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Archive pour 7.7.2009

L’histoire du grain de sable

Vous la connaissez, l’image de la machine bien huilée et du grain de sable qui vient faire tout exploser?
Ben hier, c’était ça.

Le timing était supposé parfait:
-15h30, mon homme sort du boulot. Il a anticipé, commencé plus tôt, il sort plus tôt, c’est logique, la pointeuse n’y voit que du feu.
-Récupération de Miss Blondinette au centre aéré.
-Ladite Miss Blondinette, non contente de tousser, d’être sous antibio et de mal dormir, a décidé qu’embrasser goulûment le béton était une chose qu’elle n’avait pas encore testée. Dont acte.
-Récupération par son père, donc, d’une Miss Blondinette avec le bout du nez à vif, le haut de la lèvre dans le même état, et l’impression, à la regarder, qu’elle ne s’est pas bien essuyé la sauce tomate qu’elle n’a pas mangée à midi!
-16h: rendez-vous d’ostéo. Petit massage, soulagement partiel, suspicion quand même qu’elle s’est froissée un muscle de la cage thoracique.
-16h15: sortie du cabinet pour récupérer des sous pour payer les toubibs, et achat d’un goûter que j’ai oublié, en belle-mère indigne que je suis, de glisser dans le sac de Mistinguette.
-16h30: rendez-vous médecin. Qui ré-ré-ré-ré-ré ausculte Miss Blondinette. Change de tactique, prescrit une nouvelle ordonnance remplie de sirops, inhalateurs et autre fluidifiants. Et une nouvelle radio des poumons. Soit, ok, si ça peut la faire dormir la nuit (et nous aussi), lui permettre de s’endormir surtout, on est prêts à tout, même plus.

Jusqu’ici, ça va. On aurait pu penser que les toubibs allaient prendre du retard, ben non, tout se déroule parfaitement bien. Je suis encore au boulot, Miss Blondinette et son père filent sur la partie suivante.

-Amener ma pépette Augustine au garage pour sa Grande-Réparation-qui-va-me-coûter-la-peau-du-porte-monnaie. C’était plus simple que ce soit mon cher et tendre, d’abord parce qu’il maîtrise bien mieux la voiture réticente que moi, qui angoisse de tomber en rade à chaque ralentissement; et surtout parce que même avec les rendez-vous médicaux, si tout se passe bien, il arrive bien plus tôt que moi au garage, qui ferme à 18h30, sachant que je termine, moi, à 17h30 et dois traverser toute la ville avec les embouteillages (sisi, vous n’avez jamais remarqué que quand on a besoin de quelqu’un, il est en vacances à cette période, mais pour ce qui est de libérer les routes, alors là, y’a toujours du monde?)

Et alors là, accrochez-vous au pinceau, ça commence à s’emballer…

-Arrivée “on time” au garage. Au moment où il s’agit de récupérer le véhicule de courtoisie, à 17h20, problème: le véhicule n’est pas rentré, prise de retard dans les commandes de pièces, livraisons, réparations et autres choses en “ions”, ce qui donne au bout de la chaîne: pas de véhicule de rechange pour pépette.
-Appel de mon homme: “pas de véhicule, on ne peut pas rentrer, il faut que tu viennes nous chercher, on t’attend”.
-Départ affolé du boulot, en laissant tout en carafe. Traversée de 45 minutes de la ville, en me prenant tous les embouteillages, tous les boulets, tous les feux rouges, tous les ralentissements! J’ai hurlé, pesté, maudit tous les garagistes, suis arrivée remontée comme une bille, on ne laisse pas une gamine tout juste moins malade pendant 1 heure dehors, à attendre, alors qu’il faut encore qu’ils passent à la pharmacie, qu’elle est fatiguée, lui aussi, moi aussi, merde, et remerde!
-Je déboule là-bas, donne les clés de sa voiture à mon homme, passse au comptoir, prête à en découdre avec les mains s’il le faut pour obtenir un véhicule, l’organisation de la semaine est juste impossible à envisager si on n’a qu’une seule voiture, j’ai eu 45 minutes pour retourner toutes les situations dans ma tête, je peux vous assurer que j’ai tout envisagé, dans tous les sens, c’était impossible!
-Je commence à parlementer avec le patron sympa, j’arrive à me calmer (ouf, il valait mieux), lui expliquer avec ma voix de fille désespérée que là oui, c’est la grosse galère “je sais monsieur, pour vous aussi, et je vous connais je sais que vous ne laissez pas les clients en plan comme ça, mais je vous en prie trouvez-moi une solution”.
-Ré-entrée de mon homme au garage: “tu n’as pas entendu un bruit quand tu as amené la voiture? J’ai redémarré pour le déplacer, c’est pas normal”!
-On ressort, avec le patron, qui doit se dire qu’il y a un bon coup à faire (il a raison!). Il pleut, évidemment, et Miss Blondinette, qui sort donc d’un bon 40 de fièvre il y a moins de 2 semaines, trouve génial de tournicoter sous la flotte.
-Redémarrage du véhicule. Clac clac, le patron hurle “stoppez tout”! Se tourne vers mon homme “là, vous ne repartez plus. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est pas bon du tout! La bonne nouvelle, c’est que j’ai une solution”.
-Rentre, puis ressort avec une pièce. 180€ HT. On a un haut le coeur, on se met à l’abri. Dumper HS (bobine qui entraîne la courroie de transmission, sisi maintenant au moins je me la pète avec ce nom savant), en mettant tout bout à bout, il y en a pour 300€ TTC “et vous avez de la chance, elle sera prête demain Monsieur”.
-Bonne nouvelle: le véhicule de courtoisie peut revenir ce soir
-Mauvaise nouvelle: on reprend ma voiture, et on laisse la voiture de Monsieur. Et on échangera demain
-Va pour l’organisation à l’arrache, on repart sur les chapeaux de roues (si j’ose dire) parce qu’il faut encore attraper la pharmacie avant qu’elle ne ferme, pas question de tenter une nouvelle nuit sans changer de traitement. Monsieur dans ma voiture qui donc roule encore comme ça 24 heures, moi dans la Clio poussive qui nous sert de véhicule de transition. Gloups.

-Arrivée dans la pharmacie bondée, qui est fort heureusement en-dessous de chez nous. J’empoigne Miss Blondinette, laisse son père avec l’ordonnance faire la queue (30 minutes au bas mot), la remonte à l’appartement, la mets sous la douche.
-3, 2, 1, à peine l’avais-je mis l’eau, et lancé le lavage “pieds à la tête” que les hurlements en version sirène commencent: complètement oublié ses bobos sur le nez et la lèvre, ça la brûle avec l’eau.
-10 minutes pour tenter de la doucher, lui laver les cheveux (il fallait, bien entendu) le mieux possible sans trop mouiller le visage. Essayer de la calmer, détourner son attention, souffler, respirer, souffler, respirer, souffler, respirer…..

A ce stade, j’ai craqué. Son père est remonté, j’ai tout posé. J’ai dû, moi aussi, aller m’enfermer, et j’ai évacué un bon coup. Et puis je suis revenue, la tête à l’envers, l’impression qu’un rouleau compresseur m’était passé sur le corps.
La soirée a été plus sereine. On a essayé de positiver: tomber en panne devant un garage, ça ne pouvait pas mieux tomber. C’est la voiture dont on aura besoin pour les vacances, il valait mieux que ça arrive maintenant plutôt qu’au milieu des Alpes la semaine prochaine. Oui, on va laisser au bas mot 600€ au garage (je ne connais du coup pas encore le montant de la réparation pour la mienne, mais je ne me fais pas trop d’illusion non plus), mais le type est correct, il a été réactif et sympa, et compréhensif. Et talentueux, parce que la panne était dans l’air depuis un moment, après plusieurs diagnostics dans plusieurs garages, mon homme n’a jamais réussi à savoir ce qui s’annonçait. Là, ok, le stade était plus que critique, mais en 2 minutes, le diagnostic était posé.

Mon cher et tendre a été un amour. Comme toujours. Il a fait ce qu’il fallait, comme il le fallait, pour transformer cette soirée de galère en moment de réconfort et de douceur. Il a tout pris sur lui, alors que lui aussi était énervé, inquiet, stressé (sa fille malade, sa voiture en vrac, une journée de boulot comme la mienne, des horaires qu’il a du mal à encaisser, les préparatifs et mon stress à moi); j’ai culpabilisé de le mettre ainsi au pied du mur, mais j’ai une nouvelle fois la preuve que je peux m’appuyer sur lui, et compter sur lui en toutes occasions. Et je ne lui en serai jamais assez reconnaissante.
Et ça, ça efface toutes les galères passées, présentes et à venir….

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