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Archive pour 21.9.2009

Bien commencer la semaine

Ce matin, lever du lundi. S’extraire des bras de mon cher et tendre, de la douceur du cocon construit le week-end. Temps maussade, nuit obscure en accompagnement du petit déjeûner silencieux.
Voiture, trafic. Des difficultés et du stress à entrer sur la rocade, une sale impression: “demain je prends un autre chemin, tant pis si c’est plus long, tant pis si j’arrive en retard. Je ne prends plus le risque”.

Circulation en accordéon, accélération, freinage. A ce stade, les distances de sécurité ne sont plus que de la belle théorie. La radio et son déroulé d’émissions m’indiquent que je suis tendue sur le timing, je le vois au nombre de véhicules qui me suivent et me précédent. Plusieurs coups d’oeil dans le rétroviseur, je le vois bien le gamin, pensif, il a failli m’empêcher de passer tout à l’heure lorsque je m’insérais péniblement.

Le monospace devant moi plante les freins, je réagis, ça va, je n’étais pas trop près.
Et le choc.
Crissements, hurlements des freins, impact, bris de carrosserie et de vitres. Je suis hébétée, mon corps encaisse vers l’avant. Les réflexes arrivent, clignotants, se garer sur la bande d’arrêt d’urgence, et les pensées tournent “oh non pas encore - c’est pas vrai je n’en peux plus des garages - ouf je ne suis pas responsable - je vais être vraiment en retard”….
Je sors, le jeune est déjà devant son capot enfoncé. Il hurle, il frappe, il est comme un dément, il s’en prend aux autres voitures.
Moments d’inquiétude, d’abord pour moi (vite rassurée cependant, c’est de la poudre aux yeux, il n’y aura pas d’autre choses que des injures qui ne m’étaient même pas adressées), puis pour la potentielle difficulté à lui faire remplir un constat.
Je le laisse s’égosiller le temps de constater que je m’en tire très, très bien, de regrouper mes papiers. La bruine s’invite sur un défilé de véhicules, un boucan de moteurs, les cris de mon compagnon d’infortune.

Ma brave pépette a les reins solides, à peine des égratignures et quelques bosses au pare choc, un passage de roue arrière un peu esquinté, une ampoule de plaque qui a explosé. Mon interlocuteur, qui a fini par se calmer lorsque je lui ai indiqué d’un ton assez dur que moi aussi j’avais les boules, un patron qui m’attendait et que je me serais abstenue de commencer la semaine de cette manière, a tout encaissé: capot, radiateur, pare choc avant enfoncés, clignotants et phares en vrac. Il s’apaise en voyant que je collabore, je lui prête mon portable pour appeler parents et cousin dépanneur puisqu’il n’a plus de crédit sur sa carte, il n’a jamais rempli de constat de sa vie, j’ai de la peine pour lui, jeune conducteur assuré par ses parents.
Un instant, je songe à proposer le règlement à l’amiable, mais il semble qu’il a de la famille dans la carrosserie. Il n’en parle pas, aucun des nombreux interlocuteurs qu’il a appelés ne le lui suggère.
Je laisse passer la journée sans rien déclarer ni envoyer, au cas où il se raviserait. Ce n’est pas le cas.

Je termine cette journée comme je l’ai commencée: dans une forme de brume cotonneuse, ouateuse, un peu hors du temps, de moi-même. Soulagée, je n’ai rien, ma voiture n’a rien, mais ma confiance en moi en a pris un coup, une nouvelle fois.

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