents se sont rencontrés au bord d’une fontaine (et limite en chantant), et elle parle à Peter Pan tous les jours: il l’accompagne à l’école, se cache dans sa poche et lui présente Fée Clochette.

Miss blondinette, comme tous les enfants de son âge (sûrement), n’aime pas avoir tort et est prête à vendre père et mère pour convaincre. Là c’est un peu plus embêtant, parce que moi non plus je n’aime pas avoir tort, et moi aussi j’aime avoir le dernier mot. Ce qui de temps en temps débouche sur quelques joutes verbales passablement puériles, et en bon roquet que je suis, je dois faire appel à toute ma supposée sagesse d’adulte pour finir par la laisser dire et me contenter de sourire ou rire sous cape.

Par contre, depuis quelques temps, miss blondinette développe une nouvelle forme d’imagination qui me laisse fort perplexe.
Elle part d’un événement qui l’a marquée et qui est sans aucun doute véridique (un chien qui débarque dans la cour d’école pendant la récréation, une camarade et copine qui a quitté son école pour déménagement, la laissant toute triste), me raconte l’histoire, puis commence à broder autour avec des détails de plus en plus précis et improbables. Ce qui fait que la discussion débute de façon tout à fait banale, et à un moment que je ne définis pas encore très bien, bascule, et se met à partir dans tous les sens.
Dans ce genre de situation, je me trouve très démunie. Je continue à lui poser des questions, à lui réclamer des détails, et sans se laisser démonter, elle m’en donne. Mais j’oriente également mes questions de sorte qu’elle puisse réaliser (parce qu’elle est loin d’être bête) que son château de cartes n’est pas très solide. Je le fais sans méchanceté aucune, parce que j’ai toujours pris l’habitude de poser plusieurs questions quand elle me raconte quelque chose. Mais dans ce cas, à tort ou à raison, il me paraît important de l’aider à différencier l’univers réel (le fait de départ, qui l’amène à m’en parler), de l’imagination (tout ce qu’elle invente autour: le chien qui, par sa propre volonté et de façon parfaitement autonome, se met à rentrer chez lui après avoir sauté d’un balcon, la copine qui habite tellement loin qu’elle ne pourra plus jamais revenir, plus jamais écrire, et qui semble perdue au fin fond de l’univers).
Une fois achevées, ces discussions-là me laissent un goût amer. Parce que je m’en veux, et me dis que plutôt que de l’orienter dans mes questions, je ferais mieux de l’écouter, de me dire que même si elle ne raconte pas la vérité, c’est sa vérité à elle, son univers, et qu’elle essaye d’exprimer quelque chose au travers de ce qu’elle narre.
Pourtant, je ne peux m’en empêcher; parce que je suis un petit roquet, ça c’est sûr, parce qu’à un moment dans mon parcours, j’ai dû moi-même égarer mon Peter Pan intérieur, et ne plus rentrer aussi spontanément que cela dans une histoire tout à fait inventée. Mais aussi parce que je me dis qu’elle est à un âge où il ne s’agit pas de lui briser tous ses rêves, mais qu’il faut peut-être qu’elle apprenne à différencier ce qu’elle sait de source sûre, et ce qu’elle suppose, ou imagine.
Mon but n’est pas de la rabrouer, ni de la rabaisser. J’essaye de lui expliquer pourquoi ce qu’elle me raconte me paraît difficilement crédible (un chien ne saute pas du balcon, un enfant qui déménage peut revenir voir ses copains d’avant pendant des vacances). Mais je ne suis pas sûre d’avoir le droit de faire ça. Je ne suis pas sûre d’avoir raison, surtout. Et du coup, je me demande vraiment comment il faudrait que j’aborde ces situations.

Je me dis que l’apprentissage de la vie d’un enfant, c’est aussi dur pour moi que pour elle.  A la différence que moi, j’ai déjà été un enfant….

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14 réponses à J’ai perdu mon âme d’enfant

  1. Leeloolene dit :

    Dans mes ptits monstres, j’en ai deux qui ont la même propension à ce que je nomme les « affabulations »… et je dois dire que j’ai beaucoup beaucoup de mal pour gérer ça !!

    Je suis incapable comme toi de savoir comment agir quand je sens que la conversation prend une tournure de « mensonge »… on peut y voir autre chose évidemment : l’imagination débordante, le rêve, l’affabulation… mais bon, une part reste insensiblement à mes yeux du mensonge. Et alors là… comment faire !! Sans casser leur petit film au scénario bien débordant… et à la fois sans les laisser mener les gens en bateau !!!

    Ca me fait plaisir que tu parles de ça, car c’est une des difficultés que je rencontre souvent sans savoir du tout du tout comment réagir. Et je n’avais jamais échangé là-dessus avec qui que ce soit ! Je ne crois pas que ce soit parce que nous ayons perdu notre âme d’enfant… mais plutôt qu’on se rend compte du danger potentiel du mensonge. Enfin… je crois…

  2. Flo dit :

    Oh, merci, merci Leeloolène, tu ne sais pas à quel point tu me rassures, parce que franchement, depuis que j’ai écrit ce billet, je me dis que je suis la dernière des idiotes et que je dois franchement être un « tue imaginaire » :p
    Je pense que c’est l’âge où justement ils apprennent la notion de « mensonge », parce que c’est vrai, ça nous paraît presque idiot, mais il faut bien l’apprendre, cette notion, non? Ils l’apprennent en regardant nos réactions lorsqu’ils les disent. Et ensuite, ben peut-être qu’ils cherchent les limites? Qu’ils ne « mentent » pas à proprement parler, j’ai du mal, moi, à parler de mensonge quand elle me raconte toutes ces histoires, le terme d’affabulation me convient bien mieux. Mais c’est une sorte de flirt avec les limites, elle a compris que « mentir c’est mal », mais « inventer », ou « pousser dans les détails », peut-être que ça marche?
    Toute la difficulté étant, probablement, de les laisser garder cette imagination débordante en leur faisant comprendre qu’on n’est pas dupe, et qu’on ne réagira pas comme quand ils mentent, mais qu’on sait, nous, reconnaître la limite?
    Si une jeune maman un peu plus calée et expérimentée passe par là…..

  3. Leeloolene dit :

    OOOOOHHHH NOOOONNN !!! J’ai raté mon test de math ;( J’espère que mon commentaire ne s’est pas perdu !! Il était super long 🙂

    Tu le retrouves dans ton admin ?? ou je dois recommencer ?

  4. Flo dit :

    Ben je t’ai même répondu, tu ne l’as pas vu? Je t’ai répondu tout aussi longuement!

  5. Leeloolene dit :

    Non c’était en réponse de ta réponse !!! 🙂

  6. Leeloolene dit :

    Je reprends donc…

    J’ai remarqué que cette période arrive vers 5/6 ans… tu es donc en plein dans cette période 🙂 En tout cas c’est à ce moment là qu’ils prennent conscience de leurs affabulations et en jouent beaucoup… justement pour tester les réactions que l’on va avoir ! (et peut être au fond voir les limites jusqu’où ils peuvent aller).

    Effectivement, c’est un peu gros de parler de ‘mensonge’… car souvent il s’agit juste d’affabulations gentilles et rêveuses. Mais à quel moment agir pour leur faire comprendre de ne pas dépasser le cadre de l’affabulation et de tomber dans le travers du mensonge ? Qui pour le coup, avec le temps, peut devenir grave.

    Et te fait-elle ça avec les règles du jeux ??? C’est là-dessus que j’ai le plus de mal à ne pas sévir (en trèèèèès mauvaise joueuse que je suis 🙂 ) Par exemple au Uno ‘Mais si je t’assure on peut mettre n’importe quoi après un jaune’… ‘Hmmm… ce ne sont pas les règles du jeu’…. ‘mais siiiiiiiiiiiiiii je t’assssuuuuuuure ça, c’était quand tu étais jeune, maintenant ça a changé ». Ou (et bammm prends ça dans les dents)…
    Enfin c’est sûr… ça laisse la libre place à une graaaaaande imagination !!!

  7. Anne dit :

    Akynou expliquait l’autre jour que la notion de mensonge ne commence à vraiment exister que vers 7 ans (pas l’âge de raison pour rien, tiens).

    Qu’avant les enfants ne font pas de grande différence entre les faits réels et leur imaginaire, forcément moins cloisonné que le nôtre.

    Après ça, comment le gérer au quotidien ? Bonne question… mais je ne crois pas qu’il faille vraiment s’en inquiéter, encore.

  8. Flo dit :

    Anne: merci pour le lien, je suis allée relire avec attention.
    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur l’âge de 7 ans, mais bon, après je pense que c’est une moyenne établie, pas un âge fixe comme souvent.
    La pitchoune a 5 ans depuis un mois, et je peux t’affirmer sans aucun doute qu’elle sait très bien distinguer le mensonge de la vérité. Pour des choses très « basiques » certes, mais elle sait quand elle ment, et elle sait très bien « essayer de faire passer une certaine vérité ». Après, elle n’a pas encore forcément la notion de la « gravité » du mensonge (qu’on donne selon nos concepts à nous, bien sûr), mais elle sait 🙂
    Le « gloubiboulga » dont tu parles marque sans aucun doute en effet la frontière qu’elle essaye de trouver. A quel moment ça devient mensonge donc mal et « punissable », à quel moment ça reste un joli jeu, qui nous fait sourire.
    D’ailleurs elle a souvent l’argument, quand elle voit qu’on réagit négativement « je vous fais une blague ». Alors que pareil, elle est très mutine donc sait très bien quand elle fait une « vraie blague ». Ensuite, elle essaye de faire passer d’autres attitudes ou paroles par des « blagues » et regarde notre réaction…
    Je ne m’inquiète pas pour elle, pas du tout. Je m’inquiète de ma réaction à moi: parce que le sujet du mensonge est un sujet qui m’est très sensible et que donc forcément, même en étant attentive, je reporterai sur elle mes valeurs, sans doute trop « dures » surtout pour son âge. Parce que, tout comme elle cherche une frontière, j’en cherche une autre: dans quelle mesure dois-je lui montrer progressivement que je reconnais ce qui est vérité et ce qui est invention, et en réagissant ainsi, ne suis-je pas en train de briser aussi sa part de rêve? En plus, je ne suis pas sa mère….Donc c’est clairement moi que je remets en question sur le sujet, et non elle 🙂
    Bises et soigne-toi (soignez-vous?) bien!

  9. Leeloolene dit :

    Ah ! Tu vois ça rejoint ce que je te disais en mail sur le fait que c’est compliqué car ça met en avant nos propres faiblesses et nos doutes !! Je n’avais même pas fait le lien avec ta propre histoire. « Je viens de réaliser avec ton commentaire à Anne et évidemment c’est forcémment quelque chose qui te touche plus qu’autre chose, et donc te fait te poser plus de questions 😉

    Allez courage !

  10. Anne dit :

    Ah non mais c’est de toi dont je disais qu’il ne fallait pas t’inquiéter !

    Parce que quoi que tu fasses, tu passeras des messages, des valeurs, sans doute pas ce que tu imagines ni comment tu l’imagines. Donc relax, gère comme ça te paraît juste, explique pourquoi tu réagis comme ça quand ça te paraît nécessaire.

    Je suis sûre que tu n’es pas irrationnelle et hystérique avec elle, donc t’en fais pas. Si tu penses faire au mieux pour elle et toi, c’est sans doute vrai, avec la façon dont tu es construite !

    (Bizarrement, pour elle, je ne m’inquiète pas du tout, elle m’a l’air tout à fait en pleine forme et en plein devenir, cette enfant !)

  11. Flo dit :

    Leeloolene: oui, je voulais te répondre par mail, c’est certain que j’y mets beaucoup de ma propre histoire, et pas forcément la meilleure part, donc j’essaye d’être vigilante, mais pas évident 😉 Je détaillerai un peu plus, mais j’étais entièrement d’accord avec toi.

    Anne: merci de me rassurer. Je suppose que, à l’image de beaucoup de parents, on ne se pose de questions que lorsqu’on est confrontés à la situation. Pour l’irrationnel et l’hystérie, non, quand même 😉 Plus ou moins d’impatience selon les jours et les situations, mais je pense que je ne la martyrise pas trop :p
    Elle est en pleine forme et en plein devenir, ça c’est certain! Pas plus de raison de s’inquiéter pour elle que pour un autre, je pense, si ce n’est rester vigilant sur les messages qu’elle essaye de faire passer, comme pour tous les enfants, et au vu de sa situation familiale plus particulière, mais devenue tellement banale maintenant, malheureusement….

    Et sinon ma parole, je n’ai jamais eu autant de commentaires sur un seul billet! Le sujet devant en valoir la peine 😉 Merci à tout le monde 🙂

  12. Aude Nectar dit :

    Les amis imaginaires, la petite souris, les cloches qui passent et apportent du chocolat, le père noël, les petits baignent dans un conte de fée qu’on alimente, normal qu’eux-mêmes rajoutent quelques fantaisies..
    Tant que ça ne dure pas après, ce n’est pas du vrai mensonge !

    Je préfèrerais que ma fille me raconte de gentilles sornettes et qu’elle soit plus douce et facile à la maison, c’est un tyran !
    J’aime bien ton style, je vois dans ta blogliste aussi qu’on apprécie les mêmes belles plumes (Zelda par exemple, un enchantement)

  13. Flo dit :

    Aude: (re)bienvenue ici, on s’y est déjà croisés je crois 😉
    Comme je l’ai déjà dit, pour moi il ne s’agit pas d’un mensonge, juste d’affabulations, comme l’a très justement énoncé Leeloolene, qui me laissent perplexes parce que j’ignore si je dois lui poser des limites ou non.
    Et oui, il vaut sans doute mieux ça qu’une forme de « tyranie », d’un autre côté miss blondinette n’a pas, comme Nectarine, deux petits frère et soeur qui doivent prendre du temps vu leur âge et leur venue assez récente 😉
    Pour la blogliste: elle n’est malheureusement pas assez fournie, je lis bien d’autres blogs, mais je n’ose pas les mettre ainsi en lien sans prévenir l’auteur(e), et souvent je suis trop timide pour demander.
    Quant à Zelda, c’est une superbe plume, et bien plus que ça dans la vraie vie pour moi 🙂
    Bises 🙂

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