Infos

Vous parcourez actuellement les archives du blog Feenix pour le jour suivant : 6.4.2009.

avril 2009
L Ma Me J V S D
« mar   mai »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archive pour 6.4.2009

Tremblement

Ce matin, en allumant la radio, tous mes souvenirs, un peu lointains, un peu tremblants, me sont revenus d’un coup à la figure.

Brusquement, alors que s’égrenait les chiffres de la catastrophe, j’ai revu cette ville dorée, blonde sous le soleil et la chaleur. Aux pierres glissantes de marbre, aux pavés délicatement ornés.
Cette ville d’arcades, où les magasins de chaussures, à la forte odeur de cuir, s’étendaient à perte de vue. Entrecoupés d’échopes de gelati, de pizzas. Ces bars où la crème du capuccino débordait de chaque tasse, où les sirops avaient une autre saveur.
Le marché, sur la place, identique à tous les autres et si particulier: la musique sirupeuse débordant des stands de cd, cassettes, se mêlait aux cris des marchands de légumes, aux passants qui se haranguaient d’un bout à l’autre du trottoir. J’ai toujours été surprise par la sonorité de la voix des Italiens, trait familial dont j’ai hérité d’ailleurs, sans m’en rendre compte.
Ces voix, et ces syllabes qui rebondissaient sur l’église, l’une des nombreuses de la ville.

Nous y venions souvent en été, parfois en automne. Il nous fallait traquer l’ombre, chercher les lunettes de soleil, indispensables devant la réverbation aveuglante du soleil sur ces pierres à la blancheur éclatante. Trouver un espace de verdure pour un minimum de fraîcheur.

Et puis les alentours. Région contrastée s’il en est. En haut, sur les plateaux, la sauvagerie de la presque montagne. Des ronces, des champs à perte de vue, où nous avons écorchés nos genoux d’enfants, à courir entre les murets de pierres sèches, veillant aux serpents, un arc en bois à la main, et prenant n’importe quel arbuste pour cible. Des balades à cheval, des galops fous sur des sentiers rocailleux. La sombre silhouette de quelques basse cîmes, et chaque année, à notre retour, chercher traditionnellement cette jeune femme nue et allongée, à l’horizon, délicatement dessinée par la chaîne qui plonge vers l’Adriatique.

Plus bas, c’est la verdure. Les petites églises, toutes plus ravissantes et délicates les unes que les autres, au milieu de nulle part. C’est là-bas que j’ai dit, la seule fois de ma vie, que je voulais me marier. En ces lieux et pas d’autres. Parce qu’il y a eu une véritable reconnaissance, un immense coup de coeur. Le voeu a été vain, mais je ne l’ai pas oublié.
C’est peut-être de cette région que je garde mon amour de l’art roman, de la simplicité des bâtisses.

Tout n’a pas été rose là-bas. J’ai ronchonné à n’en plus pouvoir, en bonne adolescente que j’étais, de devoir m’y déplacer. Aller visiter encore et encore. Qu’on me laisse tranquille, mon walkman et moi, plutôt que de me traîner dans tous les monsatères du coin, toutes les églises de la région. Et j’ai refusé d’y retourner depuis des années.
Oui, mon rapport à ma région d’origine est plus que contrasté. Et cependant, je me dis que tous les efforts de mes parents n’ont pas été complètement vains, puisque ce matin, j’ai sauté sur le téléphone, pour essayer de glaner un maximum d’informations. Et que je guette une seule photo, sur laquelle je ne reconnaîtrai rien de ce qui a été la destination de toutes mes vacances d’enfance.
Je voulais y repartir, dans un avenir proche, à 2. Lui présenter ces lieux, lui montrer la maison familiale, celle qui fut le nid de tant de convoitises, de tant de rancoeurs, de reproches, mais aussi, je le crois, de bonheurs.
Aujourd’hui, j’ignore même ce qu’il en reste….

|