27, 28 & 29 Novembre

27 Novembre: armé comme du béton…

Plus jeune, j’avais une carapace. Créée j’ignore comment, parce que j’ai eu une enfance plutôt idyllique, un cocon familial stable et plaisant, et un univers où tout m’était offert.
J’ai passé l’adolescence sans réelle révolte, mais dans un enfermement progressif, sur moi-même et par rapport aux autres. J’ai toujours su être présente en société, mais je me forgeais inconsciemment cette carapace bétonnée, remplie de peurs, d’angoisses, de doutes et de terreurs. Un peu comme si, en m’enfermant, je les clôturais avec moi, et ne pouvais plus m’en débarrasser.

Cette armure s’est fendillée à la fac, grâce à des amis qui ont eu la patience de me prouver que la vie au-dehors n’était pas si terrible que ça. Et surtout que j’avais, paradoxalement, les armes pour m’y frotter.
J’ai vécu l’insouciance d’un agréable quotidien de très jeune adulte, ou adolescente tardive, grâce à ce nouvel univers, à la fois ouvert mais également protégé et sécurisé, où j’avais posé mes repères, les cours, les profs, les lieux, ma ville que je commençais enfin à connaître.

J’ai fini par m’exposer passé la vingtaine, en envoyant tout voler d’un coup. Le cocon parental, mon pays, je suis partie brusquement, sans prévenir personne de mes intentions à long terme qui étaient pourtant déjà claires dans mon esprit. Enfin quelqu’un avait réussi à percer mon armure, j’y ai laissé des plumes et ô combien, mais fort heureusement, jamais je n’ai remis en question cette mise à nu, cette prise de risques.

Depuis plusieurs années, au travers de tout ce que je traverse et tous les changements, bouleversements que j’ai vécus, j’ai appris à laisser le béton s’effriter. J’ai compris que ce qui ne tue pas rend plus fort, et que ce n’était pas en me fermant aux autres que j’y parviendrais, mais en acceptant ce que cela provoquait en moi, et en le soignant….

 28 Novembre: détails du plafond…

Depuis quelques semaines, je scrute chaque recoin des pièces que je traverse à la recherche des araignées sournoises qui pourraient s’être planquées chez moi, même si nous habitons en appartement, en ville, au 3ème étage. Entre elles et moi, c’est une guerre dans laquelle je ne combats pas, puisque lorsque j’en déniche une, j’émets un râle, me réfugie dans le couloir et appelle mon homme au secours pour qu’il m’en débarrasse.
La dernière en date a été particulièrement douée, elle a dû comprendre qu’elle n’aurait pas sa chance au plafond. Elle s’est donc plantée dans la salle de bain, sur le mur, droit en face de moi dans la douche. Et pourtant, j’ai mis un bon moment avant de l’apercevoir. Je m’étonne encore de ne pas avoir provoqué une catastrophe en série (du type glissade, lâchage de savon, agrippage de rideau et inondation de la pièce). J’ai hurlé, la cavalerie a débarqué affolé, et je me suis défendue par un « elle est vraiment très grosse et pas belle du tout ». Et j’avais raison, d’abord!

Je ne suis pour autant pas assez assidue à virer toutes les petites toiles qui traînent dans les recoins inaccessibles. Du moment que leur habitante ne les occupe pas (ou qu’elle est assez intelligente pour se planquer en mon absence, au choix), je laisse aller, ou j’attends d’être prise d’une frénésie de ménage, ce qui arrive à peu près tous les 30 février, pour me mettre à passer l’aspirateur à l’envers. On marche sur la tête.

Bon, et sinon chez nous, il n’y a ni dorure, ni peinture, ni tapisserie au plafond (véridique, je l’ai vu). C’est bêtement blanc, un peu sale et parfois crépis. Il ne faut pas exagérer non plus, ce n’est pas chez nous autrement qu’en location, et nous n’avons pas collé de petites étoiles qui brillent dans le noir…

29 Novembre: rues…

Il y a celle en bas de chez moi. Bordée de platanes, et si somptueuse en automne. Dans laquelle je guette le printemps, les premiers bourgeons, les premières fleurs. J’aime ce tunnel vert, ou rouge flamboyant selon la saison, qui m’amène jusqu’à mon cocon, notre chez nous.
Il y a celles du boulot. Zone industrielle, béton et froideur. Mon seul bonheur, c’est de découvrir le ciel qui s’embrase, au matin ou le soir, dans les vitres des bâtiments. D’un coup, flash dans l’oeil et chercher d’où vient cette lumière si soudaine. Dégradés de roses, rouges, oranges, flammes qui amènent de la couleur dans le gris. Du baume au coeur pour aller travailler, ou parce que la journée est finie.

Rues que je traverse dans mes trajets quotidiens. Des chauffards à n’en plus finir, que ce soit en rocade ou le long du fleuve, raccourci qui n’en est plus un. Ruelles de ma ville, briques rouges et petites impasses, au détour d’un bâtiment s’ouvre une porte cochère et derrière, j’ai juste le temps d’admirer les cours intérieures des fabuleux hôtels privés qui se nichent ça et là et ne se laissent dévoiler dans leur pudeur que par hasard.

A pied, je fuis les boulevards et cherche l’intimité, loin de la foule et du bruit. En voiture, je vais au plus direct, et j’essaye de guetter, même derrière le volant, les moments magiques qui se présentent à moi dans n’importe quelles circonstances…

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4 réponses à 27, 28 & 29 Novembre

  1. zelda dit :

    1) Le béton c’est mal, et je te remercie de le laisser s’effriter. Quand je t’ai rencontré, c’était déjà le cas, je crois, puisque ton naturel a su percer ma propre carapace … Mieux que ça, la rendre poreuse, sans même que je m’en aperçoive.

    2) Les araignées sont de belles et gentilles créatures qui gardent les maisons des champignons, des moucherons et des mauvais rêves, tu sais …

    3) Une seule rue chez moi, pleine de neige …

    Bises et belle journée !

  2. Anne dit :

    Tu vois, toi aussi tu pourrais servir d’exemple à plein de gens, en ce qui concerne les ouvertures de carapaces ! Ahem. Hum. Rien dit, moi.

    (D’ailleurs, que penser des gens qui brandissent l’étendard : attention ! je porte une carapace ?!!)

    Pour les araignées, les « petites » (pas mygales, quoi) ne m’embêtent pas trop, surtout pas au neuvième. Mais ça n’empêche que je lutte contre les caches à poussières ignorées depuis trop longtemps !!

    Et faudrait qu’on fasse gaffe, à ne pas se croiser au volant, à guetter l’une et l’autre on risquerait de se rentrer dedans !!!

    Je t’embrasse

  3. Lyjazz dit :

    Moi j’ai une araignée au plafond, et même que parfois elle fait de la bicyclette.
    Celle-là ne risque pas de te faire peur, elle habite juste dans ma tête.
    Celles qui vivent chez moi…je les laisse tranquille, ou alors je les attrape, pour les mettre dans sous la loupe et les observer avec mes garçons.
    Enfin, en ce moment, on en fabrique en feutrine, leurs pattes sont en cure pipes.
    Les carapaces que j’aime bien enlever sont celles des crevettes, crabes et autres crustacés.
    La mienne, je l’ai laissé au vestiaire depuis longtemps… un vieux vestiaire oublié, dans je ne sais quel endroit. J’aime mieux l’authentique que le vestimentaire, les tripes que les carapaces, l’être que le paraître.

  4. Flo dit :

    *Zelda: oh oui je n’ai pas contrôlé cette percée de carapace 😉 Mais elle n’était pas poreuse pour tout le monde.
    Nan, tu n’arriveras pas à me convaincre des araignées. Ma phobie va au-delà du raisonnement, tu sais 🙂 Un jour, j’essayerai de comprendre pourquoi 😉
    Toujours de la neige chez toi?
    *Anne: les gens qui portent « ouvertement » une carapace ont une forte tendance à me faire l’effet qu’ils escomptent, à savoir me repousser. Une forme de miroir réfléchissant je suppose, et globalement c’est une grande méfiance que je ressens envers eux 😉 Après tout dépend qui, et du contexte 🙂
    On ne se croisera pas au volant, on sera dans la même voiture, pas possible autrement (mais résultat pas garanti non plus :p)
    *Lyjazz: cet araignée-là doit être la seule qui ne me fait pas peur en effet 🙂
    Et toucher une araignée relève du saut en parachute pour moi, alors observer à la loupe, autant dire que ce n’est pas près d’arriver 🙂
    Et le but (d’une vie?) est sans aucun doute de laisser sa carapace au vestiaire, au profit de l’être profond 🙂 C’est tout un chemin!

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