Enfant caméléon

2011 a débuté par un gros bouleversement dans la vie de Miss Blondinette: elle a déménagé, assez loin de chez nous. Et suffisamment loin de l’ancien appartement de sa maman pour changer d’univers, et d’école.
Univers, parce que d’une petite citadine en banlieue très proche d’une grande ville, elle est devenue petite campagnarde en banlieue très lointaine de la même grande ville, à mi chemin avec une autre grande ville. Ce qui équivaut à perdre le nom de banlieue, en y réfléchissant bien.

Sa maman et son beau père ont saisi l’opportunité d’un terrain à prix très décent, avec proposition de construction. Miss Blondinette a donc vu pousser de terre sa future maison, et suivi toutes les étapes une à une, ce qui est plutôt enrichissant. Bien entendu, c’est devenu nettement plus concret pour elle lorsque sa maman lui a demandé de choisir les couleurs de sa future chambre. Et je vous le donne en mille: elle a pris rose. Rose bien foncé sur un pan de mur, rose plus clair sur le second, fondu enchaîné sur du blanc, bienvenue et vie ma vie DéKo!

Ils ont emménagé entre Noël et Nouvel An, la semaine où la puce était chez nous en vacances; ce qui signifie que son papa l’a ramenée le dimanche précédant sa rentrée dans un nouveau lieu, avec tout à redécouvrir. A priori, ça c’est plutôt pas mal passé, et avec son sens de l’adaptation qui ne cessera pas de m’épater, elle se fait très bien au changement. Son papa lui manque, mais elle adore sa chambre, elle adore sa maison, elle ne comprend pas pourquoi sa maman refuse toujours le chat, le chien, la souris et le hamster qu’elle demande alors que maintenant, ils vivent dans une grande maison avec un jardin. Ma pauvre puce, je crois que tu vas pouvoir attendre ces animaux un bon moment.

L’autre jour, après trajet avec son papa pour revenir chez nous, la demoiselle est venue me voir pour me dire « tu sais, j’ai discuté avec papa, ma chambre dans votre nouvelle maison, elle sera rouge ».
Ok. Donc j’ai appris dans la même phrase que nous allions déménager, et que nous aurions à repeindre les murs, et qu’elle choisira une couleur sortie de nulle part (je l’ai jusqu’ici fort peu vu exprimer son amour du rouge). J’ai encaissé avec le sourire, il est vrai que nous réfléchissons à trouver autre chose, pourquoi pas une maison, un peu plus grand, mais tout ça n’est qu’à un stade de projet totalement théorique. Je sais juste qu’avec sa volonté farouche de symétrie de part et d’autre, Miss Blondinette a besoin de sentir qu’elle aura l’effet miroir entre chez sa mère et chez nous. Ca la rassure, ça lui permet de garder ses repères, déjà qu’on n’a pas de bébé (mais un chat!) elle préserve ce qu’elle peut.

Sauf que l’effet miroir a ses limites, qui me laissent plus interrogatives, et que nous venons de découvrir de façon assez étonnante. Mon homme, revenant de la visite de la maison, et donc de la chambre de sa fille, m’a glissé l’autre jour: « j’ai été frappé tu sais, dans sa chambre, elle n’a que des Baarrbies. Et il paraît qu’elle en a demandé 6 pour Noël, que ça en gros! Alors que rien chez nous ».
Là, j’ai les petits rouages de la caboche qui ont commencé à cliqueter. Au sujet de cette différence flagrante d’univers, chez sa mère ou chez nous. Jusqu’à la couleur de la chambre. Elle sait que j’ai une certaine allergie au rose, aux princesses, aux poupées, même si je me soigne. Surtout pour le rose. Elle sait que son père et moi privilégions en elle l’envie de découverte, le plaisir d’autres jeux moins connotés, et que nous ne favorisons pas l’univers dessin animé et contes de fées dans lequel elle semble baigner chez sa mère.
Qu’il y ait une différence d’un foyer à l’autre, ça me paraît évident. Et même plutôt enrichissant. Mais à ce point? J’en viens à me demander si nous la laissons s’exprimer. Qui est Miss Blondinette? Une petite fille qui veut faire plaisir à ses parents, même séparés, même différents. Et qui, pour ce faire, se coule dans un moule en changeant de place. Elle est la petite fille bien coiffée et girly chez sa maman, la gamine énergique et débrouillarde chez nous. Elle est de tout ça, réellement, je le sais. Mais de quelle manière, en refusant certaines inclinations qu’elle peut avoir, ne la contraignons-nous pas trop?
Je me remets beaucoup en question sur ces constats. Je réalise à quel point mes refus, mes rejets et mes préférences déteignent, bien involontairement, sur une enfant. Je prends conscience de l’énorme responsabilité que je porte, au cas où j’aurais encore un doute. Je me rends compte de l’importance de la laisser s’exprimer pleinement dans ses envies et ses préférences, même si ce ne sont pas les miennes. Tant que ça reste dans les limites du cadre que nous posons. Il n’est naturellement pas question de nous forcer à faire des choses que nous détestons, mais l’inverse est vrai aussi (même si je ne pense pas qu’elle soit à la torture en jouant avec ses Plaaymoobiles ou en visitant des musées). Et même si nous ne la privons pas de ce qu’elle aime, je pense qu’il y a une forme de restriction inconsciente et involontaire qui se fait, et que nous nous devons de lever.

A commencer par arrêter de faire la grimace quand on me parle de Baarrbies. Je vous assure, psychologiquement, ça peut clairement être le défi de l’année pour moi!

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6 réponses à Enfant caméléon

  1. Effectivement ma première impression était qu’elle avait une vraie chance justement de pouvoir vivre sa vie de barbie mais ne pas non plus y être confinée. Tes questionnements me font réfléchir. Mes enfants ont aussi parfois adhéré à mes envies laissant les leurs de côtés et la vigilance alors est impérative. Si déjà tu arrives à ne plus plisser le nez, cela ne veut pas dire que vous serez instantanément envahis de barbies roses et froufroutantes. Simplement elle n’aura pas à cacher ce qu’elle vit avec plaisir ailleurs, tout en vivant avec vous un autre côté qui semble lui convenir aussi pleinement.

  2. Lyjazz dit :

    Bien vu !
    Mais là je te réponds que des enfants, dans une famille nucléaire, n’ont pour évoluer que la vision de leur père et celle de leur mère. Miss Blondinette a 2 couples de référence, donc 4 personnes distinctes. Elle peut donc choisir consciemment de laisser s’exprimer son côté girly chez sa mère et sont côté plus masculin chez vous.
    Ce qui me gène davantage c’est quand ça dure longtemps : si l’enfant fait l’expérience de ça, et puis s’y trouve bien, ok, mais si c’est un rôle qu’il joue c’est différent. C’est là qu’intervient la contrainte extérieure. Inconsciente.
    Tu fais bien de te poser la question, et même de chercher à comprendre comment elle joue avec ses poupées roses.
    D’une manière générale on laisse une empreinte chez les enfants, mais ce sont aussi des exemples qui peuvent l’aider à se construire : en se conformant, en essayant, et puis en s’opposant aussi.

  3. Anne dit :

    Tu sais, la question du futur, chez les enfants, est assez différente de la nôtre. Il suffit que vous ayez parlé de déménagement pour qu’elle se projette déjà et qu’elle parle au futur concret, alors que pour vous ça n’est qu’un projet.

    J’aurais tendance à penser qu’en fait les « contextes » dans lesquels elle évolue lui permette d’exprimer différentes facettes de ses envies. En tout cas, clairement, elle ne doit pas être frustrée de barbies vu qu’elle passe l’essentiel de son temps chez sa mère.

    Cro-Mi m’a révélé l’autre jour qu’elle jouait beaucoup à la poupée avec ses copines, au centre, alors qu’à la maison, elle s’en contrefout (même quand on lui propose une poupée neuve, elle va plutôt choisir un livre, un puzzle, etc).

    Du coup, si ça te travaille, je te suggère de lui poser la question : « est-ce que tu voudrais des barbies ici aussi ? » « est-ce que tu voudrais une housse de couette rose pour mettre une petite touche de rose dans ta chambre ? »

    Et te faire à l’idée que dans une certaine mesure, leur chambre, c’est leur univers. Et que nos goût n’ont pas grand chose à y faire, dans leur univers, pour peu qu’on soit dans des choses qui sont dans les limites définies ensemble.

  4. Flo dit :

    *Valérie: je suis volontairement emphatique, donc je ne pense quand même pas la brimer au point de lui interdire le rose ou les poupées. Tu as raison en disant que déjà, je peux apprendre à ne plus plisser le nez, ce que je m’efforce de faire. Tout est matière d’équilibre, toujours 🙂
    *Lyjazz: je sais que les enfants portent profondément nos empreintes. Et qu’ils cherchent inconsciemment à nous faire plaisir. Je veux juste en effet limiter les effets négatifs de mes propres barrières, et surtout lui permettre de s’exprimer pleinement, même si ça ne me plaît pas. Après, je tiens en effet beaucoup à transformer sa situation de 2 familles distinctes en « chances » et « opportunités » pour elle de vivre plus de choses ou des choses nouvelles 🙂
    *Anne: oui pour le futur, absolument, je ne me fais pas vraiment de souci! Mon but n’est pas de la frustrer mais bien de lui offrir la possibilité d’avoir toutes ses envies partout. Ensuite, que l’on favorise un peu plus certains aspects plutôt que d’autres, ça continue à me paraître normal. Et à ma décharge, il y a déjà bien plus de rose dans sa chambre que je n’ai jamais imaginé pouvoir en avoir dans mon appart 😉 C’est bien plus à mon attitude qu’à la sienne qu’il faut que je sois attentive, pour qu’elle puisse ensuite en faire ce qu’elle veut, comme Cro Mi 🙂

  5. wedontcare dit :

    Moi je trouve que la gamine en question s’adapte naturellement entre deux mondes, et comme tu l’a bien écris, ces différences ne sont qu’enrichissantes.

    « Je réalise à quel point mes refus, mes rejets et mes préférences déteignent, bien involontairement, sur une enfant. » J’ai envie de dire, tant mieux ? Si c’était pas toi, ce serait quelqu’un d’autre. Enfin bon, niveau enfant j’y connais rien.

  6. Flo dit :

    *Wed: bienvenue ici, ça me fait très plaisir de te lire!
    Et oui, les différences sont tout à fait enrichissantes, il ne s’agit nullement d’unifier ou d’atténuer les 2 univers qui lui permettent d’élargir ses propres expériences. Il s’agit juste de faire en fonction d’elle, sans lui imposer plus que nécessaire.
    Tu t’y connais nécessairement en enfant, en ayant été un toi-même 🙂 Je ne suis pas maman, je suis apprentie « jolie-maman », et donc je découvre. Et les regards extérieurs me font avancer 😉

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