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25.8.2009 par Flo.
Ce soir-là, en enfouissant mon visage dans le creux du cou de mon homme, et en humant le parfum de son savon, je me suis endormie sur des images qui ont d’un coup ressurgi du passé.
C’étaient mes vacances d’été, petite fille à la découverte d’un pays, d’un univers entier.
J’ai soudain revu sous mes paupières closes cette immense plage de sable blanc, accessible après avoir escaladé quelques marches, et qui se révélait à moi d’un coup, plantée de quelques parasols, et les rouleaux des vagues qui venaient s’écraser sur la rive dans un bruit rythmé.
Le sable brûlant sous mes pieds à midi, au point qu’il fallait rechausser les sandales pour traverser les quelques mètres qui nous séparaient des pierres.
La chaleur écrasante du milieu de journée, à naviguer au milieu des allées enflammées de soleil, les lauriers qui se déploient multicolores, le manque d’ombre, les crissements des insectes, le scarabée qui avance devant mes pieds, laissant de petites traces dans le sable. J’en ai attrapé des centaines, prisonniers dans mon seau, que j’observais ensuite, faisant leur chemin en escaladant les petits monticules.
Et puis oui, ce parfum délicieux qui se retrouvait le soir, à la tombée de la nuit, au retour de la fraîcheur. Le café maure, dans un coin, rempli de tapis orientaux, de coussins brodés. Le thé à la menthe servi avec des pignons, le petit verre qu’il fallait attraper délicatement entre le pouce et l’index, au cul et au col afin de ne pas se brûler. Les colliers de jasmin qu’on nous passait au cou, les couronnes qu’on en faisait et qui laissaient derrière nous un sillage entêtant. Je restais souvent assise à l’écart de ce lieu hors du temps, la chaleur de la journée encore perceptible malgré l’obscurité installée, et je regardais ces adultes en djellaba converser pendant que la chicha passait de main en main. J’étais dans mon univers, je glissais mon regard sur le dromadaire qui tournait autour de la noria, il me faisait de la peine, mais contrairement aux ânes, je ne me risquais pas à aller le caresser, je m’en méfiais.
J’avais cette insouciance des petits enfants, sécurisés par un lieu connu, je menais ma vie, solitaire ou accompagnée, et toujours avec en point d’orgue cette fleur blanche qui, éternellement, me rappellera ces instants magiques.
Nous allions parfois nous balader: Carthage, les ruines étouffantes en plein milieu de la journée. Les ruelles des souks, où résonnaient les pointes de fer sur le cuivre qui se faisait délicatement ciseler d’arabesques incompréhensibles. L’odeur du cuir tanné, des épices si variées, et les tissus qui flottaient dans l’air, chatoyants. Mon père s’arrêtait aux échoppes, marchandait; le regard du vendeur se posait sur moi, et c’était toujours la même litanie “elle est belle ta gazelle, combien de chameaux?” et lui qui se prenait au jeu, qui faisait monter le prix, je le ressentais comme une trahison.
Et puis à l’heure du goûter, le bomboloni, beignet frit dans l’huile, retourné dans le sucre en poudre, que nous mangions dans un bout de papier, qui devait faire 3 fois notre taille. L’escalade des petites rues en pente sous un soleil de plomb et sans ombre, la vue sur la mer, bordée de palmiers, et d’autant d’oasis qu’il n’y avait de jardins. Le jasmin, encore et toujours, à tous les coins de maisons.
Cette fleur restera sans doute la plus sûre des madeleines de Proust que je puisse trouver. Elle m’inspirera éternellement, et je me suis délectée, ce soir-là, de voir ressurgir devant mes yeux des sensations et des images aussi claires et limpides, de ce que j’ai pu vivre il y plus de 25 ans.
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