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Archive pour 23.10.2009

Le soulagement d’une main tendue

Or donc, je suis en pleine ascension de l’Himalaya. Là oui, je me suis carrément attaquée à la chaîne de montagnes, d’affilée.
Ca fait 2 ans que je cherche à poser le mot “fin” au terme d’une histoire qui en a duré 8.
Une histoire qui m’a à la fois affaiblie, et rendue plus forte. Qui m’a détruite, et reconstruite.
Une histoire que je suis prête à assumer, que je m’efforce d’inclure dans ma vie, en lui laissant la place qui lui est due, mais surtout pas plus.
Et depuis 2 ans, je n’y arrive pas. Les choses me résistent.
Au moment où enfin, j’avais pris ma décision, où je cherchais à tout prix à me donner confiance, où j’étais encore tremblante, fragile, j’ai trouvé quelqu’un qui a su être réactif. Une avocate pleine de bonnes intentions, et qui a accepté mon dossier, tel quel, pour une somme tellement modique que j’avais dû le lui faire répéter plusieurs fois avant de la croire.

Les choses se sont passées. Me confortant dans mes décisions, dans ma confiance en moi. C’est allé vite, très vite. Avant le milieu de l’année, tout était réglé, j’avais pris l’autoroute, j’étais arrivée à destination, ou presque. A quelques détails administratifs près, qui ne me concernaient plus directement.

Ces détails administratifs ont grippé les rouages. Depuis la fin de cette même année, j’ai commencé à sentir l’odeur de la fumée. A comprendre que mon éloignement géographique, mon trop plein de confiance en moi allaient me jouer des tours. Que je ne pouvais pas me libérer aussi vite, aussi facilement, de 8 ans d’emprise psychologique, et qu’il allait falloir piocher dans mes dernières ressources. Je devais m’attaquer à des démarches fastidieuses, épuisantes, pour me faire entendre, me faire comprendre. Moi qui ai toujours détesté, et soigneusement évité toute procédure de paperasse trop longue, j’étais en plein dedans. C’est bien connu, à force de contourner un obstacle, on finit toujours par rentrer dedans, il faut savoir surmonter ses démons, et il n’y a qu’en les affrontant qu’on y parvient.

Je me suis sentie très seule, tout au long de ce parcours. J’ai pourtant toujours été entourée d’amis prévenants, de compagnon concerné, et je les en remercie. Mais que peut-on répondre à quelqu’un qui dit “je n’arrive plus à joindre mon avocate, je suis devant porte close devant un problème d’argent qui ne me concerne pas. Je suis directement concernée, mais je n’ai pas de solution”? Moi-même je n’avais pas la réponse, je ne pouvais en demander à autrui. A part ouvrir mon porte-monnaie. Ce que je me suis refusée à faire, peut-être dans une obstination ridicule, mais j’en avais assez. Trop payé, de ma personne, de mes économies qui se sont envolées comme de la fumée. Saturation absolue.

Ces dernières semaines, ce n’était plus l’odeur de la fumée que je sentais, mais l’incendie que je voyais clairement s’allumer. Coincée par des démarches bloquées pour des raisons de papiers d’identité qui n’étaient pas à jour, j’étais dans l’impasse.
Pour être parfaitement juste, je n’ai pas passé ces 2 dernières années en étant tous les jours au téléphone ou à faire des courriers. Mais c’était dans un coin de ma tête, pas très loin. Ca revenait, de façon récurrente, comme une marée montante et descendante, comme un petit caillou dans la semelle, qui roule et gêne, non pas à chaque pas, mais de manière répétitive. J’avais beau secouer le soulier, rien n’y faisait.
Et puis, de plus en plus, ce besoin de me reconstruire qui passait par la clôture de ce dossier. Remettre chaque case à sa place, enfin regarder vers l’avant, cesser d’être tirée en arrière. Je vis actuellement trop de belles choses pour accepter de les noircir, de les assombrir par ces souvenirs désagréables. J’en suis épuisée.

De mésentente, le dossier est passé en litige. Je ne peux en vouloir à mon avocate, et son impression de s’être fait flouer: elle a voulu aider, contribuer. Elle s’est fait avoir. Ce qu’elle n’admet pas, c’est que moi aussi, je suis victime. Je n’avais pas prévu qu’elle serait traitée ainsi. Je ne l’ai pas prévenue, parce que dans mon ignorance, dans mon envie de vouloir faire les choses vite, et d’en finir une bonne fois pour toutes, je n’avais pas envisagé que ce n’était pas le souhait de tout le monde. Et que bloquer pour le plaisir était préférable à solutionner pour sainement tourner la page. Ca n’a jamais été sa façon de faire.
J’ai essayé de la joindre. Mail, téléphone. Barrages. J’ai compris que je n’aurais plus rien. Et que peut-on faire, lorsqu’on s’embarque dans un litige contre une personne qui connaît la loi comme sa poche? Je ne comprends pas le premier mot de son jargon, elle se régale à l’étaler pour me noyer.
Ce qu’elle n’a probablement pas prévu, c’est que tel un diesel, j’accepte longtemps les compromis, mais lorsqu’une limite est dépassée, je me transforme en cocotte minute. Je pioche dans ma rage de désespoir hargne une énergie insoupçonnée, qui me ferait soulever des montagnes. Je me transforme en Pitt Bull, je n’ai plus d’états d’âme. J’oublie que j’ai peur, je fonce, tête baissée. Enfin.

Puisque personne ne pouvait m’aider, j’ai empoigné mon téléphone. J’ai appelé, 5 personnes, 10. Je me suis baladée d’un palais à l’autre, d’un service à un autre. J’ai appris par coeur les musiques d’attente, j’ai répété mon laïus, encore et encore. J’ai atterri à Paris. On m’a expédiée en 10 secondes. Avec demande d’un courrier. J’ai pensé un instant “ça ne marchera jamais, ça va se perdre”. Je l’ai fait quand même, j’aurais dû y monter moi-même, je pense que j’y aurais sérieusement réfléchi. Moins de 2 semaines plus tard, j’obtenais le papier que je voyais comme mon sésame.

A cet instant, j’ai vu le bout du tunnel. J’ai contacté l’administration finale, celle qui devait enfin m’offrir le réel Graal. J’ai fait mon courrier, tout expliqué. Pour retomber une fois de plus le bec dans l’eau. Retour à la case de départ, l’ordre officiel ne pouvait provenir que de mon avocate, qui refusait toujours de me parler.
A la différence près que je suis tombée ce jour-là sur la responsable du service. Un ange, un cadeau du ciel. J’ignore si elle a vécu la même chose que moi, ou si mon histoire l’a particulièrement touchée, ni pour quelle raison. Elle fait pour moi depuis un mois des choses qui dépassent de loin ses compétences. Elle m’a tendu la main, m’a appuyée dans mon combat. Elle fait pression de son côté, m’a confortée dans mes convictions: je n’ai pas à payer au sens propre du terme pour des démarches qui me sont dues. Je n’ai pas à payer au sens figuré du terme pour un litige qui ne me concerne pas. Ca n’a que trop duré, mon avocate outrepasse ses droits, et surtout ses devoirs.

Si vous saviez (mais vous savez, qui n’a pas vécu ce genre de parcours ubuesque?) comme ça fait du bien. D’enfin être 2, savoir que l’énergie est partagée. J’ignore quel est le but de ma sauveuse. Si ce n’est de me donner satisfaction, alors qu’il n’y aura même pas de rémunération. De faire son travail bien, au-delà du bien, mieux que bien.
Elle m’a appelée ce matin, après ma dernière colère, où j’en suis arrivée à mettre en demeure un avocat. Sans gêne, mais avec une pointe d’appréhension quand même, je suis forcée de l’admettre.
Elle m’a offert un peu de légèreté, en m’annonçant qu’elle m’appuyait une nouvelle fois. Et que jusqu’à la date butoir que j’avais fixée, elle allait de son côté harceler le cabinet. Et leur faire comprendre qu’il allait falloir accélérer les démarches, et zapper quelques obligations intermédiaires qui n’avaient plus lieu d’être, 2 ans après (!!)

Alors oui, le soulagement ressenti lorsque j’ai entendu cette jeune femme qui a décidé de m’aider méritait bien une note. Parce que c’est ma première façon de lui rendre hommage, de la remercier, même si elle ne la lira probablement jamais. De me convaincre qu’on peut traverser beaucoup d’épreuves, mais qu’elles ne prennent réellement de sens que le jour où ces expériences nous permettent, à notre tour, de tendre la main.
Ce qu’elle ignore, c’est que même si l’issue de ces démarches m’importe, même si néanmoins ce que je tente, en dernier lieu, échoue, je lui serai éternellement redevable. Parce qu’elle a été là, elle m’a entendue, elle m’a épaulée. Et là, c’est sûr, la boîte de chocolats sera sur son bureau pour les fêtes de fin d’année.
Si je le pouvais, j’irais l’embrasser. Mais elle est un peu loin….

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