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31.1.2011 par Flo.
Je disais donc que j’ai feuilleté ces derniers temps les quelques centaines de photos familiales numérisées et gravées par mes parents. Petit paquet de cd’s qu’ils m’ont offerts pour mes 30 ans, et qu’ils réactualisent de temps en temps. Ca a du bon d’être à la retraite.
Je les ai regardés en contemplant cette petite fille d’un regard interrogatif, me retrouvant un peu, ou alors pas du tout. Et m’étonnant toujours et encore de cette amnésie totale que j’ai pu développer au sujet de certains pans de ma vie.
Une chose m’a frappée aussi tout particulièrement, qui m’amène à développer ici un thème que j’ai déjà maintes fois abordé en ces lieux, en tournant un peu autour du pot néanmoins: je me suis vue avec de jolies couettes, des barrettes, plein de robes à petites fleurs, jamais trop, mais jamais trop peu, juste ce qu’on a l’habitude de voir d’une petite fille dont les parents prennent soin (en prenant en compte le goût du début des années 80 en matière vestimentaire, bien entendu…)
Si vous m’aviez posé la question “comment étais-tu enfant?” je vous aurais répondu “en pantalon, cheveux courts, bien plus masculine que féminine”.
Oui, j’ai été cette fille garçon manqué-là aussi, mais bien plus tard. A l’adolescence. A la période où les jeunes filles doivent assumer les changements de leur corps, et les bouleversements qui les accompagnent psychologiquement parlant. J’ai juste collé cette image-là, dont je me souviens, à une enfance différente dont j’ai tant oublié.
Longtemps, très longtemps et parfois même encore aujourd’hui, ma conception du monde a été manichéenne. Je catégorisais, je rangeais: on est un garçon manqué, ou une fille ultra girly. On aime la mer, ou la montagne. On est quelqu’un de bon, bienveillant et généreux, ou alors on est une âme mauvaise, noire et dangereuse. On est une maman, ou une professionnelle épanouie. Une Suisse neutre et raisonnable, ou une Italienne caractérielle.
J’ai eu besoin de certitudes pour me construire. Comme chacun d’entre nous, mais j’ai utilisé ce schéma-là pour y parvenir, par je ne sais quels détours de mon inconscient-ce-taquin.
Ce schéma m’a emportée dans de drôles de paradoxes. Dans la souffrance la plus extrême avant de pouvoir assumer un divorce. Dans un déchirement permanent à force de refuser de voir qu’une seule et même personne pouvait être Janus. A ne pas assumer mes choix ni savoir quel costume enfiler, à devoir jouer la comédie et ne jamais me sentir à l’aise. C’était comme si volontairement je décidais de rester sur la corde du funambule, toujours au bord du déséquilibre et de la chute, alors que j’avais le sol plat, lisse et solide à 50 centimètres sous mes pieds.
Je peinais à entrer en contact avec les personnes que je ne parvenais pas à ranger dans une case ou l’autre de mon schéma. Selon ce que je percevais d’elle, je ne peux pas dire que je m’en contentais, mais je n’arrivais pas à patiner le dessin, à l’atténuer, à nuancer. Je me lançais à corps perdu dans la relation, je pardonnais tout et passais sur tout par passion, ou je me fermais et ne laissais aucune seconde chance. Faux départ, pas de route. Et je pouvais tout aussi bien être d’une innocence à couper le souffle, et en arriver à plonger très loin dans le pays des bisounours rempli d’arc en ciel. Si si, même si ça faisait mal aux yeux.
Depuis quelques temps, je crois que je retrouve mon équilibre. Oh bien sûr, je suis encore un peu de tout cela. On n’enlève pas sa seconde peau aussi facilement qu’un costume, lorsqu’on prend des habitudes même mauvaises, il est toujours bien plus long de les perdre que de les acquérir. Je me fais encore bien peu confiance, et j’ai bien souvent besoin d’un temps d’adaptation, comme un décalage pour repérer mes tendances extrêmes et me modérer. Parfois je n’y arrive pas toute seule.
Mais j’apprends aussi à devenir pleinement moi-même, à réunir ces deux parties en moi qui se faisaient la guerre et se battaient pour obtenir l’exclusivité. J’accepte l’être humain et son paradoxe qui préfère décliner les tonalités de gris et qui ne sera jamais ni blanc, ni noir. J’essaye de m’apaiser et je m’autorise à aimer les pantalons et les jupes, à arriver le lundi en jeans et rangers, et le mardi suffisamment apprêtée pour m’attirer les remarques des mes collègues. J’assume de partir en vacances à la montagne et dire que la mer me manque ou l’inverse, et j’essaye de réfléchir à la mère que je pourrais devenir tout en mettant sur pied mon projet professionnel. Je garde un caractère entier, parce que c’est mon sang italien qui parle, celui qui bout à la moindre hausse de température, celui qui a envie de s’enflammer et s’enthousiasmer, et je laisse ensuite la partie suisse tempérer, adoucir, raisonner, argumenter.
Je me suis penchée sur cette photo déchirée et éparpillée qui me représentait, j’ai compris que séparément, ces petits morceaux ne feraient jamais une personne heureuse et harmonieuse. Mais si je les recolle, même grossièrement et avec quelques erreurs, finalement ça donne une femme mieux dans ses baskets ou ses escarpins.
Je ne saurai dire quand ce processus a commencé. Ce que je sais, c’est que cette petite fille, qu’elle soit en robe et couettes ou pantalon et cheveux courts, contribue à m’aider dans ce chemin même si je ne suis pas encore tout à fait arrivée au bout….
Mais oui, en robe et en collants. Par contre quand j’ai regardé ce que je tenais dans les mains, j’ai éclaté de rire. Et je me suis dit qu’il n’y avait pas meilleure illustration de ce billet que ce joli paradoxe de quand j’avais 4 ans!!
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