De la confrontation

J’ai eu très longtemps très peur de l’affrontement.
L’un de mes visages de Janus, mon côté consensuel, discret et un peu trouillard, il faut l’avouer, faisaient que j’esquivais dès que je sentais qu’une discussion pouvait dériver à la confrontation. Confrontation plus ou moins virulente, plus ou moins contrariante, il suffisait que le vent tourne pour que je batte en retraite, tête rentrée dans les épaules, en me faisant la plus petite possible.

J’ai grandi, de petite fille je suis passée à grande fille, période qui a duré fort longtemps. Puis depuis peu, j’ai probablement mûri. Il aura fallu du temps, des épreuves, pas franchement agréables. Mais qui m’ont forgées. Qui m’ont prouvé que je pouvais m’en sortir. Que j’avais une certaine valeur, et que je pouvais me faire confiance. Très facile sur le papier, autrement plus compliqué dès qu’il s’agissait de se frotter à la réalité.
C’est étrange, comme tout parcours, une fois accompli, ou du moins bien entamé, devient parfaitement cohérent. Cette note m’est venue à l’esprit lorsque sans difficulté aucune, je me suis opposée l’autre jour à un collègue. Sans véhémence, mais avec une certaine force, et surtout beaucoup de conviction. Je me suis surprise, d’un coup, à me dire que ce que je faisais, ce que je disais -me faire remarquer dans l’agence, imposer mon point de vue, clamer haut et clair que non je n’étais pas d’accord, et tant pis pour les conséquences -je ne l’avais pas vu venir. Je me suis rendue compte, brusquement, de ce que j’étais capable de faire avec une certaine facilité, sans pour autant réaliser comment j’en étais arrivée là.

Alors j’ai regardé en arrière.
J’ai vu mon premier boulot, au téléphone alors que je détestais ça. Mon angoisse dès qu’il s’agissait de décrocher le combiné, de réclamer un dû.
J’ai vu aussi mes difficultés personnelles. M’être laissée piétiner pendant tant d’années sans dire un mot, sans relever, alors qu’aujourd’hui, même si je n’en ai pas besoin, je sais demander. Je sais dire. Je sais dire oui, je sais dire non. Je sais dire quand ça me déplaît, ou quand ça me plaît, et je sais surtout dire « oui, j’aimerais quand même », même si en face je sens des réticences.
Et puis j’ai regardé mon poste aujourd’hui. Au milieu de cette bande de mecs. Qui font ressortir en moi l’autre visage de Janus: le garçon manqué, le côté masculin toujours très présent. L’énergie parfois atomique, l’impulsivité, la colère même, des choses pas forcément très jolies, mais qui me donnent le courage. Et surtout la possibilité de faire ma place, creuser mon trou. Me faire respecter, même si j’essaye à tout moment de me remettre en question. Des parts de moi que j’ai mis tant de temps à laisser parler, à assumer aussi, ne sachant pas comment ce serait perçu à l’extérieur. Et qu’il faut encore que j’apprenne à canaliser, à pacifier parfois.

Depuis que je suis ainsi, je ne suis pas moins aimée. Au contraire, même. J’ai trouvé ma place, personnelle, professionnelle, j’ai un cercle d’amis qui connaissent mes deux visages, et savent que je peux être tour à tour petit prince ou dragon, selon les circonstances.

Et moi, je ressens un immense soulagement, un peu comme si enfin, j’avais retrouvé la colle pour rassembler les morceaux du puzzle. Tout n’est pas encore en place, loin de là, mais au moins, j’ai mis les bords et les coins, et on sait tous que dans un puzzle, à partir du cadre, tout est plus facile…..

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2 réponses à De la confrontation

  1. Anne dit :

    N’empêche qu’il faut aussi savoir se sentir bien d’avoir avancé, alors tu fais bien d’écrire.

  2. Flo dit :

    Anne: oui, écrire est surtout un moyen de prendre du recul, regarder et regarder aussi tout ce qu’il me reste à parcourir 🙂
    Mais merci 🙂

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