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Archive pour 9.7.2009

Faire vivre la tradition…

De mes nombreux voyages depuis ma plus tendre enfance, j’ai le souvenir de ma mère les mains pleines de guides, cartes et autres petits bouquins susceptibles de nous apprendre plein de choses intéressantes sur tous les coins que l’on traversait.
Elle transbahutait ça dans son immense sac qui pesait une tonne et demi, et ne ratait pas un site. Bien avant le départ, elle avait déjà corné les pages des lieux à voir et se régalait à nous faire la lecture des descriptifs et anecdotes de chaque arbre, coin d’église ou bout de route aperçus.

Aujourd’hui encore, je me demande si réellement elle a profité comme il le fallait de toutes les beautés que nous avons traversées. Mais sa mémoire d’éléphant n’en a sans aucun doute pas oublié une seule, et c’était sa manière à elle de les appréhender, de les apprécier.
Aujourd’hui encore, je m’étonne de sa capacité à garder en voiture, sur les genoux et dans un équilibre totalement improbable, la carte pliée dans tous les sens (ah, le nombre de cartes remplies de trous sur tous les plis, pliées, dépliées, repliées dans tous les sens au fur et à mesure de nos avancées, et rachetées parce que devenues illisibles, ce qui fait que nous avons parfois plusieurs versions de la même carte), le ou les guides, et à tout lire sans tomber malade. Moi, je regardais une image et j’étais déjà blême et bonne à rien.
Aujourd’hui encore, je me remémore ces trajets de voiture animés. On avait grâce à elle un cours sur les repérages sur cartes, le cours d’histoire de la région qui nous entourait, le tout entrecoupé de chansons, charades, devinettes, et autres histoires racontées.

Il y a 2 ans, je suis partie 2 semaines en Grèce juste avec elle, en tête à tête. 2 000 kilomètres pour assouvir notre soif de (re)découverte de ce pays, et ça n’a pas loupé: j’ai été le pilote, elle me faisait la lecture. Et déchiffrait les panneaux dans l’alphabet qu’avec la meilleure volonté du monde, je peinais à assimiler.
Ma mère a toujours réussi à faire mentir ce vieil adage disant que les femmes ne savent pas lire une carte. Certes, son sens de l’orientation est aléatoire. Mais mettez-lui un plan dans les mains, et comme le réflexe de Pavlov, elle lit, lève le nez, attrape ses points de repères, et se remet en route.
C’est au point qu’une année pour Noël, mon frère et moi avons réfléchi à offrir à nos parents un GPS, joujou devenu si utile et incontournable pour notre société moderne. Et que nous y avons très vite renoncé, ayant l’impression par ce présent empoisonné, de priver notre mère de 50% du plaisir de ses voyages, et de la mettre au chômage technique! Elle l’insatiable, elle la survitaminée, l’obliger à rester immobile et à regarder par la fenêtre aurait été sans aucun doute la pire des punitions!

D’elle, j’ai donc hérité de ce plaisir à lire des cartes. Ce n’est pas une passion, comme ça l’a été pour elle. Je n’en suis pas à toutes les collectionner au point d’en remplir des cartons qui rendait mon père fou de ne plus savoir où les ranger.
Mais quand il s’agit d’une destination méconnue, malgré les beautés d’internet, sa rapidité et sa faculté à donner toutes les informations en temps et en heure, je ne peux me résoudre à renoncer au guide non plus.
Mon homme en voit difficilement l’intérêt, ne comprend pas pourquoi je ne cherche tout simplement pas ce qu’il faut sur go.ogle. Comment alors lui expliquer le plaisir de choisir et acheter le livre qui semble le plus adéquat? De découvrir, anticiper, feuilleter au gré des pages, et de se dire “ça a l’air sympa, oh la belle photo”, de se projeter sur les lieux à l’odeur de chaque plan ou description? Comment lui démontrer que c’est quand même bien plus pratique de glisser un petit bouquin dans une poche de sac, plutôt que des feuilles A4 imprimées au petit bonheur la chance, volantes et fragiles, qui ne portent aucune histoire, aucun charme?

Comment lui dire que tout simplement, j’ai vécu cela toute mon enfance, et que c’est peut-être un moyen de prolonger la tradition que de répéter les mêmes façons de faire, parce que c’est ainsi que j’ai eu la chance de découvrir tout ce qui m’entourait, grâce à la soif d’apprendre de ma mère, jamais rassasiée?
Nous partons dans 3 jours. Et comme de juste, j’ai 2 ravissants guides qui m’attendent pour notre première destination. Et je compte les utiliser, les exploiter comme il se doit. Et prouver sur le terrain que j’ai eu raison, et que la technologie moderne, aussi attirante soit-elle, ne portera jamais le charme des souvenirs d’enfance et des habitudes transmises…

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