D’aussi loin que je me souvienne, mon bureau a toujours été jonché de papiers divers et variés. J’arrivais à garder un semblant d’ordre dans ma chambre (excepté les habits, cheval de bataille récurrent de ma mère), mais le bureau, c’était mon domaine, et dans mon domaine s’épanouissait le bazar.
Lorsque je faisais mes devoirs, j’arrivais toujours à trouver un petit coin disponible, que je m’empressais de recouvrir encore de feuilles, cahiers, stylos et autres accessoires nécessaires; je passais autant de temps à chercher mon compas qu’à réaliser mon exercice de maths, mais la fée des objets perdus veillait sur moi, et même si je fouillais, je finissais systématiquement par remettre la main dessus.
Une fois par mois à peu près, je prenais l’excellente résolution de tout ranger: je triais, passais une paire d’heures à remettre chaque chose à sa place, et ça durait en tout et pour tout 24h, malgré les promesses répétées que je me faisais de garder mon petit coin nickel.
Il n’était pas plus envisageable pour moi de squatter, comme certains de mes camarades, la table du salon ou de la cuisine: mes parents étaient intransigeants à ce sujet, ils avaient tout mis en place pour que nous ayons un grand bureau adéquat pour notre travail, à nous de nous débrouiller pour l’utiliser en conséquence. Quant au sol de ma chambre, j’ai testé une fois, me suis relevée avec un tel mal de dos que j’ai capitulé tout aussi vite.
Pire, cette mauvaise habitude ne m’est pas passée. Je n’ai pas de bureau personnel chez moi, j’évite donc un maximum de papiers qui traînent, et mon homme remplit à lui tout seul le quota autorisé dans un 65m2.
Mais je me rattrape allègrement au bureau, me permettant ainsi d’incarner une forme de paradoxe absolu: nous sommes 2 à gérer l’administration d’une agence d’une vingtaine de personnes. Ce qui implique un nombre certain de documents officiels en tous genres, factures, contrats et autres dossiers passablement importants et nécessitant de la rigueur. Mon collègue ne déroge pour cela pas à la tradition de sa fonction: petits tas impeccables, bien rangés, il est si maniaque qu’il n’ aura jamais plus de 3 feuilles posées en même temps devant ses yeux. Si le nombre augmente, c’est que des collègues peu scrupuleux lui seront tous tombés dessus en même temps, lui déposant chacun leurs propres documents sans penser à sa gestion des priorités. Il ne se laissera pas démonter pour autant, rangera précautionneusement chaque nouveauté dans la chemise adéquate, et reprendra son petit bonhomme de chemin à son rythme.
A moins de 2 mètres de lui, je suis un cataclysme à faire désespérer toute personne bien intentionnée. Je ne peux commencer à bosser que lorsque j’ai vidé ma chemise “dossiers en attente”, si épaisse que je dois la re-consulter chaque matin pour me souvenir de ce que j’ai à traiter. J’ouvre 3 classeurs, 2 dossiers, je perds 5 fois mon stylo, peste parce que j’ai mal rangé mon stabilo, il faut que ma tasse de thé à moitié terminée traîne au milieu de mon bordel organisé et que je manque de renverser mon verre d’eau à chaque coup de poignet, que je dégage tous les papiers qui ont investis mon ordinateur comme mûs par une vie propre pour que je puisse commencer à vaguement peut-être envisager d’être opérationnelle…
Chaque jour, en milieu de matinée ou d’après-midi, je contemple le champ de bataille d’un air désespéré. Je range ici et là un peu, ressors tout et recommence. Je serais sans aucun doute bien plus efficace si j’étais plus structurée, mais si ça remonte aussi loin, c’est que je suis fort probablement un cas désespéré, et à vrai dire, je fais assez peu d’efforts dans le sens de l’améliration, je l’avoue.
Alors quand je lis à droite ou à gauche que le propre d’une bonne assistante c’est d’être soignée, rigoureuse et rangée… Si je suis pessimiste, je me dis qu’il n’y a qu’à regarder mon bureau pour constater à quel point je ne suis pas faite pour ce poste; et dans mes périodes d’optimisme, je me dis qu’il faut bien une exception à toute règle, et que je l’incarne de facto!
1.9.2009 à 8:19
Tu sais, le jour où j’ai lu qu’un bureau ultra rangé dénotait un esprit un peu en manque d’imagination (étriqué pour tout dire et donc moins performant), je me suis tout de suite sentie rassurée
1.9.2009 à 9:28
Il paraît qu’un bureau rangé est signe d’un cerveau vide !!!
1.9.2009 à 9:57
Je cultive un “petit” bazar chaleureux et réconfortant sur mon bureau………
Et au boulot j’ai ma “petite main” une collégue, et amie, avec qui je fonctionne depuis 10 ans et qui passe derrière moi telle une bonne fée, malgré mes “Naaaaaaaaannnnnn, j’te jure j’allais ranger !!!”.
1.9.2009 à 9:59
Ton collègue et toi êtes complémentaires… Vous constituez donc un excellent binôme.
1.9.2009 à 10:32
Eh ben, ça a l’air de parler à tout le monde, ce genre de petit billet, je me sens de suite moins seule, merci!!
Valérie: j’accepte ton argumentaire, de suite ça me déculpabilise aussi, tiens (mais mon collègue est très loin de manquer d’imagination, cependant) :p
Anne: cerveau vide? Mmh, j’aurais bien besoin de le vider un peu, pourtant…
Lili: moi il me manque la petite main, c’est sûr. J’essaye déjà tant bien que mal de cerner mon propre bazar à ma propre place, sans dépasser sur celle de mon collègue, c’est déjà pas évident!
Karmara: vouip! Et je ne manquerai pas d’utiliser cet exemple au cas où on voudrait nous séparer (ce qui ne semble pas être encore le cas, touchons du bois)!
Bonne journée à toutes, dans le bazar ou moins