La minute complainte

Avant la fin de l’année, ça allait mal au boulot, mais on nous promettait des lendemains rieurs. On allait être rachetés, on serait forts, beaux, puissants et surtout plein d’argent.
Soit, on en a pris notre parti. On a dit au-revoir à notre 3 collègues qui nous ont quittés sans trop de difficultés, ils l’avaient choisi, ça s’était bien mis en place, ils partaient avec de beaux projets.

L’agence a paru bien vide ensuite, 3 personnes en moins, ça faisait quand même une petite différence. Il y a eu la trève des confiseurs, puis la lente reprise du début d’année. « Soyez patients, on met toujours du temps à relancer une machine à l’arrêt ». Ok, c’était même plutôt amusant, on en a profité pour faire un ménage d’enfer, tout classer, tout trier, jamais je n’avais été plus à jour, et puis les pauses café qui duraient, et puis surfer, prendre du temps. On essayait de passer au-delà des craintes, on a tenté notre push qui a lamentablement foiré, et ça a commencé à durer, vraiment longtemps. Et puis les problèmes restaient les mêmes, comme si rien ne s’était passé, les mêmes réclamations, les mêmes galères à gérer, les mêmes silences de nos chers dirigeants dont on ignorait tout…

Aujourd’hui, ça fait des semaines que venir au travail est une lutte. Etant au bout de la chaîne (alimentaire?), tant que toute la machine n’est pas clairement repartie, je n’ai rien à faire. Rien. Je viens au boulot, je vérifie mes mails, je prends ce qui vient au jour le jour et m’occupe 10 minutes, puis le vide. Je sais que la situation est critique lorsqu’à 10 heures et malgré une pause café, je suis arrivée au bout de ma blogroll.
Objectivement, je pourrais passer à du 50% sans qu’on ne remarque mon absence. Mais qui serait assez fou pour le dire dans le blanc des yeux à son patron? Je pourrais, si je n’avais pas besoin un tout petit peu de mon salaire à 100% à la fin du mois (payé encore quand ça leur chante, « vous comprenez la comptabilité, c’est long à remettre en place ». Voui voui voui).
Donc je fais de la présence. Je refais connaissance avec mes démons et cauchemars de mes tout débuts dans ma vie professionnelle, où déjà à mon premier poste, je n’avais rien à faire. Et que j’avais quitté en me disant « plus jamais ça ». Je préfère être débordée de boulot, même un boulot nul, que de traîner à journée durant en comptant les secondes qui passent.

J’ai fini par ramener mes frustrations et mes colères à la maison. Ca devenait délicat, j’étais incapable de fermer la porte en partant de l’agence. Et je n’avais à ramener chez moi que de la contrariété, de l’inquiétude, de la rage. Ce qui chez moi fait un mélange encore plus instable que la nitroglycérine. Donc ça pétait. Grâces et sanctifications soient reconnues à mon amoureux qui supportait ces crises sans vaciller, patient et tranquille. J’ai réussi à dominer ça, grâce à une fée thérapeute qui m’a donné quelques trucs pour faire la transition, pour prendre de la distance. Je ne sais pas prendre de la distance, c’est bien le souci, et pourtant j’ai plutôt intérêt à m’entraîner, plus tard si je n’y arrive pas, je vais y laisser plumes et neurones.
Ok, donc le boulot devient un terrain d’entraînement. Ca fait une semaine que ça tient, ça ne marche pas trop mal, même si je me sens vaciller selon les jours. Mais ça ne remplit pas mes journées. Je suis épuisée de ne rien faire, de cette fatigue malsaine et tellement difficile à faire disparaître.

Et dans le cercle vicieux, tout se prend au même filet: le manque de motivation au travail, le manque d’envie d’écrire, le manque d’envie de lire; j’ai quelques vacances encore à poser d’ici au 31 mai mais j’en suis à me dire que je ne veux pas les poser trop tôt, par peur ensuite du vide qui va m’attendre, de la reprise qui sera encore plus dure, et de devoir patienter jusqu’à cet été.

Ce n’est qu’un passage. Qui dure, beaucoup trop longtemps. Tôt ou tard, le rythme reviendra. Et j’ai fait en toute conscience le choix de rester, parce que j’ai besoin de cette stabilité financière pour avancer sur le reste, et simplement parce qu’il faut que j’utilise cette situation pour construire l’avenir.
Mais honnêtement, rester 8 heures par jour bloquée derrière son pc c’est du gâchis. Même moi, je n’aurais jamais pu imaginer dire ça un jour….

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Et pour me faire pardonner de cette grincherie (ça se dit si je le veux), des mimosas en fleurs, après un week-end si ensoleillé et sympathique que vraiment, je me suis sentie en vacances pendant 48 heures…

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12 réponses à La minute complainte

  1. Anne dit :

    Courage, va.

    Déjà se plaindre, ça fait partie de la thérapie !!!

    Et puis des lendemains rieurs t’attendent. Peut-être pas la semaine prochaine, mais dans un avenir pas si lointain.

    Le conseil du jour (d’hier !) : élargir la blogroll !!!

    Bisous-courage.

  2. charlottine dit :

    Je comprends combien cette inaction doit te peser…Espérons surtout que la reprise arrive . Tiens bon !

  3. Flo dit :

    *Anne: oui ben j’aimerais qu’ils arrivent vite, ces lendemains rieurs (et oui je sais que ça dépend aussi de moi :p) J’essaye, pour la bloroll, j’essaye 🙂

    *Charlottine: oui j’espère, merci pour les encouragements 🙂

  4. Madeleine dit :

    Je compatis au-delà de ce que tu puisses imaginer ! Mon homme est dans la même situation bloquée depuis plusieurs mois en faisant le même choix que toi : rester car 1) on ne peut se permettre de perdre son salaire puisque 2) notre grand étudiant n’a pas terminé ses études. Le blocage total qui va finir par lui peser j’en ai peur ! Mais nous avons des projets pour la suite …
    J’espère qu’il en est de même pour toi ! Les projets sont source de bien-être et permettent d’avancer quoi qu’il en soit.

  5. Dans ces cas là je rage aussi, imaginant tout ce que je pourrais faire et regardant ce temps si précieux qui s’écoule à perdre sa vie.
    Et ce qu’il y a de particulier je trouve, c’est que faire autre chose que du « boulot » au bureau est très difficile mentalement non ?

  6. Flo dit :

    *Madeleine: oh oui il y a des projets, mais pour leur mise en place, il faut que je tienne le coup…Cela dit, je ne suis pas encore tout à fait assez à l’aise pour qu’ils soient pleinement source de bien être 🙂
    *Valérie: oui c’est difficile, et pas franchement autorisé donc je me planque plus ou moins. Mais j’ai fini par me faire une raison, sinon je resterais assise sans rien et ce serait pire encore. Le souci, c’est que c’est la boucle infernale: ne pas en faire donne encore moins envie d’en faire, et tout se fait plus lourdement, avec lassitude et risques d’erreurs…

  7. wedontcare dit :

    ton post me fait penser à cette quote :

    Choose Life. Choose a job. Choose a career. Choose a family. Choose a fucking big television, choose washing machines, cars, compact disc players and electrical tin openers. Choose good health, low cholesterol, and dental insurance. Choose fixed interest mortgage repayments. Choose a starter home. Choose your friends. Choose your future. Choose life…

    ça évolue tes projets dont tu m’avais parlé par mail ? Courage, en tout cas.

  8. peekaboo dit :

    écris davantage, étends ta blogroll, profite…

  9. Flo dit :

    *Wed: j’aime la fin de ta citation 😉
    Ca évolue, mais lentement, très lentement…Entre mes peurs à surmonter, et les mises en place, ce ne sera pas pour demain non plus…
    *Peekaboo: y’a qu’aà voir comment « j’écris plus » hein, j’ai honte…et je cherche pour la blogroll, vi 🙂

  10. Salut !

    J’ai été dans la même situation un (trop) long moment, et je te comprends … Quand on bosse, on perd un peu de « temps de vie » pour avoir un peu d’argent. Si on a de la chance, on aime notre boulot – à peu près, alors c’est même parfois gratifiant. Mais quand on est payé  » à rien faire », on a vraiment le sentiment du temps perdu …

    En ce qui me concerne, j’avais la chance de ne pas avoir vraiment besoin de mon salaire à 100%, alors j’ai pu passer à 90%. Ce que je faisais sur mes 10% de temps gagné, ça m’aidait à voir cette période comme bénéfique. Mais je comprends que tout le monde n’a pas ma chance,e t je te souhaite plein de courage.

  11. dieudeschats dit :

    Je serais intéressée de connaître les trucs de ta fée thérapeute pour refermer la porte en quittant le boulot 😉

  12. Flo dit :

    *Petit poison: pas moyen de passer à 90%. Ca me tenterait, mais j’ai réellement besoin, financièrement, de cette petite différence. Pour moi, l’issue sera la reconversion pro 😉 Merci pour les encouragements!
    *Dieudeschats: bienvenue ici, et désolée du temps de réponse si long, je suis trèèès loin du blog ces temps, j’essayerai de me rattraper.
    Les trucs? Ah je pourrais en faire un billet entier, mais en substance: mettre en place un rituel (celui qui te convient, il n’y a pas d’obligation), que tu accomplis sans faillir, tous les jours au même moment (le principe du rituel). Même les jours où tu n’en as pas le courage, même les jours où tu te dis que ça va mieux et que tu peux faire sans. Et sinon, t’accorder des temps de respiration, faire des coupures régulières si tu le peux pour prendre de la distance. Utiliser ton travail et les difficultés que tu rencontres comme moyen de te « tester », te lancer des petits défis, des « mises en situation » qui pourraient te servir ailleurs. Te ménager, savoir dire non ou « pas tout de suite », communiquer. Et enfin, te nourrir à l’extérieur, profiter de tes temps libres pour faire ce qui te plaît, t’enrichir de la façon qui te convient, éviter de juste rentrer et te morfondre.
    Rien de vraiment nouveau et exceptionnel, mais mis bout à bout, ça peut aider. Et je reste à ta dispo bien entendu si tu as d’autres questions 😉

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