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Archive pour 18.6.2009

Revival

Depuis que je vis en France, je vis un revival annuel qu’il ne me semblait jamais avoir vécu dans mon pays d’origine. J’ai peut-être une amnésie ponctuelle bien arrangeante, mais n’empêche.

Donc en gros, tous les mois de Juin, pendant une bonne semaine, j’ai le droit de revivre mon propre bac en direct live grâce aux médias qui ne se privent pas d’y consacrer des heures d’antenne et des kilomètres  colonnes. A tel point que ça devient le sport du mois, savoir comment ils peuvent garder un minimum de lecteurs / téléspectateurs / auditeurs avec des sujets qui sont si récurrents, si prévisibles, si évidents. Parce qu’il faut quand même bien l’admettre, je doute que même en s’exilant sur la planète Mars on puisse échapper à ce grand débarquement grandiloquent.

Je serais un adolescent de 18 ans en pleines révisions, je ne sais pas trop, à vrai dire, comment je vivrais ces moments où chaque chaîne ou chaque journal semble relever le défi de faire monter le stress et la pression qui sont déjà bien présents sur les épaules de tout futur bachelier.
Dans mon souvenir à moi, dans mon pays à moi, on ne faisait pas une telle messe d’un moment certes important dans la vie scolaire. Je n’ai pas souvenir, par exemple, que les médias aient annoncé la date du début des épreuves. Encore moins qu’ils n’en révèlent les sujets. Bon, là, rendons à César, c’était plus compliqué, chaque canton faisait sa sauce, et un Bernois n’avait pas du tout le même programme de bac qu’un Vaudois ou encore qu’un Tessinois. Le charme d’un tout petit pays si diversifié.

Ce matin, je n’ai donc pas échappé aux interviews pré-épreuve de “l’étudiant exemple stressé et pressé que ça se termine” (bon dieu, n’a-t-il pas autre chose à faire et à penser que de répondre à ces questions? et les journalistes ne peuvent-ils pas lui laisser la paix? et puis franchement, est-ce un Réel Sujet Journalistique que de parler du stress pré-examen??). Ce soir, je n’ai pas non plus échappé à la liste des sujets de philo que j’ai oubliés à peine après les avoir entendus. En me disant, comme chaque année depuis 10 ans, que je bénissais mon pays d’avoir l’idée de faire passer un bac littéraire sans philo. Sinon, je crois que je redoublerais depuis 99.

Mais je me suis inévitablement replongée dans les quelques souvenirs qu’il me reste de cette période. Le stress (oui oui, ben oui, quel scoop) des révisions, qu’on était certains de ne jamais boucler. Les longues après-midi, journées, de révision, sur mon balcon, à mon bureau, avec musique, en boucle. Les immenses listes de choses à relire, répéter, qui ne rétrécissaient pas assez vite à mon goût. Les petits moments volés aux révisions, avec culpabilité: une partie de tennis, une ou deux heures à la piscine, une balade à vélo. Mes parents qui me sortaient la tête des bouquins, me chouchoutaient, me laissaient y replonger.
Des épreuves, je n’en garde guère d’images. La panique du sujet de maths, que je sentais que j’allais planté. Je ne l’ai pas planté,j’ai été complètement larguée.
La version latine toujours aussi obscure. Le texte allemand lu et relu une bonne dizaine de fois. Les barres de chocolat que j’amenais et mangeais sans culpabilité. Le reflet du soleil sur le lac, par la fenêtre, à portée de regard pendant que je détournais les yeux de ma feuille, rêvant de “l’après”, ces moments où enfin je pourrais faire tout ce que je veux, sans penser à rien d’autre.
L’oral de latin, sauvé de justesse par mes connaissances de mythologie. Le regard bienveillant de ma prof de français face à mon analyse de je ne sais plus quel bouquin (Proust? Balzac?). Oui, on passait notre bac avec nos propres profs, et j’admets, ça faisait une sacrée différence.
Et puis le jour des résultats; ces longues heures d’attente à la piscine, le ventre qui se nouait au fur et à mesure que l’heure approchait. Et si j’avais raté? Et si on avait raté? A se mettre la pression entre nous, à échafauder les pires plans, les pires scénarios.
Arriver dans la cour du lycée, voir la foule, la marée humaine massée devant les résultats, se dire qu’on n’arrivera jamais à mouvoir ses jambes jusque là-bas et chercher son nom, voir cette camarade fendre la foule et hurler “pas d’échec dans notre classe, pas d’échec dans notre classe”, embrasser même les copines qu’on n’aime pas, se congratuler, féliciter celle qui a été repêchée de justesse, embrasser sa prof principale, exulter.
Courir à la maison, pas loin, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de portables pour appeler ses parents et hurler “je l’ai euuuuuuuuuuuu”!!!!!

Oui, la seule bonne chose, quand j’entends ce rabâchage incessant et inintéressant, c’est que chaque année, je me souviens de ces moments, qui sont devenus de bons souvenirs; j’ai eu la chance de passer un bac qui valait quelque chose, et dans les meilleures conditions possibles. J’ai eu la chance de ne pas avoir la télé pour me dire comment réviser, ou la radio pour m’apprendre de potentiels sujets auxquels j’aurais pu ne jamais penser et me mettre à paniquer parce que je ne les avais pas révisés.

Je pense à ces bacheliers de 2009, qui en 2019 entendront peut-être les sujets du bac du moment, et se souviendront d’avoir été interviewés avant l’entrée en salle pour l’examen de philo. Et j’irai peut-être lire leurs blogs dans 10 ans!

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