Et se sentir larguée…

Elle grandit, et moi je cours derrière parce que je suis incapable de suivre.
Non, ce n’est pas que ça passe vite, c’est autre chose. C’est cette temporalité propre à la maternité, celle qui nous semble totalement interminable, parce qu’on a beau nous répéter « tout finit par passer », on ne voit pas le bout du tunnel. Ou des tunnels.
Ceux des coliques. Des nuits sans sommeil. Des régurgits. Des lessives à n’en plus finir. Des pleurs du soir, ou des premières dents. De la première rhino, ou des premiers cauchemars. De l’angoisse de la séparation, ou des premières nuits dans sa chambre. A choix, ou tout ensemble.
Mais ça passe vite sur un autre plan. Je vois ma fille grandir, cesser d’être le tout petit nourrisson, commencer à s’affirmer. Non pardon. Ca, elle sait le faire depuis son premier jour, depuis sa première seconde. Hurler, s’exprimer, elle a compris comment ça marche. Mais elle découvre ce qui l’entoure, elle interagit. Ca y est, elle a enfin apprivoisé ses mains, même si la maladresse est présente. Enfin, elle se retourne, du ventre sur le dos (pour la performance inverse, on va patienter encore un peu semble-t-il). Et son premier éclat de rire, offert à sa grande soeur, j’en étais émue aux larmes. Elle sait maintenant très clairement me demander de téter. Par la douceur qui la caractérise (les chiens ne font pas des chats), elle se jette comme une folle sur ma poitrine. Ou alors se balance brusquement de côté dans mes bras. J’ai intérêt à être réactive, le temps de latence « soulever mon pull » ne fait pas partie du délai toléré…

On m’avait dit « tu verras, à 3 mois il y a un tournant ». Futures mamans, ou celles qui ont des tout petits, passez votre chemin sur ce prochain paragraphe. Parce que oui, il y a eu un virage. Mais ces 3 mois supplémentaires, je crois que je les ai trouvés pires encore en terme de difficulté que les premiers. Il y a le côté émotionnel à fleur de peau en moins. Mais on se prend de pleine face le cumul de la fatigue sur les 3 premiers mois. Les difficultés qui continuent, l’éveil de l’enfant qui demande de plus en plus d’attention et de temps au quotidien, qui ne s’endort plus aussi facilement. L’impression d’à peine sortir la tête de l’eau, pour replonger plus profondément encore et avoir constamment l’impression de se noyer.

Avant d’être mère (cette phrase mythique….), je n’aurais jamais imaginé qu’une simple rhino me retournerait à ce point tripes et boyaux. J’ai vu et entendu ma petite fille d’à peine 5 mois qui avait du mal à respirer. Je ne savais plus comment la soulager, j’ai passé plusieurs nuits entières assise, elle sur mes genoux, à moitié à la verticale afin de lui permettre de téter et dormir le mieux possible. Il a fallu lui laver le nez. Ces petites pipettes de serum se sont transformées en pire cauchemar pour elle, mais aussi pour moi. Au point que j’étais totalement, physiquement et moralement incapable de lui prodiguer ces soins. Il a fallu que son père le prenne en charge. Et moi, je partais à l’autre bout de l’appartement, je fermais toutes les portes pour ne pas entendre ma fille hurler, pour me sortir de la tête cette image que j’avais de la sentir se noyer….
Et comme visiblement je n’ai pas bien appris ma leçon, elle a enchaîné 2 rhinos d’affilée. Oui, c’est plus marrant quand on met la cerise sur le gâteau. Pour la chantilly, imaginez que des nuits relativement calées, dont j’étais plutôt satisfaite sans avoir eu réellement d’effort à fournir, se sont mises à peu près à la même époque à devenir un grand n’importe quoi. Toute petite, ma fille n’a jamais vraiment demandé à téter beaucoup plus fréquemment que toutes les 3 heures, à quelques exceptions près. Là depuis plus d’un mois maintenant, je suis à une moyenne de toutes les 2 heures, voire bien plus selon sa forme à elle (entendez par là: carrément malade ou alors pas du tout motivée pour dormir). Ca se termine invariablement collée à moi dans le lit, et avec de terribles courbatures pour moi.

Je me sens en échec. En échec personnel, parce que je suis incapable, je crois, de trouver ce dont ma fille a besoin pour se rassurer et cesser de me réclamer aussi souvent à téter. Elle n’a pas faim, pas aussi souvent, ce n’est pas possible, pas à son âge. Ou alors je loupe un truc, ou alors il faut que je remette sérieusement la qualité de mon lait en question. Elle peut avoir soif, peut-être. Mais pas si fréquemment. Il reste l’envie de câlin, de réassurance, et c’est bien entendu au milieu de la nuit que ça se manifeste, pas en pleine journée (où je suis de toute façon d’office tout le temps avec elle). J’ai bien quelques pistes: le déménagement pas encore tout à fait digéré. Le marasme professionnel qui m’attend, une reprise que je ne veux pas envisager mais qu’il faut que je prépare, des modes de garde à anticiper mais pas du tout de la manière dont nous l’avions prévu ou souhaité….Ma fille est le reflet de mes propres angoisses ou de mes doutes, je ne le découvre pas maintenant mais je me le prends encore et toujours en pleine face. Il n’y a pas de métier plus exigeant et qui demande autant de dépassement de soi que celui de parent, n’est-ce pas?

Mais à côté de cette fatigue, de cet épuisement, de cette colère que je ressens contre moi, de cette impuissance et cette sensation d’être complètement à côté de la plaque, je la regarde s’éveiller. Je me dis qu’il lui en faut de l’énergie et de la joie de vivre pour sourire de toutes ses gencives baveuses et encore sans dent dès son premier réveil à 7H30 du matin (bordel!), de lancer ses petites mains vers moi dans un message très clair, de coller sa grande bouche (toujours aussi baveuse, donc) contre ma joue dans une imitation de câlin. D’ouvrir ses grands yeux étonnés lorsque je la félicite, l’air de me dire « mais enfin, je fais ça depuis longtemps, comment es-tu encore capable de t’en émerveiller? ». D’essayer de m’arracher ma tasse de thé brûlant (mais qui a eu l’idée de lui montrer qu’il y avait une vache dessus, et depuis elle semble en être tombée amoureuse, bien entendu), de donner l’impression de rêver de mes spaghettis ou de tout autre aliment que je mange, alors qu’elle fait la fine bouche devant ses purées (maintenant qu’elle a découvert ce que c’était, ce n’est plus nouveau et donc ça a beaucoup moins d’intérêt). De l’entendre babiller de petits cris, en aspirant l’air plutôt que de l’expirer, ce qui me fait répétitivement éclater de rire. Je m’émerveille, je me dis que j’ai bien des leçons à apprendre.
Et surtout, je me dis que cette fabuleuse petite fille ne mérite pas vraiment la mère qu’elle a.

le-pingouin.jpg

Un pingouin, what else?? Quand on a vu cette veilleuse, on a craqué, et je me suis dit « ohlala, ça c’est de l’achat compulsif, on va le regretter ». Et en fait, pas du tout! Il est devenu l’indispensable compagnon du rituel du coucher, que ce soit sieste ou nuit. Il fascine ma fille, il est plutôt sympa à regarder et tout doux. Et la nuit, lorsqu’il faut se lever, ça évite de mettre le flash de la lampe de chevet dans la figure et ça rend les choses un peu plus douces. Alors oui, le pingouin reste l’élément indispensable dans l’univers de ma fille!

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5 réponses à Et se sentir larguée…

  1. zelda dit :

    Je ne doute pas une nanoseconde que tu sois une bonne mère, une mère suffisante ou une mère à la hauteur de ce que mérite E. ! (Prends l’expression qui te convient le mieux, moi je n’en trouve aucune qui m’en parle vraiment, mais l’idée est là). Pour tout te dire, quand je pense « Mais à qui je voudrais confier Z. si je n’étais plus là ? » (oui, bon, drôle d’idée …) c’est toujours toujours à toi que je pense …
    On n’est pas pour rien dans les angoisses et les difficultés de nos enfants, mais on n’est pas pour tout non plus, n’oublie pas … Alors voilà, à la loterie parentale, tu es tombée sur un numéro « hard level first », tu n’y es pas forcément pour grand-chose, en tous cas pas pour tout, et tu fais au mieux, et OUI c’est épuisant et tellement tellement dur, que la moindre anicroche à côté prend des proportions énormes, alors des vrais gros emmerdements comme ton boulot, n’en parlons pas …
    Pffff, c’est super décousu ce que je raconte, hein ?
    Je t’embrasse fort fort fort, et je suis là, loin et très impuissante mais quand même. Courage.
    (PS : les pingouins, c’est bien !)

  2. PetitBourgeon dit :

    Le simple fait que tu te poses des questions prouve que tu es une bonne mère.
    Tu es sa mère. Son unique mère, celle qui l’a portée, attendue, chérie, celle qui la berce, la nourrit, la change, chante pour elle, lui parle, la chatouille, lui explique des tas de choses, joue avec elle, qui lui donne la vie, toute la vie qu’elle peut.

    Qu’elle peut, oui, car on souhaiterait tous des tas de choses pour nos enfants, et pour en être à mon deuxième je suis désormais certaine d’une chose, s’il a fallu autant de temps pour que je le sache, c’est qu’on fait bien comme on peut, car si un état apporte l’épuisement c’est bien celui de parents. L’inquiétude est là, tapie derrière chaque geste, chaque moment, et elle s’efface seulement aux plus grandes bouffées de bonheur.

    Comme je te l’ai dit il est possible que ce soit la soif qui la réveille en plein, chez nous il ne fait pas si chaud mais on maintient un air sec pour ne pas avoir de moisissures (glamour bonjour), et certaines nuits le Haricot a tété toutes les heures (et j’étais moi-même assoiffée)
    Sinon pas de doute qu’elle sent tes inquiétudes, tu le sais déjà et pour le moment tout ce que je peux te dire, pour aussi pauvre que soit ce conseil, c’est que ça va passer, c’est sûr et certain.

    Et oui, les enfants sont de formidables réserves d’énergie, ils nous la pompent, voilà tout 😉

    Je t’envoie mille bises et tout ce que tu veux de réconfortant.

  3. Sacrip'Anne dit :

    Et si toi, tu te lâchais un peu la grappe, hein ?

    Si tu te disais que tu fais pour le mieux ? Qu’elle va, objectivement, bien, et que ça va comme ça ?

    Parce que c’est sûr qu’à passer ton temps à te flageller, ça en bouffe, de l’énergie, pour elle, pour toi…

    (Pour le nez, conseil version hardcore et invasif : fais-toi à l’idée. Tu en as pour trois / quatre ans avant d’espérer qu’elle sache raisonnablement se moucher, elle va détester ça de plus en plus, toi aussi. Et pourtant, il faudra. Je sais pas, imaginer à quel point ça serait pire s’il fallait l’amputer du nez ?? :D)

  4. charlinette dit :

    oupsss j’étais passée à côté de ça… et le pire c’est qu’on s’est vu entre temps 🙁
    Bon, déjà, j’ai l’impression que plus on se pose des questions, plus on « travaille sur soi » et plus on trouve des réponses cons lol!!! mais bien sûr, ta fille doit être trop désespérée de t’avoir pour moi, c’est sûr…je me suis dit ça aussi l’autre jour!!! non sérieusement… on n’a pas eu trop le temps d’aborder nos croyances mais pour moi clairement ta fille t’a CHOISI toi et pas une autre maman. Déjà. Ensuite, y’a une part qui t’appartient dans son quotidien, votre quotidien oui mais y’a aussi une part qui lui appartient. Dans ses cris, dans ses réveils multiples… ce sont ses manières à ELLE d’exprimer certaines choses.
    ensuite, sur les réveils multiples la nuit… alors alors, vaste sujet hein! besoin de boire oui, besoin de manger aussi (meme si les pédiatres disent que passé 5 kg ou tel âge, l’enfant est capable de ne pas manger X heures, ça c’est dans les livres), besoin de réassurance (cauchemars, reves, bruits, digestion des nouveautés de la journée (nouvelles acquisitions), journée différente etc…); tes propres inquiétudes aussi peut être, douleurs (dentaires, ou autres), inconforts physiques ET le fait qu’un enfant a un sommeil qui est celui d’un adulte à 3 ANS…. donc … après tu es fatiguée, c’est légitime. PAsses le relais à ton homme, amènes la voir un ostéo, un micro kiné, un kinésio. Ici je crois que si mes enfants appellent la nuit, c’est qu’il y a une raison et une bonne raison… pour eux! Et je leur ai toujours qu’ils auraient TOUJOURS une réponse à leur appel mais pas toujours la réponse qu’ils attendent… je m’explique : tu te réveilles, tu veux téter pour te rendormir. Je viens te voir, j’accompagne ton endormissement mais pas de téter (par exemple). pour mon grand, il avait environ 1 an, je venais de reprendre le travail depuis 2 mois, je fatiguis de me lever toutes les nuits, plusieurs fois pour des tétouillages et parfois quelques tétées. + le fait que je n’avais plus de plaisir aux tétées de nuit, tétées qui devenaient douloureuses. + le fait qu’il avait fait 2 nuits sans tétées, je me suis dis qu’il était pret. Je lui ai expliqué qques jours puis j’ai arreté les tétées de nuit (jusqu’à 6h, c’était un choix arbitraire de ma part). Les 3 premières nuits ont été terribles, je m’y attendais et j’ai assumé. Je ne regrette pas ce choix mais aujourd’hui je m’interroge sur son impact sur son besoin de réassurance permanent…. je n’ai pas de réponse, j’ai juste fait ce qui me semblait juste à ce moment là.
    MA réponse me semble bien décousue et brouillon… tu y prendras ce que tu pourras /voudras 😉
    et on se re-voit vite!
    Bises du Marchand de Sable 😀

  5. Flo dit :

    @Zelda: merci ma belle. J’ai mis du temps à revenir sur ce billet et donc à répondre aux commentaires, comme tu le constates, mais ce que tu me dis me touche au-delà de ce que je peux écrire et ta confiance en moi, ben pffff quoi…Moi aussi je suis impuissante pour toi, mais je sais que tu es là et c’est déjà énorme. Et je t’embrasse fort fort fort!
    (pingouin power!! :D)
    @Petitbourgeon: bienvenue ici (il me semble que c’est la 1ère fois que tu commentes? Je m’y perds et j’ai honte!) et merci pour tes pistes. J’ai exploré la piste chaleur de la pièce, ce n’est clairement pas ça. C’est émotionnel chez ma miss, et c’est bien ça tout le souci, il faut juste que j’arrive à trouver ce qui se joue la nuit, et que c’est difficile!
    Oui, le pompage d’énergie, c’est tout à fait ça 😉 Bises à toi!
    @Sacrip’Anne: tu sais bien que je suis incapable de me lâcher la grappe, c’est ma marque de fabrique 😀 Pour le nez, je sais, et curieusement elle s’y fait aussi. Bon ça n’est pas une partie de plaisir, mais elle hurle déjà moins fort…Pfiouuuu! (pour les nuits, no comment, c’est toujours aussi pire et chaque soir différent bien sûr :p)
    @Charlinette: je pense aussi que ma fille nous a choisis, d’une certaine façon. Mais en pleine nuit, je me demande bien « pourquoi moi/nous »? 🙂
    J’ai tout essayé, tu le sais. Le papa, les spécialistes, tout. Y’a un truc, ou des trucs qui continuent à bloquer, je ne sais pas quoi, où, pourquoi, comment. Certaines nuits ça me fait hurler tant je n’en peux plus, d’autres j’arrive à le maîtriser un peu mieux. Disons que j’aimerais pouvoir prendre de la distance, lâcher prise, mais plus je suis fatiguée, plus les nuits sont compliquées, moins j’y arrive…la fameuse quadrature du cercle. Et puis j’aimerais arriver à alléger tout cela et ne pas focaliser, mais ça aussi, c’est compliqué…Bref, voilà, tu connais la chanson et je n’ai pas toutes les paroles 😉
    Je t’embrasse et oui, j’espère à très bientôt, on va y arriver! 🙂

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