La place du père

Titre volontiers un peu provocateur, parce que de nos jours, la société change, heureusement, aussi dans le bon sens, et qu’il vaudrait mieux parler de « parent » au lieu de père.
J’en suis la preuve vivante.

Depuis Janvier donc, nous avons désormais inversé les rôles à la maison: je suis le parent qui part travailler tous les matins, du lundi au vendredi, et qui revient le soir. Mon homme est celui qui reste à la maison, et s’occupe de notre fille. Jusqu’à fin Juillet, il ne faisait « que » ça (les guillemets devraient être en gras et souligné, on sait tous à quel point c’est un full time job), depuis début Août, il est passé au level supérieur en rajoutant un 2ème enfant dont il a la garde officielle, et rémunérée.

Je suis donc celle qui voit le moins notre fille. Mais aussi celle que notre fille voit le moins, avec toutes les conséquences qui en découlent.
Tous les parents qui travaillent connaissent le fameux effet « double journée », il ne s’agit pas de parler de ça, on cherche tous l’organisation idéale qui permette de combler à la fois l’envie de profiter de nos têtes blondes histoire de remplir le réservoir affectif (le leur comme le nôtre) tout en gérant la fatigue engendrée par la journée de boulot, en combinant les obligations ménagères ou intérieures qui sont incontournables, même si on les réduit au strict minimum. Une forme de tetris doublé d’un casse-tête plus ou moins réussi ou frustrant selon les jours, les périodes et les impondérables.

Même si l’aspect logistique n’est pas négligeable, c’est surtout le côté relationnel qui me pose actuellement le plus de problème, et me laisse interrogative. Parce que fatalement, notre fille voit bien plus son père que moi, et ne se comporte donc plus du tout de la même façon avec l’un ou l’autre (si même elle l’a un jour fait. Et j’ignore si ce serait identique ou différent si nous travaillions tous 2 « à l’extérieur » en la confiant à une tierce personne, nous n’aurons pas l’occasion de tester, ce que je vais dire est donc forcément subjectif et issu uniquement de notre expérience).
Ainsi le soir dès mon retour, elle se transforme en véritable tornade. Je  n’ai pas eu le temps de poser mon sac qu’elle court partout en criant, sollicitant mon avis (même si je peux me gratter pour le bisou de bienvenue que j’ai à peu près un jour sur 10), m’apportant sa bibliothèque entière à lire, demandant mes bras.
Ca, c’est pour l’aspect plutôt rigolo et sympa, même si épuisant. Là où ça devient moins funky, c’est lorsque je dois lui répéter 50 fois les mêmes consignes sans qu’elle ne les suive, alors que son père hausse la voix une fois et est à peu près certain d’être entendu.
Lorsqu’elle fait volontairement quelque chose qui n’est pas autorisé en me regardant droit dans les yeux histoire d’assurer que ma réaction sera bien celle qu’elle attend. Lorsqu’elle geint, pleurniche pour un rien alors que j’ai déjà passé du temps avec elle, l’ai câlinée, lui ai répété plusieurs fois que j’étais prête à lui offrir tout le temps qu’elle souhaite, mais que je devais aussi aller aux toilettes / finir de préparer le plat / discuter avec son père / descendre la poubelle, etc.
Son père prend énormément de tâches quotidiennes en charge. J’essaie, dans la mesure du possible le soir, de simplifier tout ce qui tourne autour de l’organisation ménagère (cf ce billet), mais je ne peux pas tout laisser de côté. D’abord parce que je ne trouve pas ça juste pour mon homme, mais aussi parce que j’ai également besoin de décompresser de ma journée de travail. Et si j’ai depuis un moment compris que je ne pouvais pas le faire en prenant un bain / lisant un livre ou autre avant que la mini miss ne soit couchée (je l’ai compris ET accepté, même si c’est parfois un peu dur), les tâches ménagères mécaniques peuvent m’aider dans cette transition. Et me permettre d’être là, de parler avec mon homme et voir ma fille tout en faisant autre chose et en me rendant utile.

J’ai lu, relu, parcouru Filliozat dans tous les sens. Elle est ma bible, mais je comprends aussi les limites que peuvent ressentir les parents lorsque rien ne fonctionne. Je sais que l’attitude de ma fille est normale. Que c’est de son âge, qu’elle exprime son besoin d’autonomie, de se faire entendre, d’attirer l’attention. Qu’elle teste les limites et se rassure en voyant que ce sont toujours les mêmes règles.
C’est normal qu’elle le fasse encore plus avec moi qu’avec son père. Elle me voit moins, elle a sans doute besoin de plus de « preuves ». De mon amour, de mon attention, de ma présence, qu’en sais-je….
Et puis il y a son caractère. Et le mien. Nos compatibilités, nos différences. Mon manque de patience, mes doutes, ma crainte de ne pas bien faire, mon fichu perfectionnisme, mes difficultés à parfois lâcher prise, mes doutes sur ma légitimité de mère. Tout ça, je le sais mais n’empêche….

N’empêche oui, ces temps, j’en bave et je me sens en échec avec elle. Rares sont les soirs où, lorsque je ferme la porte de sa chambre, je me sens satisfaite de notre relation, de mon comportement avec elle. Je ne la remets pas en question, elle, parce que je sais qu’elle fait ce qu’elle peut et comme elle peut du haut de ses 2 ans.
Je me pose des questions sur moi. Sur comment je peux améliorer ça. Comment je peux faire mieux, être plus patiente. Mieux la comprendre. Etre vraiment présente à elle, lorsque nous sommes ensemble. Ne pas avoir envie de prendre mes jambes à mon cou et fuir très loin lorsque je sens les choses m’échapper. Ne pas constamment m’appuyer sur mon homme pour temporiser et souffler.

Je n’ai pas les réponses. Je cherche, je termine trop souvent avec les larmes aux yeux. Je sais que ça passera, et que je ne suis pas seule dans cette situation. Qu’on finira par se trouver, elle et moi, et que notre relation s’apaisera, qu’elle s’harmonisera. En attendant, j’essaie de faire du mieux que je peux, mais pour moi, ce n’est vraiment pas suffisant…

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Quelqu’un pour me dire comment elle peut être si explosive et contemplative à la fois?
Ok. Je sais. Les chiens ne font pas des chats….

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3 réponses à La place du père

  1. Mère Geek dit :

    Ajoute Faber et Mazlich à Filliozat, elles parlent d’aider un enfant aux prises avec des sentiments difficiles.

  2. Sacrip'Anne dit :

    C’est pas qu’un peu la fille de sa mère, voilà 🙂

    Courage. Vous allez le trouver, le fameux équilibre.

  3. Flo dit :

    @Mère Geek: oui merci en effet, je les connais mais je vais peut-être plonger un peu plus dedans!
    @Sacrip’Anne: ça ne l’est pas qu’un peu mais pour ce genre de choses, j’aurais préféré qu’elle soit la fille de son père 😉 Mais oui, j’ai bon espoir 🙂

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