La facétie du week-end (sauf pour le chat)

Monsieur chat me fait bien comprendre à sa manière qu’il est fort mécontent d’être passé de son statut de matou libre et heureux à celui de matou d’appartement. Au cas où je n’aurais pas assez culpabilisé à ce sujet, il en remet une, à deux couches quotidiennes: me regarder avec des yeux de merlans frits (exceptionnel pour un chat) planté devant la porte-fenêtre que je lui ouvre à l’envi (c’est quand même le deal). Dès qu’il est sorti, demander d’office à rentrer. Et recommencer dans l’autre sens.
Miauler à n’en plus pouvoir, tolérer sa caisse sans y mettre d’enthousiasme (elle est pourtant tout le temps propre, je m’y engage). Frémir et me raconter, devant la vitre, comment il pourrait attraper cette pie, ou ce moineau qui lui font l’affront de se poser devant lui, à un coup de patte s’il n’y avait pas la fenêtre….
Et puis le printemps arrive, les hormones (celles qu’il lui reste) le travaillent, il monte maintenant sur la chaise sur le balcon, observe l’arbre qui pousse devant ses moustaches avec intérêt, mais jauge, à mon grand soulagement, la distance balcon-sol (4 étages!) un peu trop osée quand même.

En plus de tout cela, Monsieur chat s’empâte. Il n’a plus l’occasion de faire le fou dans les prés, et a perdu sa svelte ligne, du moins celle qu’il pensait avoir. Monsieur est devenu le vrai matou dodu, ventru et rondelet. Et n’a pas du tout l’intention, pour autant, de se réguler en nourriture, et continue à manger la même dose de croquettes.
Là, il a fallu que je sévisse. Après des circonvolutions et des tentatives désespérées à le convaincre de réduire les doses, lui avoir racheté une gamelle plus petite (!!), j’ai fini par me résoudre à le passer au light. Si. Ce que je ne fais pas pour moi, je l’ai fait pour lui.

Depuis vendredi, Monsieur chat a donc droit à ses croquettes light. Oh, j’ai bien senti que ça ne l’emballait pas plus que ça, qu’il flairait l’arnaque. Il les a contemplées d’un regard un peu méprisant, en a grignoté une ou deux dans la soirée, mais rien de plus, alors que d’ordinaire il aime tant le changement de nourritures.

Samedi a été infernal. Toute la journée, il a miaulé. Râlé. Pleuré. S’est fait gronder à la hauteur de ses réclamations, ce qui n’est pas peu dire. « Non tu n’auras rien d’autre, non, la viande ce n’est que le dimanche, tiens, regarde, la gamelle est pleine », et moi de secouer ladite gamelle d’un geste tout à fait convaincant. Rien à faire. Il me regardait de ses grands yeux jaunes, miaulait, recommençait, et moi je ne cédais pas.
Jusqu’à la soirée. Où je n’en ai plus pu. Où le chat menaçait de passer par le balcon, si ce n’était par moi, par mon homme, tant il était insupportable. De guerre lasse, il m’a eue aux nerfs. J’ai sorti le paquet de viande, le lui ai servi. Il s’est précipité dessus. Et moi je l’ai contemplé, mi coupable, mi intriguée « ce chat a réellement faim, si ça continue ainsi, si je m’obstine, c’est en arrêtant de manger qu’il va maigrir ».
Je décide de laisser encore le bénéfice de doute: il n’aura que ça dimanche, si ça ne va toujours pas, je vais chercher d’autres croquettes lundi, et je ferai passer le tout par mélange.
C’est dur, la psychologie animale.

Dimanche matin. Miss blondinette émerge bien entendu 2 ou 3 heures avant ce qui nous paraît un réveil acceptable. Nous l’entendons passer devant la chambre, aller à la cuisine. Et commencer une tambouille dont elle seule a le secret. D’habitude, aux sons, j’arrive à deviner ce qu’elle fait, mais là non. Son père se réveille, tout aussi intrigué. Et finit par se lever.
Deux minutes passent, et j’entends:
-Mais range ça, c’est sûr, il ne va rien manger si tu continues!
-Mais c’est pour qu’il maigrisse, et que ça ait plus de goût!

Je saute du lit, enfile un pull, surgis à la cuisine. Pour voir les petits pots de poivre, curry, herbes diverses et variées (oui, à portée de main de la demoiselle), étalés par terre à côté de la gamelle de croquettes; et le chat, l’air désespéré, regarder Miss blondinette faire et en miaulant de plus belle (« vous allez peut-être enfin comprendre maintenant ?? »)
Poivre et curry formaient un joli mélange sur les croquettes, et forcément à côté, tant qu’à faire.

Je prends une grande inspiration, un début d’explication pointe.
-Miss blondinette, j’ai besoin de savoir….tu as déjà fait ça hier matin?
Silence, à moitié coupable. Elle me scrute, ne sachant pas si l’aveu qu’elle tenait au bout de ses lèvres provoquerait colère ou non.
Nouvelle grande inspiration.
-….Je ne vais pas te gronder. J’ai besoin de savoir. Tu vois, Monsieur chat n’a rien mangé hier. Je pensais qu’il faisait des caprices, j’aurais dû acheter des nouvelles croquettes. Mais si tu lui as renversé du poivre et des épices dans sa gamelle, c’est sûr qu’il n’allait rien manger.
-Mais si, bien sûr, c’est bon ce que je lui ai mis, c’est pour donner du goût et l’aider à maigrir.

Ouf. J’ai compris. J’explique à miss blondinette que non, un grain de poivre pour nous, c’est un poivrier entier pour le chat. Je lui répète (avec son père) pour la cent unième fois que si elle veut nourrir l’animal, elle me demande d’abord, et fait ça sous ma surveillance.
Je récupère la gamelle, la passe à la poubelle, nettoie la couche impressionnante de poivre et curry au fond (comment n’ai-je pas pu le voir???), câline le chat qui commence à m’aimer très fort (tu parles, il s’est enfin dit qu’il allait pouvoir s’approcher de sa pitance sans éternuer et manquer de défaillir), la remplis de croquettes saines et light, le sers….
Il a dû mettre 3 minutes pour descendre la moitié! Moi, j’ai  beaucoup culpabilisé, un peu rigolé, et lamentablement tenté de m’excuser en le servant, encore, de viande le dimanche soir (la bonne affaire pour lui!)

Tous les quinze jours et un jour par semaine, Monsieur chat a droit à un avant-goût du bonheur d’un enfant à la maison, et nous, à des inventions que nous ne soupçonnions pas un instant!

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2 réponses à La facétie du week-end (sauf pour le chat)

  1. Anne dit :

    Mouarf ! Excellent !

    N’empêche qu’un instant, j’ai pensé que Monsieur chat était une gonzesse au régime (c’est à dire d’humeur exécrable !!!).

    Chipie, Miss Blondinette, mais le coeur sur la main, quand même 🙂

  2. Flo dit :

    Anne: non, c’est vraiment Monsieur Chat. Cela dit, je serais au régime, je serais pire que lui!
    Et oui, Miss Blondinette a le coeur sur la main. C’est ce qui sauve beaucoup de situations: elle est généreuse et partageuse, et ça, ce sont des qualités essentielles, importantes, que nous ne manquons pas d’ailleurs de souligner pour la féliciter 🙂

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