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9.4.2009 par Flo.
C’est la crise. Ca oui, ça l’est pour de bon, on la voit, on l’entend partout: dans le journal, à la télé. A la radio, dans la rue, au boulot, on essaye d’éviter chez les amis, encore que.
On est tous touchés, à plus ou moins grande échelle. Et puis, il faut bien se l’avouer, dans ce genre de situation on veut bien parler de solidarité, du moment qu’égoïstement on est à l’abri. On pense d’abord à soi, à ses crédits, à ses impératifs. A ses vacances, aux projets à reporter, à ceux qu’on ose faire de suite. Et s’il nous reste un peu de temps et d’énergie, peut-être aux autres.
Je suis une privilégiée, je le sais. Je n’en ai pas vraiment honte (le devrais-je?), j’en suis néanmoins suffisamment consciente pour en être reconnaissante. J’ai changé de boulot juste à temps. Signé un CDI et fini ma période d’essai au moment limite.
Je suis dans une société nationale, qui commence à être impactée (laquelle ne l’est pas, même dans une moindre mesure?) mais qui, pour l’instant, s’en sort plus ou moins. Et puis je suis dans une agence régionale qui tire ses billes du jeu, d’abord grâce à beaucoup de bol, ensuite grâce à un passif qui paye pour un peu de temps encore.
Bien sûr, j’y ai déjà réfléchi. Si les choses se gâtaient, à quel point devrais-je m’inquiéter? Je suis à un poste qu’on peut quand même difficilement supprimer, parce qu’ils en ont besoin, et qu’on est peu. En gros, on est 2, ça pourrait se terminer en duel, mais il faudrait vraiment que ce soit extrême. Si Paris est touché, ce n’est pas notre région qui sautera en premier, grâce aux miraculeux tableaux excel. Si Paris est touché durement, si tout saute, je ne suis même pas sûre que nous sauterons également: par le miraculeux jeu de spéculations et rachats, nous passerions sous une autre enseigne.
Au pire, donc, pourrais-je m’inquiéter de me voir déplacée. Dans la limite de la région et de ce que j’ai signé dans mon contrat. Et peut-être sur des postes moins intéressants. Mais je doute d’en arriver à cela.
Alors oui, je suis privilégiée, nous le sommes tous à vrai dire dans l’agence, parce que nous avons également une direction qui cherche d’abord des solutions alternatives avant d’en arriver à de la coupe du personnel.
Bien sûr, tout cela n’est pas gratuit. Déjà, on se permet, au nom de cette crise, de nous presser comme des citrons. On nous fait bien comprendre “qu’en échange”, il faut qu’on soit souples. Qu’on soit polyvalents, qu’on ne rechigne pas à un surplus de travail. Sans contrepartie, si ce n’est la reconnaissance entière et éternelle de notre chère Direction. Rions sous cape.
Moi, je suis prête à beaucoup de choses, parce que c’est dans mon caractère, un peu mouton et très obéissant, d’encaisser d’obéir quand on me dit. J’ai toujours dit oui aux profs, je dis oui au chef. J’emmagasine, et quand ça fait trop, je pars. J’essaye un peu de discuter, mais j’ai très vite perdu mes illusions sur des possibilités d’évolution ou d’améliorations au sein d’une entreprise. On fait d’abord passer les chiffres, et ensuite on voit ce qu’il reste. Ce sont globalement les miettes.
Et pourtant je suis suffisamment innocente pour parfois me lancer dans de grandes discussions totalement vaines et stupides.
Comme celle que j’ai eue hier.
Dire que j’avais la sensation de parler chinois à mon boss, lequel devait me répondre en arabe, est un pâle reflet de la vérité. Je lui parlais humain, solidarité, compréhension, respect, écoute et compromis, il me répondait rentabilité, chiffres, obligations, budgets et pertes. Sous le prétexte de la crise. Réfugié derrière ses beaux tableaux. Sûr de lui, assis derrière son bureau, alors que je me cantonnais au chambranle de la porte, volontairement parce que je me disais que mettre un pied dans la pièce, c’était comme si j’acceptais d’entrer dans son univers, et là je n’en avais vraiment pas envie.
Pour lui, ça n’a été qu’une occasion de plus de faire passer le message phare du moment: on est chanceux, on a intérêt à s’en rendre compte, portez la bonne parole ma chère, je ne veux pas y laisser ma chemise et vous allez m’aider. Pas de visibilité d’avenir, soit vous acceptez ce qu’on vous demande, soit c’est tant pis pour vous.
Moi, ça m’a laissée sur les rotules. J’ai bataillé en sachant très bien que j’avais perdu d’avance. J’ai dû écouter une couche de plus de ce discours dont je sature, et je suis rentrée chez moi vidée d’une énergie que je peine déjà à trouver. A bout de souffle, et à bout d’espoir sur ce que humainement on peut encore faire passer comme message entre le “haut” et le “bas”, ces qualificatifs étant principalement définis par le salaire en bas de la fiche de paie.
Avec une seule idée en tête: on ne m’y reprendra plus Je me roule en boule, je suis dans mon coin, je défends mon morceau de fromage. Et j’attends que ça passe. Désespérant, mais je ne peux pas non plus y laisser toutes mes plumes.
Jusqu’à, sans doute, mon prochain sursaut d’idéalisme…
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