Férus de séries en tous genres, parce que le style nous convient (pas trop long, rythmé) et que les scénarios sont souvent originaux, mon homme et moi suivons celle-ci avec grand plaisir.
Elle est assez peu connue en France, preuve en est que nous attendons depuis maintenant plus d’un mois les sous-titres des 3 derniers épisodes de la première saison, et que sauf erreur de ma part, il n’y a pas encore de saison 2, même si nous l’appelons de tous nos voeux.
S’en est suivi un soir au restaurant, inspiré par l’histoire de départ, une discussion sur les potentiels regrets que nous pouvions avoir sur notre vie. Certes, ça fait un peu “vieux” de se retourner ainsi et de, déjà, tirer une forme de bilan sur notre parcours, mais n’empêche, la question était là:
-Si tu pouvais changer quelque chose à ta vie, que changerais-tu?
Curieusement, j’ai eu assez de facilité à répondre. Et curieusement, les réponses ne sont peut-être pas celles que mon entourage proche trouverait évidentes.
Déjà, je n’aime pas l’idée d’avoir des regrets. J’essaye de cultiver cette philosophie que l’on ne vit rien par hasard. Le fameux dicton du “ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort” me convient très bien. Une autre façon de dire que même dans la souffrance, on peut dégager de l’optimisme et du positif. Oui il faut du lâcher-prise, oui il faut prendre du recul. Je me sens autorisée à le dire haut et fort. La souffrance n’est pas un passage nécessaire ni indispensable, mais si elle est là, elle a sans doute sa raison d’être.
Et pourtant, ce qui m’a fait le plus souffrir dans ma vie, cette longue parenthèse douloureuse et puissante, n’est pas celle que je regrette. Si je le pouvais, est-ce que je la revivrais à l’identique? Non, sans doute non. Mais c’est tellement facile à dire a posteriori. Et puis elle m’a forgée à ma manière. Il n’y a pas eu de pics de bonheur à la hauteur des pics de souffrance, ça non. La balance a été rapidement et puissamment inégale. Pourtant non, je ne veux pas changer, ni nier ce passé. Il fait partie de moi maintenant, il m’a rendue comme je suis, et ça me va.
Mais j’ai quand même 2 regrets. L’un d’ordre professionnel, l’autre d’ordre amoureux. 2 regrets que oui, j’aimerais pouvoir changer. Remonter dans le passé, et avoir le courage que je n’ai pas eu à l’époque, parce qu’il s’agit bien souvent de ça.
Celui d’ordre amoureux est on ne peut plus banal et simple. Un jeu de cache cache avec un homme. Une histoire qui avait tous les éléments pour se jouer (jusqu’où et comment, le mystère reste le plus complet). Une alchimie qui fonctionnait déjà, et puis un concours de circonstances qui rendait les choses bien plus compliquées. Un chassé croisé permanent, la peur au ventre de mon côté (du sien, je l’ignore..). Et puis le temps a passé, et puis chacun nous avons continué sur nos routes respectives, qui s’éloignaient de plus en plus. Et puis, et puis….
Aujourd’hui, je suis en paix. Preuve en est que j’ai parlé de cela à celui que j’aime. Je sais que cette histoire, inachevée, est passée, dans mon passé. Mais oui, par curiosité bien plus que par une frustration qui a aujourd’hui disparu, je pourrais revenir en arrière, et voir ce que cela donnerait, si j’osais, si je forçais un peu….
La voie professionnelle, c’est autre chose. J’avais 20 ans, j’étais sur des rails. Pas une année de retard, un bac avec une quasi mention, une bonne élève, studieuse, rangée, heureuse en apparence. Et puis d’un coup, une idée qui a fait son chemin. Des gens croisés, tout qui menait dans la même direction. Et si je me reconvertissais? Et si je plaquais tout, et si je recommençais à zéro? Oui ça me plaît, oui ça me parle. Mais ça fait peur, parce qu’il y a des défis que je ne suis pas sûre de pouvoir surmonter, parce que l’échec potentiel que je n’ai jamais affronté. Et puis que va penser la famille, si fière de moi? Et puis est-ce bien raisonnable, alors que j’ai enfin trouvé ma place?
Je ne l’ai pas fait, me persuadant que c’était une folie passagère. Aujourd’hui, je sais que tout était réuni pour me montrer, me tracer la route. Oui, il aurait fallu oser, l’élan de départ, mais ensuite….
J’ai passé des années, des heures à trouver une solution pour une reconversion tardive. Impossible, à moins d’être rentière, millonaire, à moins de ne pas avoir besoin de subvenir à mes besoins.
Je ne me suis pas tout à faire remise de ce regret. Je ne peux m’empêcher, régulièrement, de me demander à quoi ressemblerait ma vie si j’avais osé au bon moment. Celui-là, je n’en suis pas vraiment guérie, je dois l’avouer.
Mon homme, lui, n’a pas de regret. Je ne pense pas que ce soit de la prétention de sa part. Il a cette philosophie de la vie qui fait qu’il est heureux de ce qu’il a, et surtout de ce qu’il a vécu. Il sait vivre, encore plus intensément que moi, le moindre côté heureux et beau d’une situation. Il s’est laissé porter, et a aimé les lieux où il a atterri. Je ne l’aime et ne l’en admire que plus d’être si serein et si souriant à tout.
Ce que je sais, aussi, et que je lui ai dit pour clore la discussion, c’est que peu m’importaient ces 2 regrets. Ils étaient là, mais sans réelle importance. Parce qu’à l’heure actuelle, si j’avais choisi un autre chemin, personnel ou professionnel, il n’aurait peut-être pas croisé la route de celui avec qui je vis aujourd’hui. Et ça, pour rien au monde je ne voudrais y renoncer, peu importe le passé….