Interpellée par ce billet, qui résonne tout particulièrement en moi semble-t-il en ce début de semaine, et sur l’autorisation de Zelda, je me penche à mon tour sur le concept si délicat et personnel qu’est l’amitié, pour faire écho à ses pensées; et apporter ma toute petite pierre à un édifice complexe, tant je pense que ce thème a au moins une définition différente par personne qui en parle.
J’ai vécu la mort de bien des amitiés. Par ma faute, mais pas que. Parce qu’au cours d’une vie, nous évoluons, différemment, et une personne qui nous paraît indispensable à une période devient une parfaite étrangère quelques mois, ou années plus tard.
J’ai vécu chacune de ces pertes comme un traumatisme dont je me suis plus ou moins bien remise. Ou pas du tout. Il m’arrive régulièrement de repenser à cette amie d’enfance, cette presque soeur avec laquelle j’ai tout partagé jusqu’au bac. Cette personne qui semblait être mon autre moi, et sans laquelle je n’envisageais pas d’avancer. Et puis d’un coup, elle est devenue une étrangère. Elle est passée à autre chose, à d’autres. Chaque année, je sais encore sa date d’anniversaire par coeur, et je ne traverse pas cette journée sans un pincement au coeur.
Ce n’est pas pour autant que je la rappellerai. Elle est loin, et puis ça n’aurait aucun sens. Ca s’est fait ainsi, en queue de poisson, m’apprenant à quel point l’amitié est une chose fragile. Pas éphémère, mais qui se construit, et s’entretient. Pierre après pierre, attention après attention. C’est un aller retour. C’est de l’écoute, c’est de l’expression.
Mon éloignement géographique a fait le ménage évident: loin des yeux loin du coeur, à de rares expressions près, l’adage s’est constamment vérifié. Parce que oui, même à l’époque de l’instantané, du tout cuit et du tout près (prêt), même s’il suffit parfois de cliquer sur un bouton pour être connecté à un réseau, je crois fondamentalement que l’amitié ce n’est pas que ça. Et qu’il faut cliquer sur ce bouton, justement. Et que ça ne suffit pas toujours…
Alors, fière de mes petites expériences, j’avais envie de répondre à Zelda “l’amitié c’est du quotidien”. Et puis d’un coup, j’ai réfléchi deux secondes et demi, et ma main s’est arrêtée avant que je n’écrive le premier mot. Parce que finalement, actuellement, je suis la première à pouvoir dire que ben non, l’amitié ne peut pas se réduire à une simple définition.
Il y a cette amie du bout du monde. Celle de ma toute petite enfance, la seule que j’ai gardée. Avec laquelle je ne communique même pas par mail, pour aucune bonne raison (elle me lit, et elle a son jardin que je feuillette aussi quotidiennement). Mais n’empêche. On s’est revues cet hiver, on ne s’était plus vues depuis 2 ans, elle est devenue maman entre temps, plein de choses se sont passées dans nos vies, pas que des petites, et qu’importe? C’est mon Amie, l’une des rares fidèles absolues, que je sais pouvoir appeler n’importe quand, à n’importe quelle heure même si je ne le fais pas. Mais je le sais, ça suffit.
Il y a Zelda, et puis une ou deux autres. Qui sont loin, avec lesquelles je communique, plus ou moins fréquemment. Mais mon amitié avec elles (eux) se portent bien, merci, enfin je le crois, enfin de mon point de vue. Peut-être que j’ai tort? Peut-être que ce n’est pas vu de la même manière en face? Alors j’aimerais qu’on me le dise. Et peut-être qu’il faudrait que je le demande plus souvent, aussi.
Pourtant, je pense être de celles qui ont besoin de marques d’amitié. Qui ont besoin que la relation vive, de façon active, et non passive. Le rythme, la fréquence, s’adaptent selon les personnes, mais il faut que ce soit là. Sinon quel intérêt?
Oui, l’amitié se vit au présent. Mais elle se vit chacun à sa manière. Comme dans un couple, le plus dur à passer est lorsque d’un coup, les objectifs ne sont plus les mêmes, les priorités divergent, les rythmes se perdent, se “désynchronisent“. Comme dans un couple, j’ose croire que le plus important est la communication. Et la persévérance.
Et mon optimisme, et mon idéal me soufflent que rien n’est véritablement cassé quand le fond est toujours là, et que la surface subit juste quelques clapotis.
Je n’ai pas envie d’avoir tort, mais à vrai dire, je n’en sais pas grand chose…
12.5.2009 à 7:19
Pour cause de blessure fraîche, pas possible de commenter intelligemment sur ce billet. Mais quelle belle amie tu dois être…
12.5.2009 à 7:59
Oho, j’en suis désolée, Anne, si ça a réveillé de mauvaises choses chez toi

Je suis une amie exigeante…Du coup, je ne suis pas sûre que ce soit être une belle amie
Je t’embrasse et m’excuse encore…
12.5.2009 à 12:26
C’est marrant… mais en voyant le titre, je pensais que tu allais aborder le sujet du moment qui te chamboule à propos de l’amitié et tu n’en fais pas vraiment état…
)
Toujours est il, que dans tout le billet, il y a surtout une phrase qui me marque “Parce qu’au cours d’une vie, nous évoluons, différemment, et une personne qui nous paraît indispensable à une période devient une parfaite étrangère quelques mois, ou années plus tard.” Je suis complètement de ton avis… et c’est pour ça que je ne me suis jamais abonnée à des réseaux communautaires. Car les amitiés correspondent à une période de la vie. Elles se terminent de fait quand nos vies changent et que l’on ne vit plus les mêmes choses aux mêmes moments. L’arrivée d’un enfant… un mariage… alors que de l’autre côté on reste célibataire par exemple, ou en couple mais sans engagement… On en a déjà parlé, mais vraiment, il ne faut pas se voiler la face, on perd ses amis ou on met un terme à des amitiés car elles ne correspondent plus à notre vie. Ce n’est plus le miroir dans lequel on aimait se retrouver !
Seuls les vrais amis de “pour toute la vie” restent… et ceux là, vraiment ils se comptent sur les doigts de la main. J’en suis persuadée. Inutile donc de chercher à faire perdurer des relations qui n’ont plus lieu d’être !
(pfiouu que je suis dure dans mes propos, mais comme toi je suis exigeante là dessus
13.5.2009 à 6:44
Leeloolène: oui, je suis d’accord avec toi. C’est de la dureté ou de l’exigeance, la barrière est souvent infime d’ailleurs, il faut surtout veiller à l’autre, comme dans un couple, comme je le disais. Mais une relation amicale est aussi compliquée qu’une relation de couple


J’approuve tout à fait ton analyse sur les réseaux amicaux, même si je reste persuadée que cela peut permettre aussi de jolies choses: des amis d’enfance perdus de vue “malgré nous”, qui n’ont pas été retrouvés et qu’on peut recontacter par ce biais-là…Tout n’est pas manichéen, j’ai tendance à l’être moi aussi, mais je sais que c’est un piège
Bises et bonne journée