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Archive pour 16.6.2009

Polémique - la suite

Au vu de la discussion que ce billet a provoquée, et surtout au vu de la réponse que j’ai eue par mail, je souhaite revenir sur le sujet, en m’excusant pour ceux que ça n’intéresse pas (comment perdre des lecteurs gagnés grâce à des mots osés dans les précédents commentaires!).
Mon propos n’est pas de redévelopper mes idées, qui me semblaient déjà assez claires, mais de continuer une discussion entamée dans les commentaires du 10 Juin, et qui me ravit, parce que sincèrement j’adore l’idée que mes quelques notes puissent lancer des débats constructifs et instructifs. Et puis surtout, j’estime qu’il y a un droit de réponse donné à l’organisme que j’ai mis en cause, et puisque celui-ci a pris le temps de me répondre, je trouve important d’en parler, parce que même si ça ne me convainc pas, j’apprécie qu’on prenne le temps d’écrire et de justifier.

Je vous livre ci-dessous la quasi totalité du mail, exception faite des formules de politesse. Et ma fois, j’y ajouterai en-dessous mes remarques, histoire quand même de répondre selon mes arguments.

J’ai bien reçu votre mail concernant les critères d’éligibilité au don de sang.
Je souhaitais vous apporter quelques précisions, qui je l’espère, pourront vous convaincre que cette décision n’est pas politique mais bien sécuritaire.
En effet, les homosexuels ne sont pas visés en tant que population.
C’est le comportement à risque que représente une relation sexuelle entre homme qui est identifié.
Ainsi, un bisexuel est à risque et une personne homosexuelle qui n’a pas encore eu de relation n’est pas à risque.
Les relations entre femmes ne sont pas identifiées comme présentant un sur risque. Les homosexuelles femmes peuvent donc donner leur sang, leur plasma ou leurs plaquettes.
Cette contre indication n’aborde donc que le comportement à risque et non pas l’homosexualité.
D’un point de vue épidémiologique, L’INVS estime qu’en fonction de ses connaissances actuelles, le retour au don des homosexuels masculins conduirait à un doublement du risque de contamination VIH par transfusion.
Cependant, la contre-indication est affichée comme permanente et non comme définitive. Le mot permanent s’entend dans l’état actuel des connaissances médicales, ce texte pourrait donc être retiré, mais uniquement avec l’appui de données médicales et épidémiologiques en la matière.
Sachez que j’ai bien noté votre souhait de ne plus donner. A regrets, nous ne vous convierons plus à venir donner du sang ou des plaquettes
.”

Je maintiens mon idée: je pense que cette “population à risque” est définie comme telle sur la base d’études désormais caduques, ou, comme le dit le mail de façon plus politiquement correcte “en fonction des connaissances actuelles“. Ok, je n’ai pas de proportions officielles, et je n’ai pas d’arguments chiffrés, qui sont les seuls valables dans le secteur médical, je l’accepte volontiers. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée que le virus du VIH a été identifié “historiquement” sur la population homosexuelle, qui a très longtemps été considérée comme la plus “à risque”, et qu’on ne revient pas sur des chiffres qui ont dû changer, mais qu’il serait peut-être trop cher de remettre à jour (nouveaux sondages, nouveaux calculs, et tout republier).
D’autre part, j’admets volontiers qu’un “homosexuel qui n’a pas encore eu de relation n’est pas à risque“, mais quand on sait qu’un autre critère de refus du don est qu’il faut avoir eu un partenaire fixe depuis plus de 6 mois, et au vu de l’âge auquel les adolescents commencent à avoir des relations sexuelles, je doute qu’on se trouve régulièrement dans ce cas de figure….
Alors soit, les homosexuels ne sont pas visés en tant que population, mais alors il faut admettre que le tableau des critères de refus est vraiment mal formulé, puisqu’il est mentionné noir sur blanc “homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme“. Est-ce vraiment uniquement une “contre indication qui aborde le comportement à risque et non pas l’homosexualité“?? Il ne manquerait pas une formule du genre “rapports sexuels non protégés”, ou quelque chose du genre?

Je redis ici ce que j’ai déjà répondu en commentaire dans mon précédent billet: j’admets qu’on veuille s’attacher aux “comportements à risques” et non pas à une forme de population. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée que certains comportements à risques (et non, je ne reprendrai pas le terme exact ici, je me suis déjà fait suffisamment de pub, je vous renvoie donc aux commentaires précédents) sont d’ordre hétérosexuels aussi bien qu’homosexuels. Au nom de quoi, donc, donne-t-on notre “bénédiction” (n’ayons pas peur de l’ironie) à ce comportement entre un homme et une femme, qui peut être non protégé, pour le rejeter entre 2 hommes, qui pourraient prendre toutes les précautions possibles?

Enfin je repose une question qui me tracasse réellement: sachant que tous les dons (plasma, plaquettes, sang) sont testés avant d’être “autorisés”, et qu’il y a donc une période dite de “risque” d’une quinzaine de jours, pourquoi serait-il plus compliqué ou difficile de tester un sang d’une frange de la population plutôt que d’une autre? Ou alors, pire extrapolation, est-ce que cela signifierait que dans certains cas (réponses “parfaites” au questionnaire préalable et profil politiquement correct), on pourrait prendre le risque de transfuser du sang, sans attendre les résultats du test, parce qu’on en a trop besoin?

La solution à tout cela est offerte dans la réponse que j’ai reçue: “ce texte pourrait donc être retiré, mais uniquement avec l’appui de données médicales et épidémiologiques en la matière“. Qu’attend-on??? Qu’attend-on pour remettre à jour ces données, au bénéfice de tout le monde? Au bénéfice des établissements qui pourraient ouvrir leurs critères d’octroi et recevoir plus de donneurs, qui font cruellement défaut, au bénéfice d’une frange de la population qui enfin se trouverait réhabilitée sur un sujet si sensible, et ne l’oublions surtout pas, au bénéfice de tous les malades qui n’ont pas besoin qu’une querelle politique (je maintiens) et dépassée vienne contrarier des dons attendus et si nécessaires.

Je pense que je répondrai à ce mail, non pas pour prolonger un débat, mais ne serait-ce que pour signaler que je suis reconnaissante qu’on m’ait répondu, et que j’ai bien pris en compte les arguments. Qu’ils ne m’ont pas convaincues, et que j’attendrai donc la remise à jour de ces fameuses données médicales et épidémiologiques. Ou alors quand, peut-être, mon esprit enflammé se calmera, et que je trouverai légitime d’y retourner sans avoir l’impression de cautionner un comportement qui ne me convient pas. Mais pas encore….

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