Beaucoup trop tôt….

A ma naissance, on lui a demandé, telle une fée, de se pencher sur mon berceau. Elle fut la plus merveilleuse des marraines que l’on puisse souhaiter à une petite fille, à une adolescente, à la (jeune) femme que je suis. Elle a été là, infaillible et comme un roc tout au long de ma vie. Aussi loin que mes souvenirs me portent, elle n’est pas loin. Au centre de la photo ou juste en bordure, mais elle est toujours là et présente, si ce n’est physiquement, au moins dans mes pensées.

Elle est celle qui a passé de longues heures à me lire des histoires le soir, à m’apprendre les jeux de société auxquels n’avaient pas envie de jouer mes parents. A m’apprendre à perdre aussi, ce qui ne fut pas une mince affaire. Elle est celle qui m’a encouragée sur les pistes. Et puis dans l’eau. Sous son regard, j’avais envie de me dépasser. De faire aussi bien que ses neveux plus grands que moi, mais dont elle me racontait tout.
Elle avait tout lu, sur tout. On lui parlait d’un livre qui venait de sortir, elle l’avait déjà fini. Depuis quelques temps, j’arrivais à la surprendre en lui offrant des romans qu’elle ne connaissait pas et qu’elle appréciait, et c’est l’une de mes petites fiertés.

Elle est celle, baroudeuse au plus profond de son âme, qui a semé le désir et la passion du voyage en moi. Elle revenait 2 fois par an avec des kilos de photos plus merveilleuses les unes que les autres, qu’elle nous commentait et nous détaillait. L’Afrique n’avait plus de secret pour elle, elle savait tout de l’Asie, l’Europe était son terrain de jeu. Elle a posé les pieds en Amérique du Nord sans forcément trop s’y arrêter, un peu plus en Amérique du Sud mais je sais qu’elle voulait se rattraper. Je rêvais avec elle de ses nouvelles destinations, elle lisait tout sur le sujet avant de partir, avait une culture incroyable des populations, des pays et de tout le reste.

Je me souviens de soirées entières de fou-rires. Où ma mère et elle me narraient leurs aventures de jeunesse. Leurs bêtises, leurs folies passagères. Ces autres moments aussi où elles m’emmenaient découvrir le théâtre, l’opéra. Nos longues discussions qui suivaient, pour analyser la pièce ou l’oeuvre, et expliquer pourquoi ça nous avait plu, ou déplu.
Et puis ces merveilleux cadeaux d’anniversaire, où elle m’emmenait arpenter la Suisse. Avec elle, j’ai couru derrière tous les trains, tous les bateaux possibles. On avait beau partir en avance, il y avait toujours un contretemps. Et ça se terminait en rires, en sueur et in extremis.

Elle venait 1 à 2 fois par semaine à la maison. Toujours plus tard que l’heure fixée. Ma mère me disait « ta marraine vient ce soir. Je lui ai dit 19H, je pense qu’elle sera là vers 19H30 ». C’était exact. Elle arrivait, sonnait, je me précipitais vers la porte pour lui ouvrir. Elle déboulait, petite femme souriante, très vite plus petite que moi. Et me disait « Bonsoir. Oui ça va mais je suis é-pui-sée ». C’était un rituel immuable, on en riait tous. Et puis on s’installait dans la cuisine pour l’apéro. Avec elle, on avait droit aux flûtes, aux petits biscuits salés. Quand j’ai grandi, j’ai pu partager un verre d’alcool quand elle était là. On se racontait les potins. Je lui parlais de l’école, puis de la Fac. De mes interrogations, de mes sujets, de mes examens. Tout l’intéressait, elle m’aidait, me donnait des pistes. Elle m’a forgée. Elle m’a éduquée, à sa manière. Non pas comme une maman, mais comme une marraine, prenant son rôle au sérieux et tellement à coeur même si ça semblait si naturel pour elle.

Il y a pile un mois, j’étais avec elle. Merveilleusement heureuse qu’elle me permette d’offrir à ma fille ce qu’elle m’a offert. Ce temps si paisible au bord de la mer, dans cet endroit incroyablement spécial et paradisiaque. On parlait encore de tout.
Il y a un mois, je partais nager avec elle en mer. Et je la laissais finir, elle nageait au minimum 30 ou 40 minutes 2 fois par jour. Moi je décrochais, je retournais à la plage pour retrouver ma fille, libérer mes parents.
Il y a un mois, on papotait sur la plage, on faisait des châteaux avec ma mini-miss. Je lui redisais combien ce lieu était porteur de souvenirs d’enfance fabuleux pour moi. Je la remerciais, au moins ai-je pu le faire.
Il y a un mois, j’ai encore loupé un bateau avec elle. J’ai éclaté de rire, je lui ai dit que décidément l’histoire se répètait. Et que grâce à elle, j’avais droit à un tour supplémentaire, en sa compagnie, et que ça me plaisait.
Il y a un mois, je l’ai embrassée avant de remonter dans la voiture. Je lui ai dit « je pense qu’on se reverra à Noël, je pense qu’on le passera chez mes parents cette année ». C’était inconcevable de ne pas la revoir à chaque occasion de remonter chez moi. Du moment qu’elle n’était pas en vadrouille quelque part au bout du monde. Et que je savais, dans ce cas, que je recevrais immuablement une carte postale splendide et soigneusement choisie. Avec quelques mots au dos narrant les principales étapes, les émotions qui s’en dégageaient. Et pour me faire rêver, bien sûr, elle le savait.

Et puis il y a une semaine il y a eu ce coup de fil. C’est peut-être la première fois de sa vie qu’elle a été en avance. Elle est partie pour le dernier, le plus long des voyages, et cette fois c’était beaucoup trop tôt. Elle n’a même pas eu à courir.
Et moi je suis là, à écrire des mots à son sujet, mais je n’arrive toujours pas à le croire. Toujours pas à imaginer que je ne l’embrasserai plus, que je ne lui raconterai plus jamais les derniers événements de ma vie. Qu’elle ne sera plus là pour voir grandir ma fille, ni pour tout ce qui va venir et que je voudrais partager avec elle…

PG3Et ce regard perçant mais si bienveillant sur moi  qui va tant me manquer….

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Une réponse à Beaucoup trop tôt….

  1. Sacrip'Anne dit :

    Câlins, va. (Et que ta fille te ressemble, je confirme).

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