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Archive pour 10.6.2010

Auto-sabordage

Hier, une nouvelle fois, alors que le moral de l’équipe est au plus bas, que j’ai l’impression de devoir prendre un treuil chaque matin pour les hisser, leur arracher un sourire (tout ne dépend pas de ma petite personne bien sûr, mais j’ai une très nette préférence à voir sourire les collègues que j’apprécie, et mon moral dépend un peu du leur, il faut bien l’avouer), notre bien-aimé Yaka (ne cherchez pas c’est ironique) a encore sorti une belle pépite.

Une pépite en or, une pépite même en diamant, une phrase tellement énorme, tellement sortie du fin fond de sa conscience vraiment de plus en plus sale qu’on a d’abord tous regretté de ne pas avoir, quelque part caché, un dictaphone qui tournait, et surtout lorsqu’il a tourné les talons, on s’est regardés pour s’assurer qu’on avait tous bien compris la même chose. Et pire même, qu’il ne plaisantait pas, le doute ne laissait pas de place.

Il a peut-être des circonstances atténuantes, moi qui suis assez prompte à chercher des explications je pourrais en trouver, mais il n’en a clairement pas plus que nous. Loin de là. L’agence ressemble à une cocotte minute sous pression et vraiment prête à exploser, je suppose que nous ne sommes pas une petite exception loin retranchée au Sud-Ouest, et si le siège est à notre image, il y a de quoi se faire un réel souci. A tous les étages.
Alors la moindre des choses que l’on peut attendre d’un dirigeant, d’un responsable qui a une vingtaine d’années de boîte, c’est de sortir un discours diplomatique, compréhensif et de soutien. Les 3 essentiels qu’il n’a pas, ne me demandez donc pas pourquoi il est à ce poste, j’ai classé ça depuis quelques temps dans les grands mystères de l’univers de l’entreprise à résoudre. Faites-moi signe si vous avez l’illumination.

Hier, donc, après s’être retiré avec le plus de panache possible (il a bien senti la tension monter de quelques crans avant cela) et semé la consternation la plus absolue sur les quelques membres de l’équipe qui avaient eu la chance d’assister à la naissance de ce diamant (les autres l’ont appris dans la foulée, imaginez une traînée de poudre, la phrase s’est répétée aussi vite), j’ai senti une chape de plomb s’abattre, et je me suis dit qu’en matière de sourires, il allait falloir sortir la très grosse artillerie pour les récupérer.

C’est dans ces moments que je bénis ma mémoire photographique. Ou ma capacité à visualiser les choses (qui peut desservir dans d’autres situations, je l’admets volontiers). J’ai dû réussir à prendre malgré moi suffisamment de distance, et d’un coup cette image s’est imposée à moi:

sictransit.jpg (copyright à Goscinny et Uderzo bien sûr)

A vrai dire, ce n’était pas exactement celle-là, mais ça donne une idée: vous savez, ces pirates qui nous font hurler de rire dans les albums, parce qu’ils en viennent à attraper la hache, et saborder leur propre bateau pour éviter les Gaulois qu’ils sont sur le point de croiser?

Nous, c’est ça. Mon grand Yaka était le pirate avec sa hache. Et avec sa petite phrase sortie du coeur, il a donné quelques sacrés coups de hache dans le ponton. On a d’un coup basculé et pris quelques voies d’eau bien salées.
J’ai partagé ma trouvaille avec mes collègues. Ca les a fait sourire, quelques secondes.

Je ne suis pas trop exigeante, ces temps, ça m’a suffi à alléger un tout petit peu ma journée. Un tout petit peu…

Et non, je vous confirme, ces lieux ne seront pas le bureau des pleurs, mais de temps en temps ça soulage, et puis quand l’inspiration vient, on ne va pas s’en priver quand même…

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