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9.9.2010 par Flo.
Chers lecteurs,
A l’heure où je vous écris, l’heure est grave sur le chapitre de nos revendications. C’est une grande victoire que nous avons remportée sur l’idiotie patronale.
Je suis consciente que le pays entier est en ébullition sur le grand débat de l’âge de la retraite, et du droit au repos bien mérité. N’ayant toujours pas décidé de faire de ces pages un lieu de débat politique, sauf coup de sang appuyé et non contenu, je ne me prononcerai pas sur ce chapitre.
C’est une autre bataille que nous avons menée dans notre agence fortifiée. Et au prix d’usure, d’insistance, d’un travail de sape dûment conduit, nous avons arraché un succès grâce à un travail d’équipe soudée, et un espoir constamment nourri.
Il faut le savoir, notre Yaka à nous est une personne d’une mesquinerie, d’une petitesse et d’une bêtise sans fond. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ses traits de caractère dans ces pages, et croyez-moi, avec le temps et les bouleversements que nous connaissons, c’est loin de s’arranger.
C’est ainsi que n’ayant pas grand moyen de pression pour nous impressionner, il cherche les leviers qui sont à sa hauteur: c’est à dire très bas.
Nous avons la chance d’être une entreprise bénéficiant (pour l’instant, mais j’ignore combien de temps encore) de quelques avantages en nature, tels que les tickets resto.
Chance fortement compensée par l’emplacement de notre agence: au milieu d’une zone industrielle, où toute restauration possible dans les quelques kilomètres à la ronde est chère et surtout peu variée. Avec les bouchons à l’aller et au retour en prime. Ma balance ne me dit pas merci d’avoir testé cette solution à mon arrivée il y a 2 ans.
Dans l’agence, c’est le néant absolu: jusqu’à il y a peu, la seule machine à café dont nous bénéficions était une machine à ulcère immédiat, la capsule coûtait 0.40€, et pour avoir mal au ventre toute la journée, c’était cher payé! J’ai réussi à imposer ma propre bouilloire grâce à la collègue qui m’a précédé à mon poste: il faut savoir que notre Yaka n’est pas un courageux: il sait dire non, mais quand on le met devant le fait accompli, il n’ose rien rétorquer.
Nous étions devenu l’agence mythique de France et de Navarre: la seule où les collaborateurs payent leur café (imbuvable), et la seule qui n’a pas un frigo et un micro-ondes pour les repas. Fanion que nous n’étions pas très fiers de porter. Et malgré nos revendications répétées auprès du Yaka, la réponse restait la même: il n’y était légalement pas contraint, puisqu’on nous fournissait un moyen de payer nos repas, et il ne voulait pas. Pour d’obscures raisons de sécurité totalement ridicules, qui ne faisaient que cacher son incapacité à débourser la somme d’une cafetière et d’un micro-ondes, y compris sur le budget de l’agence (qu’on lui aurait validé les yeux fermés).
Depuis quelques temps, nous sommes réunis sous la houlette de la grande ville du Sud Ouest du coin. Avec un Plus Grand Yaka, plus intelligent (pas dur) et surtout un peu plus sensible. Mais surtout, cette autre agence bénéficie depuis fort longtemps, à notre émerveillement le plus pur, de la pointe de la technologie: bouilloire, micro ondes, cafetière et frigo, ravitaillement de boissons gracieusement pris en charge par le budget agence! Un rêve inaccessible, un paradis absolu!
Malgré cela, l’obstination de notre Yaka local n’a pas cédé d’un pouce. Oh certes, nous aurions pu arriver un jour avec notre micro-ondes, on commençait à en parler, à demander qui était ok pour qu’on se cotise. Mais c’était nous avouer vaincus d’une certaine façon, et le pire, c’est qu’on était persuadés que le premier à en profiter serait celui qui nous refusait depuis si longtemps cet achat. Et de cela, il n’était pas question.
Le Plus Grand Yaka est un fin politicien: il a vite cerné la problématique chez nous, et a souhaité nous offrir un encouragement, nous montrer son immense compréhension. C’est ainsi qu’un jour, sous nos yeux goguenards, nous avons vu notre tout petit chef penaud raccrocher son portable, partir avec le chéquier agence, et revenir une bonne heure plus tard avec une cafetière. Et des dosettes. Gratuites. Le premier miracle eut lieu, une lueur apparaissait, l’espoir renaissait, tout n’était pas perdu.
Nous avons passé l’été à manger des salades. De mon côté, à regarder d’un air désespéré le matin les bons petits plats cuisinés la veille, mis au frais au frigo et que je ne pouvais pas emmener et manger à midi, faute de pouvoir les réchauffer. Quand il fait 30 degrés dehors, ce n’est pas trop grave, mais l’hiver, c’est un peu plus dur de ne même pas pouvoir se réchauffer par la nourriture. Et les soupes, ça va un moment, quand même.
Et aujourd’hui, à l’heure des présentations du nouveau responsable technique, un second geste de paix (je finis par trouver l’affaire louche, serait-ce en rapport avec le chiffre qu’on nous demande de réaliser en fin de mois?) eut lieu: le Plus Grand Yaka l’a fait arriver avec notre micro-ondes tant attendu. Diplomatiquement brillant: le poste et la position du responsable technique s’annoncent délicats, mais arriver avec l’objet tant convoité, celui de nos désirs les plus chers, c’est déjà le faire rentrer dans nos petits papiers.
Notre tout tout petit yaka n’est pas là. J’ignore s’il est au courant de ce qui s’est tramé derrière son dos.
Demain, nous inaugurons le repas chaud à midi, et nous guetterons avec attention ce qui traversera le regard de ce tout petit mesquin, et combien de temps il lui faudra pour se réchauffer sa propre gamelle. Il aura intérêt, ce jour-là, à arriver en armure et supporter les railleries.
Champagne, mes amis…
Vous croyez que l’année prochaine, on peut espérer le frigo? Rhoo, ben oui, on n’est jamais satisfaits!
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