Celle que je serai peut-être pas

 Nous buvions tranquillement un capuccino dans cette grande brasserie connue, sur la place principale.

C’est son fils que j’ai remarqué en premier. Ce petit, 4 ans peut-être, à peine plus, qui est arrivé d’une démarche si assurée, qui a choisi la table, enlevé sa veste; il l’a précautionneusement posée sur le dossier, retiré son écharpe et mise à côté de lui, il s’est emparé de la carte, hissé sur la chaise, tranquillement, sagement.
Sa maman était derrière, elle poussait le landeau tout en parlant à un homme plus âgé, son père sans doute, le grand père du petit, je ne voyais pas vraiment qui d’autre, et puis j’étais sûre que c’était une sortie familiale.

Ils se sont installés en face du petit bonhomme, j’ai regardé leur manège, fascinée, la commande de 3 chocolats chauds, le garçonnet qui regardait les images de la carte, en laissant sa mère parler.
Elle, tout en continuant sa discussion, ne le perdait pas de vue, le couvait de ce regard de mère, je la trouvais charmante et lumineuse. Plusieurs fois elle s’est penchée vers son fils pour lui prodiguer des conseils que j’entendais de loin « remets ta veste sur ton dossier, ou donne-la moi plutôt, elle est en train de tomber ». « Tu devrais remonter tes manches, si tu as chaud, et pour éviter de te salir ». Je les devinais tout autant, et je sentais le ton de sa voix posé, sûr, assuré.
A un moment, je ne sais pourquoi ce geste m’a tant marqué, elle a lu la carte avec son enfant, elle lui a désigné quelques images, lui a expliqué ce que c’était, ils ont rigolé ensemble.

Les chocolats sont arrivés, ils ont demandé une paille pour le petit, j’ai admiré sa patience, et sa façon tranquille de faire: il a soufflé sur le liquide d’abord, ensuite avec la cuillère, il a essayé avec la paille, mais forcément il prenait au fond, là où c’est encore tellement chaud. A son âge, il me fallait 2 tasses, l’attention totale de ma mère qui me transférait la moité  de la mixture dans l’autre récipient, pour que cela refroidisse plus vite. Oui définitivement, j’étais une enfant bien exigeante.

Je les ai contemplés de longues minutes encore, et en me levant, en partant, j’ai jeté un oeil dans le landeau, ce tout petit aussi sage que son grand frère, petite fille ou garçon, je n’ai pas déterminé, tout comme je n’ai pas réussi à entendre les prénoms. Dommage, j’aime mettre des noms sur les visages qui sortent ainsi du quotidien.

Aujourd’hui, bien des jours après, je repense à eux. Je pense à cette mère, aimante et patiente, elle avait l’air d’avoir un bon caractère, décidée, volontaire, et pourtant si attentive et investie. Je me répète que je ne sais pas si un jour, je saurais être comme elle….

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En pleine contemplation, elle aussi….

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7 réponses à Celle que je serai peut-être pas

  1. zelda dit :

    Toi qui a la syntaxe si précise, tu as « oublié » un « ne » dans ton titre, non ?
    Loin de moi l’idée de vouloir minimiser ton inquiétude, mais je lis les premiers mots, « celle que je serai », et je crois que j’ai tout lu déjà.
    Je t’embrasse.

  2. Anne dit :

    Je me suis posé la même question que toi, avant.

    Un jour une amie a loué ma patience avec Cro-Mignonne, je ne me rendais même pas compte qu’elle m’était venue, comme par surprise, la patience.

    Alors ne te fais pas de noeuds au cerveau. Quand c’est « tes tiens » (ceux que tu aimes, pas forcément ceux que tu fabriques, d’ailleurs), oui, tu fais partie de celles-là.

    De ce que je connais de toi, je pourrais même parier les yeux fermés que tu l’es déjà avec Miss Blondinette, sans même t’en être rendu compte.

  3. Flo dit :

    *Zelda: eh bien oui à vrai dire, je pense que c’est ça. Mais je ne vais volontairement pas le changer, parce que comme tu le fais si justement remarquer, c’est peut-être un joli lapsus révélateur…Mais je ne sais pas trop 😉 Je t’embrasse aussi 🙂
    *Anne: oui, tu as mille fois raison. Merci de la confiance que tu m’offres, je ne suis à vrai dire pas aussi certaine que toi. Mais c’est toujours agréable de le lire 🙂

  4. Anne dit :

    C’est parce qu’on ne se voit jamais qu’au travers de nos yeux impitoyables, jamais par ceux des autres (ou alors on ne les écoute pas assez !)

  5. Flo dit :

    Entièrement d’accord avec toi, Anne!!…pour les autres 🙂 🙂

  6. peekaboo dit :

    t’inquiète donc pas ! tu verras, tu seras la meilleure mère du monde pour tes enfants… tout naturellement.

  7. Flo dit :

    Merci Peekaboo, comme je le disais à Anne, à défaut de confiance en nous, au moins reçoit-on celle des autres 🙂

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