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Identité quoi?

L’émission “cartier libre” sur France Inter est chaque matin pile poil dans la tranche horaires de mon trajet maison-boulot. Ce matin, elle m’a particulièrement touchée, et je vous aurais bien mis le petit lien qui va bien vers ce doux moment où je n’ai cessé de sourire, mais je ne l’ai malheureusement pas (encore?) trouvé dans les archives du site. Ne me reste plus qu’à vous dire de le guetter, et c’est ici que ça devrait arriver.

Il y était question de ce fameux débat sur la nationalité française, la fierté nationale et tout ça tout ça. Je n’entrerai pas dans la polémique, et je considérerai que mes migraine et vague nausée persistantes depuis les heures matinales n’ont rien à voir avec le tissu d’inepties et les propos indigestes que j’ai entendus pendant le journal qui précédait l’émission. Passons.
Il s’agissait donc de l’interview d’une petite fille de 8 ans, de parents khabiles et en demande de régularisation de situation (je préfère nettement à “sans papiers”), qui était elle-même née sur sol français, et qui demandait à son père ce que c’était d’être français, et comment il se sentait, lui.
Quelques minutes d’échanges père-fille, qui, sous des dessous dramatiques, m’ont profondément émue.

Je ne reviendrai pas sur les notions de double nationalité, d’exil ou de réadaptation que j’ai plusieurs fois abordées ici au travers de billets plus ou moins légers, et que je continuerai sans doute à évoquer tout au long de mes monologues. J’ai juste écouté cette petite demoiselle qui faisait comprendre à son papa, du haut de ses 8 ans, qu’en somme elle ne saisissait pas très bien la raison pour laquelle il fallait choisir. Qu’elle n’oubliait pas qu’elle était khabile même si elle n’avait jamais vécu en Algérie, et qu’elle rêvait d’ailleurs de découvrir ce pays. Qu’elle voulait les 2.
Les choses paraissent si simples dans la bouche d’une enfant. Et on ne peut que s’émouvoir aussi des réponses les plus sincères possibles d’un père qui a abandonné ses propres parents là-bas, pour se préoccuper de son nouveau foyer. Qu’il cherche le meilleur pour ses 3 enfants, quitte à laisser ses racines derrière lui.

A l’heure également de la polémique sur les élections tunisiennes, qui me font d’un coup me poser plus de questions que d’habitude sur ce que mon propre père a pu vivre dans son enfance et qui, pour je ne sais quelles raisons, me font réaliser qu’il serait bon que je l’interroge, avec toute la douleur que cela risque néanmoins de raviver chez lui, j’ai particulièrement résonné, vibré à l’écoute de ce mini débat familial.
Et par-dessus tout cela, je garde, chevillée au corps, la sensation que jamais je ne pourrai choisir un pays, une nation. Parce que oui, réellement dans cette situation, choisir, c’est renoncer. Et ce renoncement-là, pour moi, ce serait un réel appauvrissement…
Après tout, je dois encore avoir 8 ans, à vouloir que tout soit si simple et à ne pas comprendre pourquoi on le complique tant.

Pour illustrer ces propos, j’aurais très envie de vous mettre des photos de mes montagnes, ou alors de la campagne alentours, celle dont je voudrais chanter les louanges tous les jours ici, ou alors aussi l’Italie et cette région encore dévastée par le tremblement de terre. Ou enfin, la terre natale (mais pas nationale) de mon père, qui est aussi un peu une part de moi. Je n’ai rien de tout cela à disposition là maintenant. Et puis ce serait là encore, choisir, ou pas, et je n’en ai pas envie. Alors je me réserve ça pour une occasion et un nouveau beau montage!

5 réponses pour “Identité quoi?”

  1. Anne indique :

    Oh ! Je l’ai écoutée aussi, et si mon bloug n’étais pas en carafe aujourd’hui, j’en aurais fait un billet aussi, dis donc !!

    Coupine !

  2. Flo indique :

    Eh beh Anne, tu sais quoi? Depuis ce matin je guette ton blog, je me disais “tiens c’est marrant, ce serait typiquement un sujet pour elle”. Et je craignais de te voler la vedette…Ben je l’ai fait et j’en suis désolée, mais rebondis à ta manière, ça me fera plaisir de lire ta version :)
    Et puis vi, j’ai vu le blog en carafe, m’en voilà toute tristounette :) J’espère que ce sera vite réparé!
    Bises!

  3. poufpouf indique :

    Je n’ai pas écouté Caroline moi, ce n’est plus dans mes horaires. Dommage, cela semblait très poignant.
    Quand Choupinou est mort, sa maman voulait absolument qu’il soit enterré dans son village à elle. Je comprennais sa demande, mais je considérai que mon vécu avec Choupinou devait aussi être pris en compte.
    J’ai finalement décidé de le faire incinérer. Et j’ai fait faire deux urnes. Une que ma belle-mère a fait mettre dans la tombe de son papa, dans son village. Une que j’ai fait mettre dans le colombarium du village de mes parents, adossé à l’église où nous nous sommes mariés.
    Une chose que ma belle-mère n’a jamais comprise, c’est qu’en décidant de vivre avec moi, il ne renonçait pas pour autant à ce qu’il était et ce qui l’avait construit. De fait, cette dualité a été, je crois, reflété dans ce choix des deux urnes. Un choix qui a permis qu’aucun n’ait à renoncer à quelque chose de cher …

  4. Luc indique :

    A l’heure où en moins d’un jour de voyage on peut se trouver de l’autre coté de la planète dans un coin qui était encore inaccessible il y a trente ans. A l’heure où nos crevettes pêchées au Danemark sont décortiquées en Thaïlande, cuites en Ecosse et emballées en Australie, à l’heure où nous ne faisons plus la guerre chez nous mais exportons allègrement nos massacres, nos téléphones portables, nos déchets.

    Me demander aujourd’hui ce qui fait que je suis français et ce qui fait l’identité française me révulse. Un Afghan a-t-il moins de valeur qu’une crevette Danoise ? Qu’un réfrigérateur Chinois ? Qu’un boeuf Argentin ? Est-il plus dangereux que de l’uranium enrichi Iranien qui va traverser l’Europe pour être conditionné chez nous après un détour par la Russie et avant de retourner là-bas ?

    Nous avons ouvert nos frontières aux marchandises et aux capitaux. Pas aux humains. Nous sommes une civilisation de marchands et de financiers qui crève de trop manger, et qui maintenant se demande ce qui fait sa différence. C’est pathétique.

  5. Flo indique :

    Poufpouf: tu pourras sûrement (j’espère) retrouver le reportage en podcast.
    Je comprends la difficulté qu’a dû provoquer la situation que tu relates. Et oui, ce sont encore des choix que l’on n’a pas envie de faire, parce que cela signifie renoncement. Là aussi, je suis persuadée que tu as pris la bonne décision :) Et qu’il repose en paix, heureux de la décision que tu as prise.

    Luc: merci de cet éclairage. Cela ouvre le débat sur d’autres points de vue qui méritaient d’être soulevés, et je suis entièrement d’accord avec toi. Pourquoi faut-il réduire le sentiment national à l’humain alors que le commerce fait fi des frontières? Pathétique, oui, c’est bien le mot. Malheureusement.

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