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Archive pour 17.3.2010

Les 5 sens de mon enfance

Cette idée de billet, renouvelable et répétable à souhait, m’est venue parce qu’en quelques jours d’intervalle, j’ai eu de petits flashs qui m’ont rappelé des souvenirs d’enfance. Et j’ai essayé de renouveler l’exercice pour les 5 sens.
Ceux-ci ne sont que de petits détails, parmi les premiers qui me viennent à l’esprit, mais si je m’interrogeais demain, dans 1 mois ou dans 1 an, d’autres ressurgiraient encore…Et pourquoi pas en refaire une note.
Ou alors, à votre tour?

Le goût
Il y a cette tourte cuisinée ce week-end, de la pâte en trop, et le brusque souvenir, si présent, des gestes de ma mère: aplatir les quelques centimètres carrés restant, au plus fin, sortir le pot de confiture, en déposer une petite cuillère au milieu, replier en chausson, passer au four, laisser dorer. Caraméliser, car la confiture débordait très légèrement.
Nous nous battions, mon frère et moi, pour en manger le plus possible, de ce tout petit chausson fait à la va vite. Les jours de chance, lorsqu’il restait bien assez de pâte, nous en avions un chacun, mais c’était rare.
Je me souviens de ce tout petit dessert, bien plus délicieux que toutes les grandes compositions servies. Et ce week-end, j’ai retrouvé les gestes de ma mère, j’ai confectionné ce petit chausson, je l’ai laissé griller au four, je l’ai servi à mon homme et à Miss Blondinette. Fière d’avoir retrouvé, et perpétué la tradition. Je n’ai pas voulu le goûter, non, car en les regardant le savourer, j’avais encore dans la bouche, le goût de la confiture brûlante que nous ne voulions pas laisser refroidir, tant nous avions hâte de la manger.

L’odorat
Le dimanche midi, après le repas, mes parents faisaient le café, dans la vieille cafetière italienne qu’ils ont toujours. “Tu vois, tu mets de l’eau jusqu’à la vis, ensuite le filtre et le café, tu ne tasses pas trop. La plaque doit être chaude, tu surveilles bien, au moment où ça siffle, tu enlèves, vite, sinon ça crame le café, tout est bon à jeter”.
Peu à peu, l’appartement embaumait de cette odeur incroyable. Et s’élevait le chant de la cafetière.
Mon père se mettait au salon, devant la fenêtre qu’il ouvrait (même en hiver, les dimanches où le soleil perçait et qu’il faisait doux). La tasse fumante à côté de lui, il allumait sa pipe, et je savais que c’était le moment de repos, de tranquilité. Il lisait le journal, le visage exposé aux rayons du soleil, ce tableau est encore présent à mes yeux, dans une immense douceur, et je humais l’odeur du tabac, mélange boisé et caramélisé.
Cette odeur, je la retrouvais lorsque j’avais la chance d’aller le voir au travail, dans son bureau. A peine sortie de l’ascenseur, je sentais le plastique et la moquette des bureaux, et en avançant dans le couloir, l’odeur de la pipe prenait peu à peu le dessus; je savais que mon père était là, avant même de le voir. Il avait terminé son repas en fumant, et laissé derrière lui sa marque, sa trace.
Aujourd’hui, il a arrêté de fumer, mais en croisant cet homme dans sa voiture, la pipe à la bouche, j’ai eu une bouffée de nostalgie. Le vrai parfum de mon père, c’était son tabac…

La vue
Montagnes enneigées ou vertes et brunes se reflétant sur le lac. Aujourd’hui, en fermant les yeux, en cherchant un lieu ressource, un lieu de paix et d’harmonie, lorsque je dois faire redescendre les battements de mon coeur, lorsque je dois me détendre, lorsque je dois m’apaiser, c’est ce tableau qui se dessine à moi, celui que j’avais chaque matin en me levant, en ouvrant mes stores: le lac miroitant, argenté ou bleu turquoise, les Alpes au fond, dans la brume ou se découpant comme de la dentelle sur l’horizon. Le soir, au crépuscule, les petites lumières des villes d’en face s’allumaient une à une, et nous voyions les guirlandes des bateaux qui se promenaient sur l’étendue aquatique.
J’ai cessé de lutter: mes fonds d’écran sont des sommets montagneux, qu’ils soient de chez moi ou d’ailleurs. Mon apaisement se trouve en altitude. Et comme depuis ma tendre enfance, ces 2 lieux sont indissociables, je trouve dans l’eau autant de quiétude et de bonheur…

L’ouïe
Du printemps à l’automne en extérieur, l’hiver en intérieur, et le bruit des balles dans la raquette, contre les murs, dans les filets. Ces “ploc” que nous entendions avant d’arriver au club, les points égrénés sur les différents cours, quelques applaudissements ou commentaires évoqués à haute voix sur un coup gagnant, un cri de frustration lorsque la balle ne se pose pas là où elle veut.
A peine ai-je su marcher que j’ai eu dans mes mains une raquette de tennis, en plastique. Au grand désespoir de mon père, et malgré ses tentatives répétées, je n’ai pas eu le sens de la compétition, ni l’envie de m’acharner dans ce sport. Mais retourner au club, c’était signifier l’arrivée du printemps, de la chaleur. On ressortait les shorts, les petites jupes, la chaleur du soleil sur notre peau, la sueur après une partie. Tous les week-ends, nous y faisions au moins un passage, je regardais mon père jouer, j’étais fière de le sentir respecté, admiré par tous les autres joueurs, j’étais “fille de…”. Je fermais les yeux, derrière les grillages, au bruit que faisait la balle, je pouvais savoir si c’était lui qui frappait (léger soin métallique d’une balle frottée en douceur et dans la finesse) ou son adversaire (son plus mat, plus brut, plus en force).
Tintements des verres au bar, discussions discrètes et chuchotées, baskets frottées ou tapées pour retirer la terre ocre qui collait, autant de sons qui ont bercé les week-end de mon enfance, mon adolescence, et que je me plais à retrouver de temps en temps, lorsque j’y retourne.

Le toucher
Sable sur ma peau, brûlure sous mes pieds. Sable trop fin qui s’insère partout, dans les habits, dans les draps du lit pour la sieste, et puis vite, courir très vite jusqu’au sol en pierre, il est midi, le soleil surchauffe, impossible de poser les pieds à plat.
Tempête de sable, vent de terre, qui fouette, hurle aux oreilles et laisse des traces rouges sur la peau, se recroqueviller, ne pas tenir à plat ventre, renoncer, abandonner, fermer les yeux fort.
Plage de sable blanc en Tunisie, plus gris dans le sud de la France, petite je voulais construire des chateaux, mais sans mettre les mains dans le sable, et jamais mes parents n’ont pu me remettre des vêtements à même la peau alors que j’avais encore du sable, et du sel marin. Ca grattait trop, ça chatouillait.
Laisser couler des rivières entre les doigts, s’enterrer vivant et tousser d’avaler trop de poussière, se rouler sur la plage pour se sécher.
Sable fin ou granuleux qui a bercé les vacances d’enfance d’une petite fille si chanceuse…

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