« Something happened »

J’ai découvert il y a peu, et suite à une lecture que j’avais déjà évoquée, cet auteur, et par détours son blog.
Aujourd’hui, selon son principe, il propose son 9ème exercice d’écriture sur un thème donné, et j’avoue que ça m’a de suite parlé. Je vous renvoie au lien pour la description, et je me suis permise, sans son autorisation, de reprendre son titre pour intituler ce billet.

Alors voilà, pour jouer un peu la facilité, je vous livre ici ce que je vais lui envoyer.

« C’était un mardi, je crois, je n’en suis plus très sûre aujourd’hui.
Dans quelques jours, ça va faire 3 ans.

Un mardi comme un autre, la vie qui s’étire longuement, retour du travail, allumer la télé, se faire à manger, bâcler la nourriture, se nourrir sans savourer.
Et ce poids, toujours, sur les épaules, sur le coeur. Ce poids qui n’en est plus un, tant j’ai pris l’habitude de vivre avec, comme un compagnon, comme une obligation. Je tourne en rond, je cherche, je me cherche.
Il était là ce soir-là, nous avions échangé des banalités comme souvent, sans y mettre le cœur, en se forçant bien sûr.

22 heures, il était déjà sorti depuis plus d’un quart d’heure, dans l’hiver humide du Sud, promener le chien. Ces promenades qui duraient une éternité, ce besoin de prendre l’air, de sa part, de la mienne, j’étais blottie sous les couvertures, je regardais une émission quelconque, absente à moi-même, absente à la vie.

Ca a sonné d’un coup, m’a fait sursauter comme à chaque appel à cette période. Qui appelle à cette heure, mais surtout, qui appelle sur un numéro que nous ne communiquons jamais ??
Et surtout, pourquoi est-ce que je me suis levée ce soir-là, alors que j’avais laissé tant de fois retentir la sonnerie, tremblante, paralysée d’affronter la réalité, celle de l’extérieur, celle de ce monde que je ne maîtrisais pas, plus, cet univers où tout m’échappait.

J’ai décroché, mue par une force qui me dépassait, comme un noyé s’accroche à la bouée qu’on lui lance.
-J’aimerais « lui » parler s’il vous plaît
-Mais qui êtes-vous pour appeler ainsi, il est 22H30?? »
-Sa copine, depuis plusieurs mois
-Ah ça tombe bien, je suis sa femme, depuis 7 ans.

Du reste, je ne me souviens guère. Mes jambes tremblaient tellement qu’il a fallu que je m’assoie. J’ai senti le même effarement en face, mais peut-être moins violent, moins bouleversant.
J’ai raccroché, et je l’ai entendue, cette voix intérieure : « si tu ne fais rien aujourd’hui, c’est ton enterrement que tu signes. C’est maintenant ou jamais, enfin, pour VIVRE. »

Tout chambouler. Quitter une ville, un boulot. Des points de repère, mais construits sur des fondations de sable. Repartir à zéro, encore, enfin. Vivre enfin, déployer ses ailes, respirer, oublier la peur, celle chevillée au corps depuis si longtemps, découvrir que cette boule énorme, sur le plexus, étouffante, n’est pas une fatalité. Se prendre en main, prendre en charge, décider, assumer, surmonter l’insurmontable, repousser des limites qui paraissaient inatteignables, apprendre à savourer, devenir légère, si légère… »

Il était peut-être temps de l’écrire, symboliquement. Et surtout, y arriver, c’est signe que c’est définitivement derrière moi…

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6 réponses à « Something happened »

  1. poufpouf dit :

    Je partage complétement ta conclusion … quand on trouve le courage d’écrire ce qui nous a le plus blessé … alors ç’est un signe qu’on commence à reprendre le dessus sur ce passé … il est là … mais il ne ne nous dirige plus.
    Très émue par ce billet et le courage qu’il t’a fallu pour l’écrire.

  2. Anne dit :

    9 et 3 ça ne fait pas 12 ??

    Je disais donc : bravo d’y être arrivée, bravo d’avoir mis ça derrière symboliquement, comme tu dis. Et pour vivre, c’est maintenant !! 🙂

    D’autant qu’on est vendredi !

    Je t’embrasse jolie Floh

  3. Flo dit :

    Poufpouf: j’avoue qu’en écrivant cette conclusion et notamment cette note, j’ai beaucoup pensé à toi 🙂 Et pourtant nos 2 histoires n’ont vraiment rien de comparable…
    Merci, aussi. Oui, ce passé m’a construite, c’est la seule et unique leçon que je veux en garder de toute façon 🙂

    Anne: bouhh, encore mon anti-spam?? Merci, et oui en plus c’est vendredi! 🙂 Je t’embrasse aussi 🙂

  4. Bérangère dit :

    quand on écrit on met ses maux en mots…sans jeux de mots 🙂

  5. Flo dit :

    C’est tout à fait ça Bérangère 🙂

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