Vertige de l’amitié

De ma parenthèse de vie qui n’en était pas franchement une parce que jusqu’ici, ce fut quand même parmi les événements majeurs de ma petite existence, je n’ai pas gardé grand chose. J’ai même au contraire essayé de m’alléger au maximum, ce qui n’était pas toujours facile.

De ces 8 années, j’ai néanmoins conservé la fidélité à un couple d’amis. Communs, mais qui sont devenus les miens par des circonstances qui à elles seules hurlaient tellement qu’elles font partie des très nombreuses choses qui auraient pu me faire fuir très loin et bien plus vite.
Nous avons vécu à 500 mètres les uns des autres pendant 3 ans, nous soutenant en toutes circonstances, et il ne pouvait pas passer une semaine sans qu’au moins une soirée soit commune, à nous 4 ou moins, selon les obligations des uns et des autres.

Et puis vinrent les déménagements, dans le Sud mais pas le même. Plutôt central pour nous, plutôt Est pour eux. Nous avons tenté de conserver des relations, la distance est cruelle à l’amitié, mais nous avons tenu bon, tant bien que mal.
Le clash est arrivé, pas avec moi, mais avec cette autre partie de ma vie à laquelle je restais attachée, prisonnière faut-il dire. Je ne leur en ai jamais voulu. Et curieusement, même si cela m’a beaucoup affectée et que je me sentais déjà déchirée, arrachée, je gardais une étonnante sérénité: des amis comme ça, ça ne se perd pas.

J’ai survécu, j’ai nié, puis j’ai regardé, j’ai affronté. Et re-déménagé. Encore plus à l’Ouest, encore plus loin d’eux. Mais de temps à autres, un signal faible se manifestait, de l’Est au loin, qui disait en substance « on est là, encore. On sera là pour toi; et quand viendra le moment, on le sera encore plus ».
Les appeler, leur raconter, fut parmi les actes symboliques que j’ai posés lors de ma période de transition. Et j’ai senti que je ne m’étais pas trompée, que quoi qu’il arrive, nous ne pouvions pas perdre ce que nous avions tissé, construit ensemble, et qui était si puissant. Malgré les remous, malgré les négations, malgré la distance.
Nous nous sommes revus, assez peu, bien trop peu. Plusieurs heures de voiture ou train nous séparaient, des obligations respectives compliquées. En 3 ans, nous n’avons même pas tenu le rythme d’une rencontre par an, mais qu’importe. Je n’aime pas trop le téléphone et eux assez peu l’écrit, mais vaille que vaille, les nouvelles circulaient, et c’était bon, comme à chaque fois.
L’été dernier, je leur ai présenté mon amoureux, lors d’une occasion provoquée et trop vite passée. J’ai été heureuse, c’était une autre page qui se tournait, un autre symbole et de quelle importance!

Hier soir, après une séance de formation éprouvante mais toujours enrichissante, je l’ai eue, elle, en ligne. Plus de 2 heures! Tous ceux qui me connaissent savent que coller les termes « téléphone » et « 2 heures » côte à côte relève d’un défi himalayen! Mais ces 2 heures sont passées aussi vite qu’une brise sur le visage. Une réminiscence du passé, où elle et moi passions des soirées incroyables, devant une bouteille de rosé ou de blanc, des gateaux apéritifs (on constate au passage le fabuleux régime que nous tenions et assumions), à refaire le monde, nos couples, notre vie, nos rêves, nos envies, nos déceptions. A commencer les phrases et terminer celles de l’autres, à deviner à demi-mots sans avoir besoin d’expliquer, à ouvrir les yeux grâce à des remarques. Tout ce qui fait la magie d’une amitié, d’une re-connaissance mutuelle (le mot est plus explicite écrit ainsi).
Hier, j’ai terminé la conversation téléphonique en lui disant « il ne nous manquait que cette bouteille de vin, ces gateaux apéro, et la possibilité de rire juste à côté de toi pour me sentir comme à l’époque, et pourtant il y a bien peu de raisons pour lesquelles j’aurais envie de replonger dans ce passé ».
Hier, nous avons décidé que nous allions nous consacrer mutuellement plus de temps. En s’appelant plus souvent. En se revoyant. En faisant vivre cette amitié qui a déjà la force, la magie de survivre sans être bien entretenue, comme ces plantes solides qui poussent malgré un environnement difficile. Mais que maintenant, à partir de cette année, cette amitié méritait de recevoir son terreau et son arrosage, et qu’il serait bon d’arriver à la chouchouter un peu plus.
Hier soir, j’ai raccroché avec un léger vertige, comme si j’avais à digérer de splendides choses que je n’avais pas vues venir.

Et aujourd’hui, comme en écho à ce moment un peu hors du temps, brillait un soleil printanier, une chaleur de mois de mars, et mon coeur était léger, léger du bonheur de l’amitié, de la chance d’être si bien entourée….

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2 réponses à Vertige de l’amitié

  1. Anne dit :

    Magique, hein ? Suis heureuse pour toi !

  2. Flo dit :

    *Anne: oui tout à fait magique! Merci 🙂

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