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Archive de la catégorie Bugs

Chronophagie

Je ne sais pas, c’est un terme à la mode, et puis je trouve qu’il me correspond bien ces temps-ci.

Je me débats dans mon planing. Je ne suis ni la première, ni la dernière me direz-vous, mais comme ici c’est chez moi, eh bien je décide de ce dont je vais me plaindre, et vous en subissez les conséquences. Mes sincères et plates excuses.

Donc oui, je me laisse bouffer. Et pourtant je ne suis pas maman. Ni ministre. Ni présidente, ni rien. Qu’est-ce que ça serait sinon.
Il s’avère simplement que je suis dans une période bilan. Bilans même, au pluriel.
Sur ma vie professionnelle et le tournant que je veux lui donner (ça, ça fait un moment que ça dure)
Sur les projets et les priorités que je veux mettre en place (conséquence de la phrase précédente)
Sur mes manques personnels également (professionnels forcément, puisque j’essaye de changer les choses)

Comme souvent dans la vie, les opportunités arrivent par grappes. Par trains ou wagons entiers comme ça, paf. On traverse de longs longs déserts, dans lesquels on désespère de pouvoir faire bouger un seul petit cactus. Et quand arrive l’oasis, d’un coup, c’est le tremblement de terre. Des choses inimaginables peu de temps avant nous tombent dessus, et le pire, c’est que ça nous paraît tout à fait cohérent, logique, faisable. Donc on saisit l’opportunité, parce qu’on le sait tous, quand ça se présente, il ne faut pas laisser passer. On ne sait jamais si (et quand) ça pourrait revenir.

Fin 2009, début 2010, j’ai donc saisi des opportunités. Une, essentiellement: celle de me former dans ce qui m’intéressait, d’enfin concrètement me décider, oser, me lancer. Moyennant une coquette et substantielle somme (soit, bon, le jeu en valait la chandelle et je pouvais plus ou moins le tenter), mais aussi le sacrifice de 2 soirées par semaine. Ce qui, au moment de l’inscription, ne me posait guère de souci: cher et tendre travaillait de soirée toute la semaine, j’avais donc largement de quoi remplir mon planing pas trop chargé (à l’époque).

Entre temps, eh bien beaucoup de choses ont changé: cher et tendre est passé de journée (et même plus encore mais c’est un autre débat), nous offrant enfin des soirées ensemble, une “vraie” vie de couple (je mets cela entre guillemets, cette définition étant aussi variable que le nombre de couples sur cette planète, je le sais bien), et les finances deviennent un tout petit peu plus aléatoires. Rien de grave, mais de quoi faire attention en tout cas pendant un petit moment.
En attendant, je ne regrette pas un seul instant mon choix, ma décision. Mes envies n’ont pas changé, j’ai même mis en plein dans le mille sur cette formation, et je suis ravie.
J’ai quand même hâte d’être au mois de Juin, date de fin, et de retrouver une certaine liberté de toutes mes soirées, afin de pouvoir mieux les répartir. Mais je ne me fais pas plus d’illusions non plus: après cette formation, d’autres obligations surviendront, ce n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Je reste donc sur ma faim. Sur le temps que j’offre à mon couple (et à la vie familiale, je n’oublie pas Miss Blondinette), parce que mon boulot m’épuise, et ne me laisse pas suffisamment d’opportunités de rtt et de vacances partagées, mais aussi beaucoup sur le fait que mes amis, là au milieu, peinent à se retrouver au centre de mon quotidien. Enfin, au centre avec tout le reste.

Voilà donc le problème posé: comment offrir une attention, et du temps égal à: une reconversion professionnelle, un couple heureux et harmonieux, une petite fille de 6 ans, et des amis qui n’ont jamais fait défaut?
Sachant qu’une journée fait 24 heures, une semaine 7 jours, un mois entre 28 et 31, une année 365, et moi là au milieu, ça me fait trop de mathématiques et je suis perdue!

Je le prends sur le ton de la plaisanterie, mais la question reste grave. Luc parle merveilleusement bien des notions de priorités, du temps, de la motivation. Je vous invite à lire ses articles, qui font particulièrement écho en moi actuellement.
Les recettes, je les ai: trouver et définir mes impératifs, comment aussi mieux équilibrer mon planing (souvent, de bien petites choses -je vous interdis de dire bloguer!!- nous font perdre un temps dont on a peu conscience) et consacrer plus de temps à mes essentiels.
J’ai la recette, donc, et les ustensils. Mais j’ai beau goûter, pour l’instant, ma soupe a franchement un goût amer et il y manque un sacré nombre d’ingrédients!!

Petite et grande consternation

*Mon grand yaka n’a pas une once de fierté. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais quand on y réfléchit un peu plus longuement, on réalise à quel point déjà c’est rare, mais surtout c’est handicapant.
Bien souvent, on réagit par excès de fierté, on se met dans des situations délicates parce qu’on ne fait pas assez preuve d’humilité. Mais ne pas en avoir?

Ne pas en avoir, c’est accepter de se contredire, de façon littérale et évidente devant ses collaborateurs. De dire blanc à 10H05, et noir à 10H30, aux mêmes personnes. Le tout, sans sourciller, en regardant droit dans les yeux, et en se demandant pourquoi les autres les font si gros, ces yeux.
Ne pas en avoir, c’est prendre un rendez-vous avec un client difficile, reposer le téléphone en fanfaronnant “je ne céderai pas d’un pouce, il n’y a pas moyen, ce type se fout de nous, il ne se rend pas compte de l’énormité de ce qu’il nous demande”.
C’est revenir du rendez-vous en disant “on va faire un avoir, on va écrire tel courrier et comprendre ce qui ne fonctionne pas”. Précision étant que le rendez-vous n’a pas du tout permis de clarifier une situation (ou révéler une erreur de notre part), mais simplement pour notre grand yaka de retourner sa veste, parce que la confrontation frontale n’est jamais à son avantage, puisqu’il se fiche de l’issue. Et au passage, donc, il désavoue publiquement un collègue, le ridiculise devant son propre client, le foule aux pieds des principes les plus élémentaires d’une relation commerciale.
Ne pas avoir de fierté, c’est laisser toute son équipe partir en vrille tant qu’il sauve sa peau, c’est accepter devant une assemblée entière d’être moqué, c’est ne pas réaliser qu’il est traité de façon méprisante alors que bon dieu, il est directeur d’agence.
Ceci n’étant qu’un exemple flagrant de nombreuses autres petites ou grandes actions qui surviennent quotidiennement. Et qui hurlent toutes ce même message: comment travailler avec quelqu’un, quand sa façon de faire, d’être, est aussi loin de nos propres fondamentaux, de nos essentiels? Et pire encore, quand en plus il est supposé être un responsable??

*Au-delà de ma petite personne, j’assiste, consternée, à l’esprit contestataire généralisé qui se manifeste dans une région que je ne peux pas prétendre bien connaître, mais dans laquelle j’ai habité pendant 4 ans.
Je parle de ce sujet d’actualité .
Que, là aussi, la provocation publique fasse partie de l’esprit de la région, que ce soit un moyen pour les habitants de faire passer un message qui soit en substance “fichez-nous la paix et mêlez-vous de vos oignons”, c’est déjà pour moi contestable (dans sa façon de faire), mais soit. Que cet homme ait fait de grandes choses pour Montpellier et la région, je ne le nierai pas, je les ai vues de mes yeux, appréciées pendant de longs mois, comprises brièvement au cours de mon passage là-bas.
Mais lui offrir une telle impunité, faire fi de telles déclarations, pousser la provocation jusqu’à laisser se représenter cet homme public supposément donc responsable de ses actes et ses dires, et qui plus est le plebisciter, non, je ne peux pas comprendre.
Je ne peux que déplorer l’image que la région offre aux regards extérieurs, mais aussi la généralisation que beaucoup doivent faire (et que je combats moi-même difficilement) en parlant de l’état d’esprit qui y règne. Non vraiment, si un montpellierain pur souche passe par ici, qu’il n’hésite pas à expliquer, à justifier, à m’offrir des arguments qui me permettraient de défendre une prise de position que je ne peux actuellement cautionner dans aucun cas de figure, malgré ma meilleure volonté. Et j’ai beau savoir qu’il ne faut pas se fier aux sondages, ces résultats doivent quand même vouloir dire quelque chose, non?

Et de ces 2 sujets, je ne préciserai pas lequel est une petite consternation, et l’autre la grande. Je ne saurais le trancher moi-même à vrai dire…

Petits cailloux, encore, encore…

-J’avais écrit un long billet pour me plaindre, et je ne suis pas certaine de le publier, parce que malgré tout je me sens honteuse et que ce serait à nouveau voir le verre à moitié vide.

-N’empêche, j’ai quand même une dent certaine contre ma banque et celle de mon homme, qui sont en train de nous expliquer que les 2 petits jours dont on rêvait au ski, au soleil, dans la neige, loin de tout et juste pour se ressourcer, ça risque de devenir impossible. On ne demande pas la montagne, juste de pouvoir y aller, pourtant!!

-J’ai beau essayer d’être sage et obéissante, y’a des fois où j’ai très envie de me révolter. J’ai beau penser que je n’ai vraiment pas à me plaindre et que j’ai plein de belles opportunités, là c’est une goutte d’eau qui fait déborder le vase, un renoncement de trop en trop peu de temps. Ca passera, ou pas.

-Je vis depuis quelques séances des cours assez impressionants d’intensité. Sur un protocole qui, au départ, ne m’enthousiasmait pas plus que ça. Mais soit j’arrive à me sentir suffisamment à l’aise pour vraiment rentrer pleinement dans l’action, soit c’est ma fois une technique qui me convient bien. Envolées les appréhensions du premier cours, et même, en sortant de là, j’ai parfois un sentiment de frustration tant j’aimerais rentrer encore plus au coeur du sujet et ne pas m’arrêter qu’à l’aspect bien être.

-A ce sujet, j’ai justement servi de cobaye hier pour l’une des démonstrations. Ca ne m’arrive pas souvent, par choix personnel, mais hier, j’ai compris le bonheur de se faire masser par un professionnel qui a ce qu’on appelle une “vraie main”. Ca appuye juste là où il faut avec la bonne énergie, et précisément comme on l’espère. Je rêverais d’avoir son toucher, je rêverais d’avoir son instinct, je rêverais d’en savoir plus…

-Je suis contrariée, raison pour laquelle je n’arrive pas à rédiger un véritable billet du début à la fin. Ca fait partie des phrases récurrentes que je pourrais garder dans un coin pour les recoller régulièrement ici.

-Quoi qu’il arrive, ici ou ailleurs, chez nous ou à la montagne, la semaine de vacances avec mon amoureux sera merveilleuse, je le sais et j’en suis persuadée. J’ai encore une montagne de boulot à faire (à laquelle je ferais mieux de m’atteler plutôt que de blogger), et le vendredi risque d’être très long, mais que c’est bon de se dire “demain je suis en vacances”!

C’est tout pour aujourd’hui, et déjà bien suffisant!

Un peu spéciale

Depuis un peu moins d’une vingtaine d’années (quand même), je bataille contre quelques contrariétés physiologiques qui n’ont rien d’exceptionnel mais qui pourrissent quand même facilement le moral.
Je ne suis pas en grave danger, je n’ai aucun diagnostic alarmant, je ne suis “qu’une parmi d’autres”, mais qui, pas de chance, présente quand même, avec le temps, un petit casse-tête pour le corps médical.

Je sors ce jour-même d’une consultation de routine, d’un rendez-vous de contrôle. Après un énième choix arrêté, assumé, et une nouvelle tentative lancée, je me rends au cabinet, plutôt sereine (de façade cependant), et à la classique question du “comment allez-vous”, je ne réponds pas dans un élan enthousiaste, mais je ne m’effondre pas non plus dans mon fauteuil. Ca va, mais c’est pas top. Comme depuis 20 ans. En gros, quand on arrive à faire tenir les murs, le toit se fissure, quand le toit est réparé, on découvre des fuites dans la plomberie, et une fois que ces fuites sont colmatées, nous voilà avec des problèmes de fondation.

Mon toubib ne se départit ni de son calme, ni de son assurance. Procède à l’examen de contrôle, dans lequel je plaçais le très vague espoir de découvrir un petit problème, qui aurait pu être solutionné et qui aurait donné l’explication des inconvénients.
Que nenni. Patiente répondant parfaitement au protocole.

Soit, n’empêche. J’ai quand même des soucis, j’ai beau chercher, je ne trouve pas de solution. Je ne suis pas trop du genre à attendre qu’on me tende le repas sur un plateau, mais en matière de médecine, même avec la meilleure volonté et beaucoup d’auto-information, je peine quand même à tout solutionner par moi-même.
Le doc me tend une ordonnance. Me donne une ou deux suggestion. Me recommande la patience. N’y croit guère, mais ne peut pas mieux faire.
Pendant qu’il rédige, je prends mon courage:
“Mais quand même, rassurez-moi, je ne suis pas si exceptionnelle que ça, je ne dois quand même pas être un cas isolé”.
Petit silence.
“Non, il y a d’autres patients dans votre cas. Mais je dois reconnaître que vu que vous ne supportez quasi rien, vous êtes quand même un peu spéciale….”
Rire gêné. Echange de plaisanteries. Je ne perds pas la façade, mais derrière, une petite partie de moi s’effondre. Je ne lui en veux pas à lui, mais je sens bien que je mets le doigt sur une énigme, que je touche à la sacro-sainte partie de la médecine étiquetée “sans solution” et que tout médecin évite soigneusement.

Deux minutes chrono plus tard, je suis dehors après une franche poignée de mains “Essayez ce qu’on a décidé, patientez, et sauf si ça va vraiment mal, on se revoit dans 6 mois pour faire le point”.
Je me retrouve sous le soleil, désemparée. Alors, c’est ça la médecine moderne? Quand il n’y a rien de grave, quand rien de vital n’est engagé, c’est ainsi qu’on répond aux patientes perdues, parce qu’elles ont l’impression d’avoir à systématiquement choisir entre la peste et le choléra: “vous êtes un peu spéciale”?

Ca fait des années que je cherche une solution. Que je fais des infidélités à tous mes médecins, pour désespérément tenter de trouver la bonne explication. Je cherche la cause, le terrain, et j’essaye de traiter les symptômes. Mais jamais, depuis bien longtemps, je n’ai eu à ce point l’impression d’être totalement incomprise, et surtout, laissée à moi-même…Rien de grave, donc pas de quoi se creuser la tête et discuter plus longtemps…

Too much

Ca monte, je le sens, dans le dos, dans le ventre, ça me tord les boyaux, ça me serre la gorge.
Ca fait beaucoup, il y a des jours comme ça, où on est trop perméable, trop éponge, la distance à garder nous paraît impossible à établir, tout est pris comme un coup dans le plexus, une forme d’étouffement brusque, soudain.

Ce sont des petits riens cumulés, qui font un trop plein. Un ras le bol, un raz de marée.
Hier, pelotonnée dans les bras de mon homme, je lui disais que ça y était, j’en avais assez, je sentais mes limites arriver. Aujourd’hui, en écho à mes doléances, rien de plus que d’habitude, juste l’incapacité à garder le sourire, à gérer. L’humeur à l’image de la pluie de ce matin, mais les rayons de cet après-midi ne parviennent que difficilement à me redonner le sourire.

Ce n’est pas si grave, ça passera, comment, quand, je l’ignore. Cette envie qui me grignote, qui me ronge depuis quelques temps, de toute envoyer balader, cette recherche en moi, introspection plus douloureuse que constructive. Il y a des bases solides, et au-dessus des murs en papier mâché, si fragiles, que je peine tant à consolider.

La perspective des vacances assez soudaines, rapprochées, apporte du baume sur la blessure. Besoin de prendre l’air, de respirer à plein poumon, de refermer une porte et de me consacrer à mes essentiels.

Je grince, je ronchonne, je gromelle. Je n’écrirais que pour en rajouter, alors même ici je me tais, ici où pourtant ce serait, peut-être, un soulagement de m’exprimer…

Cocon de précaution

Vendredi dernier, donc, l’alerte était orange sur notre belle ville pour chutes de neige importantes.
Il a fait lourd et noir toute la journée. Ca sentait la neige, comme on le dit dans mon pays natal, et on savait que ça allait tomber. On laissait juste à monsieur météo le soin de choisir quand.
Pour autant, la ville entière a fonctionné au ralenti. Ca circulait sur les routes comme un jour de vacances scolaires: peu de voitures, beaucoup de personnes ayant dû poser leur journée pour éviter de renouveler la catastrophe du 18 Décembre dernier. Pire encore: ramassages scolaires annulés, camions bloqués sur l’autoroute de façon préventive, et certains collèges se sont même offerts le luxe de ne pas dispenser de cours, offrant à plusieurs élèves un week-end prolongé inespéré (pour aller faire les soldes?)
Les flocons, eux, ont sagement attendu 18H, le moment où tout le monde était quasi chez soi, pour commencer à tomber. Et on peut dire que c’est en milieu de soirée que la circulation a commencé à devenir sportive.

Tout cela, donc, au nom du principe de précaution. Cher à notre gouvernement, et tellement à la mode ces derniers temps. J’entendais hier à la radio un quidam rieur, originaire des Vosges, et bloqué à Paris devant un lieu fermé pour “cause de neige”, déclarer qu’à force d’appliquer ce cher principe à toutes les sauces, on allait enfermer les gens dans un cocon. Ce n’est pas nouveau, mais ça a sonné très juste à mes oreilles.

Le pays a été tellement traumatisé par certains drames, qu’il ne faut certes pas minimiser (sang contaminé, canicule), que désormais on veut appliquer la politique du risque zéro. A l’image de nos voisins d’outre atlantique, se protéger à tout prix, ouvrir le parapluie. Surtout, surtout qu’on ne vienne pas nous faire de reproches de négligence! On préfère faire ingurgiter à la population des vaccins avec adjuvants douteux, plutôt que d’affronter une maladie qui, pourtant, dans le reste du monde, ne semble pas plus mortelle qu’un simple virus saisonnier.
Surtout surtout, on préfère paralyser tout le monde “par anticipation”, plutôt que de mettre les moyens dans les dégagements de chaussées, dans du préventif utile (salage, sablage).
J’ai été bloquée ce fameux 18 Décembre. C’est sûr, je n’avais pas envie de revivre l’enfer d’un bouchon d’1h30 pour finir par faire demi-tour. Mais je préfèrerais mille fois me rassurer en me disant que si je suis coincée, un chasse-neige viendra dégager la route, plutôt que de prendre une journée de congé préventive, que je pourrais bien mieux occuper un autre jour.

Au-delà de nous adultes, je constate aussi que cela devient une manie dans l’éducation. Je constate de l’extérieur, n’ayant pas d’enfant moi-même. Et n’étant pas maman, je ne sais pas non plus ce que c’est de tenir instinctivement, animalement, à la chair de sa chair. De vouloir lui éviter à tout prix les soucis, la douleur, la tristesse. J’aime infiniment Miss Blondinette, mais pas comme sa maman, je ne pourrai jamais ressentir cela sans vivre moi-même un jour, sans doute, l’aventure depuis le début.
J’ai été néanmoins interpellée par une habitude qui a été donnée à la puce, dans son école, et qui se résume plus ou moins ainsi: si un camarade t’embête, tu rapportes à la maîtresse. Pour qu’elle puisse prendre des dispositions en conséquence.
Soit. C’est tendancieux, et je ne m’y fais pas. Du point de vue des parents (après discussion-débat avec son papa donc), c’est légitime: c’est important pour eux de savoir que leur enfant est en sécurité, c’est important qu’il soit soutenu par un adulte, c’est important qu’un enfant qui fait une bêtise ne reste pas impuni, quelle que soit la teneur de la “punition”, laissée bien entendu au bon jugement de la maîtresse.

Moi, je le vois d’un autre point de vue: d’une non-maman, d’une ancienne petite fille qui a été traumatisée en cours de récré par un garçon, qui a été harcelée au point de me terroriser pendant bien longtemps. Et pourtant, il ne m’est jamais, jamais venu à l’idée d’aller rapporter à la maîtresse les coups et les railleries dont je faisais l’objet. J’aurais dû, peut-être. Probablement que si cet enfant avait été puni (mais comment, la situation était de toute façon compliquée puisqu’il était aussi mon voisin de palier), probablement que si un adulte m’avait dit “tu as eu raison de venir nous voir”, bien des choses dans mon comportement, mes peurs, auraient changé. Ca ne s’est pas fait.
Inversément, ça a forgé mon caractère, et ce que je suis devenue aujourd’hui. Bien sûr, je ne souhaite à personne, pas un seul enfant, de vivre ce que j’ai vécu étant moi-même petite. Mais dans une moindre mesure, une cour de récré, c’est aussi un lieu de chamailleries; c’est un lieu où on apprend les relations sociales. Les jeux de pouvoir, les influences, les amitiés et les trahisons. Bien des choses s’y vivent, des petits aux grands drames. Jamais je n’aurais voulu aller rapporter même une moquerie de la part de mes camarades. J’aurais été très vite étiquetée comme la “rapporteuse”, ça ne se faisait pas, ce n’était pas dans nos conventions. J’étais dans une banlieue très chic de ma ville, et pourtant, à l’école, on réglait nos comptes (très enfantins et très futiles, je vous rassure) entre nous. On laissait les adultes en-dehors, les parents aussi. Si on se faisait attraper, tant pis pour nous.
Qu’offre-t-on à ces enfants à qui on apprend à de suite aller se plaindre? Un enfant de 6 ans ne peut pas juger ce qui est important ou ce qui est dérisoire. Certes, c’est à la maîtresse de relativiser, et d’expliquer que ce qu’il vient rapporter en vaut la peine, ou non. Mais vraiment, leur rend-on service? A vouloir tant les protéger, à vouloir ainsi leur éviter les coups, de toutes les façons possibles, ce qui part d’un bon sentiment, je n’en doute pas, n’en fait-on pas de potentiels adultes qui ne pourraient vivre hors de ce fameux cocon? Des adultes qui n’oseront pas sortir si la météo annonce un peu de verglas sur les routes, qui préfèreront courir chez le médecin pour soigner un petit rhume, qui, à ne pas savoir ce que c’est de se relever des coups, n’oseront rien vivre pour éviter d’en prendre?

Est-ce qu’en voulant à tout prix éviter les grandes difficultés de la vie, on ne risque pas de passer à côté de ces petits bonheurs qui en font toute la saveur?

Au pays des bisounours..

-Tout aurait été prêt pour l’arrivée quelque peu anticipée de mon beau père: frigo rempli, ménage achevé jusqu’au bout, menus préparés, repassage exécuté, arbre décoré.

-Les voitures auraient relui, bien nettoyées. J’ai rattrapé le coup de justesse, mais seulement aujourd’hui à midi, à l’arrache! C’est la plus grande et la plus sale qui y est passée, mais ce n’est pas la mienne! Et en prime, vu qu’il va pleuvoir, le résultat ne va pas durer longtemps.

-On aurait reçu ce fichu recommandé après les fêtes! Joyeux Noël, mais au moins, on sait à quoi s’en tenir pour 2010!

-Mon cher et tendre n’aurait pas à subir l’enfer d’une grande surface aujourd’hui, et j’aurais pu aider aux courses.

-J’aurais eu le temps d’aller lui acheter son petit cadeau clin d’oeil.

-Je n’aurais pas eu besoin de retourner au magasin pour récupérer celui de mes parents: j’étais toute fière d’avoir tout bouclé la semaine dernière, mais il fallait bien entendu que le produit qui m’intéresse soit en rupture de stock!

-Ledit magasin aurait eu des employés un peu plus concernés par la cohue d’avant fête: et le vendeur qui a pris un soin tout particulier à dégripper son pied d’appareil photo devant tout le monde sans se préoccuper de la file qui s’agrandissait pour des renseignements, l’aurait fait ailleurs, ou plus tard! J’espère qu’au moins il l’a bien vendu, parce que moi, j’ai passé 25 minutes d’hallucination pure à le regarder pendant que j’attendais et que j’étouffais de chaleur.

-J’aurais eu le temps d’aller chercher les fruits confits traditionnels pour ma mère.

-J’aurais une tenue digne de ce nom à me mettre sur le dos le 24 et/ou le 25.

-Mon chef serait en vacances et non pas sur mon dos en permanence.

Mais dans la vie réelle:

-J’ai un homme qui assure comme un chef: appartement rangé et prêt à recevoir 10 personnes, courses quasi terminées, tables montées et positionnées, nouvelle vaisselle lavée et prête à être utilisée, merci à lui, s’il savait combien ça me touche!

-Le cadeau de mon frère, même fait en dernière minute, est une réussite: et le service (qui n’est même pas encore après-vente) dépasse toutes mes espérances! Du coup, ça me donne matière à lui écrire une carte bien particulière!

-La grève de métro est terminée (sisi, on se la joue Parisiens au rabais), les trains circulent, normalement tous les petits canards devraient être réunis en temps et en heure ce soir!

Le stress descend peu à peu, en espérant que ce soit pour de bon. Maintenant, j’ai juste envie d’oublier que je dois encore me lever et venir bosser demain, et j’aimerais pouvoir profiter d’avoir tout ce monde réuni autour de nous pour des fêtes que je peine encore à assimiler. Et profiter de ces moments, parce qu’on n’aura probablement pas la chance d’être très souvent aussi nombreux ensemble.

Je vous souhaite à tous un très doux, très joyeux Noël, illuminé par la présence de vos proches. Qu’il soit blanc ou non, qu’il soit dans le Nord ou le Sud, le 24 ou le 25, l’essentiel est de le savourer….

T’en veux du blogable?

J’ai décidé, moi aussi, de prendre un abonnement hebdomadaire chez le toubib. Sauf que je n’ai pas d’enfants (déjà, ce qui devrait réduire les statistiques), et que non, je n’ai pas la grippe, A, B, C ou D, et que je ne me ferai pas vacciner, mais passons, c’est un autre débat.

Mais comme je suis une fille compliquée (le premier qui dit que c’est un euphémisme sort d’ici sur le champs), et que j’aime surtout me compliquer la vie, j’alourdis un peu la procédure.
En substance, ça se passe comme ça:

-Journée couçi couça, mais c’est lundi, je reste fatiguée malgré le week-end reposant, je ne vois pas de vacances arriver, et les fêtes de fin d’année sont surtout en train de me mettre la pression. Rien de vraiment inhabituel, donc.
-Au moment de partir du travail, je sens la douleur monter, et là plus de doute possible, ça me prend en traître, comme ça, au détour. Je sais ce qui m’attend, c’était la même chose il y a 2 mois, vu la nuit que j’avais passée, pas question d’y replonger, cette fois je ne vais pas m’obstiner. La mort dans l’âme, j’envisage de devoir annuler ma formation pour un rendez-vous chez le toubib.
-C’est sans compter qu’un généraliste par les temps qui courent, c’est un chouilla débordé. Mais la mienne est irréprochable, et accepte de me prendre….tard! La bonne nouvelle, c’est que je peux assiter à une partie de mon cours. La mauvaise, c’est que je sais très bien que je vais devoir aller chercher un médicament juste après mon rendez-vous, et que ça va être la galère. Et pas moyen d’anticiper, ce sera un antibiotique, et donc obligatoirement sur ordonnance.
-J’arrive au rendez-vous pliée en 2. Je patiente une vingtaine de minutes, en observant un petit bonhomme de 3 ans adorable, le nez qui coule, qui réclame une histoire, qui demande quand ce sera son tour, mais qui est sage comme une image. Vu que je sors d’une heure et demi de théorie sur les points d’acupuncture, j’essaye de soulager ma douleur en partie par auto-médication. Ca vaut ce que ça vaut, mais je crois que ça aide. Et puis le point est tellement douloureux qu’il n’y a aucun doute.
-Je ressors de mon rendez-vous ravie: antibiotique, et confirmation que mon otite est toujours bien, bien présente. Oui parce que voyez-vous, je snobe magistralement la grippe, la gastro et toutes ces maladies franchement dépassées, trop communes et banales à mon goût. Moi je fais dans le petit mais furieusement gênant, je fais dans tout ce qui se termine par “-ite” et m’empêche de prendre simplement une aspirine ou du paracétamol pour que ça aille mieux.
-1 seule pharmacie de nuit ouverte pour la 4ème ville de France. Dans toute mon innocence, je me vois y entrer, récupérer mon médicament, ressortir, filer me mettre au chaud, me blottir dans les bras de mon homme, serrer les dents, attendre que ça passe. Evidemment, il n’y a pas de place de parc correcte. J’abdique, finis par me mettre en vrac dans un créneau trop petit pour moi, et enclenche les feux d’alarme. Ce n’est pas pour le temps que ça prendra…
-Eh bien si. Je tourne et vire avant d’appeler la pharmacie pour leur demander de m’indiquer le chemin. Je débarque et me retrouve derrière 20 personnes. Je mets quelques minutes à comprendre la situation, et commence une longue, très très longue heure d’attente, où je me demande toutes les 5 minutes si je pars ou non. Mais non. Je suis arrivée jusqu’ici, ce n’est pas pour m’arrêter maintenant…
-Au fur et à mesure que le temps passe, non seulement je serre les dents parce que la douleur, elle, est toujours là, doublée de l’énervement et de l’épuisement, ce qui fait un joyeux mélange. Je repense à ma voiture, en vrac, et me dis que dans un scénario pas si catastrophe parce que bien réel, je pourrais me retrouver avec une aile avant en vrac, un pv ou une fourrière, et une batterie complètement à plat. Voire les 3 en même temps, puisque ça ne semble pas être ma soirée. Mais je n’ose pas partir pour aller vérifier, je n’ose pas perdre ma place.
-Je constate, même au milieu de ce marasme, qu’il subsiste un minimum de civilité chez ceux qui sont tous embarqués dans la même galère, tous malades, tous là pour la même raison: le pharmacien a beau être débordé, il reste attentif, il prodigue des conseils, il plaisante, il rassure (et je l’admire, oui vraiment, je l’admire, parce que ça ressemble franchement à un concentré de tous les inconvénients d’une profession sans beaucoup de ses avantages). La solidarité joue quand on voit un jeune papa avec un petit bonhomme de 2 ans qui sort de chez SOS médecin juste en face, et vient chercher des médicaments pour l’otite de son fils. Plus d’1 heure de file, c’est ce qui l’attend, et au final il passe devant nous, sur proposition de chacun, parce que le petit est tellement adorable, parce que nous ok, on peut serrer les dents, mais lui, il en bave et il aurait surtout besoin d’aller se coucher.
-Le sésame enfin en main, je sors, je me précipite vers ma voiture. A priori pas d’aile défoncée. Elle démarre au quart de tour, j’en suis tellement surprise que je reste quelques secondes à me demander si c’est bien le moteur que j’entends. Je rentre comme un zombie. Bonne à juste me doucher, me faire réconforter, avaler mon médicament, me coucher. Tant pis pour le délicieux plat préparé avec amour par mon cher et tendre, ce sera pour demain, je n’en profiterais pas suffisamment après tout ça.

J’ai bien dormi, parce que le cauchemar, je l’avais vécu éveillée. Et je sais que la prochaine fois, si l’idée saugrenue me reprenait de retomber malade en soirée, je serais prête à vivre une nuit infernale plutôt que ça. Et puis je n’ai plus besoin de vaccin non plus: avec la concentration de virus qui devaient tournicoter dans la salle d’attente de la pharmacie, si là je ne suis pas immunisée, c’est une cause perdue à tout jamais….

Autoflagellation d’une consommatrice

Hier, le temps était celui d’un 11 Novembre, en pire. Vous prenez la pluie, le brouillard, le froid. Vous mélangez, et vous pimentez. Vous commencez à avoir une vague idée de ce que ça donnait.
J’aime le cocooning, j’aime buller, mais j’ai aussi la bougeotte. J’ai besoin de respirer l’oxygène extérieure au moins une fois par jour. Il faut qu’il tempête, vente et glace pour que je ne mette pas le nez dehors en une journée. Ou que j’aie 38,5 de fièvre, à choix, vu qu’à 38 j’ai les jambes coupées.

Hier, il n’y avait rien de ça. Et j’ai vu, à mon réveil, s’envoler mon espoir de balade dans les champs automnaux. J’ai poussé mon homme à sortir, mais où aller, par un temps pareil?

C’est là que tout s’est enchaîné. Et qu’avant même d’avoir pu le réaliser, je m’étais faite avaler par la société capitaliste, toute crue et sans me débattre:

-En se retrouvant précisément un jour férié dans le centre commercial ouvert sur-bondé, comme si une guerre nucléaire se préparait. Et ce, malgré la pub qui avait été faite sur l’ouverture “spéciale” du jour, et malgré ma promesse, main tendue, qu’on ne me prendrait sûrement pas à aller faire les courses précisément un jour clairement nommé férié.

-En étant coincée à la caisse, parce que oui, sur les 5 articles choisis, il y en avait un qui était indispensable, et que je ne pouvais pas franchement acheter ailleurs, alors que je brûlais de tout poser dans un coin et partir en courant.

-En oscillant entre la caisse “rapide” saturée jusqu’au milieu du rayon congelés (accessible en étant équipés de parkas et bonnets), ou les plus classiques devant lesquelles s’alignaient une dizaine de caddies remplis juqu’à la bordure…

-En finissant par choisir les caisses automatiques. Favorisant donc la disparition de l’humain au profit de la machine, tout cela par manque de patience et parce que le seul but était désormais de sortir de cet enfer le plus vite possible.

-Comme si cela ne suffisait pas, en ayant précisément ce jour-là envie d’un steak frites au petit resto américain sympa juste à côté. Se dire que la chance a tourné lorsqu’on trouve une place juste devant, approcher du restaurant, apercevoir la file d’attente, faire demi-tour séance tenante.

-Et comme je faisais un caprice digne de ce nom puisque je m’étais mis dans la tête que le repas serait un hamburger et des frites, se retrouver au drive-in du coin, et plonger toujours plus bas dans l’estime de soi en se laissant aller à cette faiblesse. Le déguster dévorer devant une série américaine.

-Achever la boucle folle en venant confesser mes erreurs sur ce blog. Croire, donc, que je peux impunément me comporter en odieuse capitaliste, le regretter sur mes pages publiques, et penser que je vais trouver l’absolution. 

Au moins, ça donne de l’inspiration…. 
 

Le soulagement d’une main tendue

Or donc, je suis en pleine ascension de l’Himalaya. Là oui, je me suis carrément attaquée à la chaîne de montagnes, d’affilée.
Ca fait 2 ans que je cherche à poser le mot “fin” au terme d’une histoire qui en a duré 8.
Une histoire qui m’a à la fois affaiblie, et rendue plus forte. Qui m’a détruite, et reconstruite.
Une histoire que je suis prête à assumer, que je m’efforce d’inclure dans ma vie, en lui laissant la place qui lui est due, mais surtout pas plus.
Et depuis 2 ans, je n’y arrive pas. Les choses me résistent.
Au moment où enfin, j’avais pris ma décision, où je cherchais à tout prix à me donner confiance, où j’étais encore tremblante, fragile, j’ai trouvé quelqu’un qui a su être réactif. Une avocate pleine de bonnes intentions, et qui a accepté mon dossier, tel quel, pour une somme tellement modique que j’avais dû le lui faire répéter plusieurs fois avant de la croire.

Les choses se sont passées. Me confortant dans mes décisions, dans ma confiance en moi. C’est allé vite, très vite. Avant le milieu de l’année, tout était réglé, j’avais pris l’autoroute, j’étais arrivée à destination, ou presque. A quelques détails administratifs près, qui ne me concernaient plus directement.

Ces détails administratifs ont grippé les rouages. Depuis la fin de cette même année, j’ai commencé à sentir l’odeur de la fumée. A comprendre que mon éloignement géographique, mon trop plein de confiance en moi allaient me jouer des tours. Que je ne pouvais pas me libérer aussi vite, aussi facilement, de 8 ans d’emprise psychologique, et qu’il allait falloir piocher dans mes dernières ressources. Je devais m’attaquer à des démarches fastidieuses, épuisantes, pour me faire entendre, me faire comprendre. Moi qui ai toujours détesté, et soigneusement évité toute procédure de paperasse trop longue, j’étais en plein dedans. C’est bien connu, à force de contourner un obstacle, on finit toujours par rentrer dedans, il faut savoir surmonter ses démons, et il n’y a qu’en les affrontant qu’on y parvient.

Je me suis sentie très seule, tout au long de ce parcours. J’ai pourtant toujours été entourée d’amis prévenants, de compagnon concerné, et je les en remercie. Mais que peut-on répondre à quelqu’un qui dit “je n’arrive plus à joindre mon avocate, je suis devant porte close devant un problème d’argent qui ne me concerne pas. Je suis directement concernée, mais je n’ai pas de solution”? Moi-même je n’avais pas la réponse, je ne pouvais en demander à autrui. A part ouvrir mon porte-monnaie. Ce que je me suis refusée à faire, peut-être dans une obstination ridicule, mais j’en avais assez. Trop payé, de ma personne, de mes économies qui se sont envolées comme de la fumée. Saturation absolue.

Ces dernières semaines, ce n’était plus l’odeur de la fumée que je sentais, mais l’incendie que je voyais clairement s’allumer. Coincée par des démarches bloquées pour des raisons de papiers d’identité qui n’étaient pas à jour, j’étais dans l’impasse.
Pour être parfaitement juste, je n’ai pas passé ces 2 dernières années en étant tous les jours au téléphone ou à faire des courriers. Mais c’était dans un coin de ma tête, pas très loin. Ca revenait, de façon récurrente, comme une marée montante et descendante, comme un petit caillou dans la semelle, qui roule et gêne, non pas à chaque pas, mais de manière répétitive. J’avais beau secouer le soulier, rien n’y faisait.
Et puis, de plus en plus, ce besoin de me reconstruire qui passait par la clôture de ce dossier. Remettre chaque case à sa place, enfin regarder vers l’avant, cesser d’être tirée en arrière. Je vis actuellement trop de belles choses pour accepter de les noircir, de les assombrir par ces souvenirs désagréables. J’en suis épuisée.

De mésentente, le dossier est passé en litige. Je ne peux en vouloir à mon avocate, et son impression de s’être fait flouer: elle a voulu aider, contribuer. Elle s’est fait avoir. Ce qu’elle n’admet pas, c’est que moi aussi, je suis victime. Je n’avais pas prévu qu’elle serait traitée ainsi. Je ne l’ai pas prévenue, parce que dans mon ignorance, dans mon envie de vouloir faire les choses vite, et d’en finir une bonne fois pour toutes, je n’avais pas envisagé que ce n’était pas le souhait de tout le monde. Et que bloquer pour le plaisir était préférable à solutionner pour sainement tourner la page. Ca n’a jamais été sa façon de faire.
J’ai essayé de la joindre. Mail, téléphone. Barrages. J’ai compris que je n’aurais plus rien. Et que peut-on faire, lorsqu’on s’embarque dans un litige contre une personne qui connaît la loi comme sa poche? Je ne comprends pas le premier mot de son jargon, elle se régale à l’étaler pour me noyer.
Ce qu’elle n’a probablement pas prévu, c’est que tel un diesel, j’accepte longtemps les compromis, mais lorsqu’une limite est dépassée, je me transforme en cocotte minute. Je pioche dans ma rage de désespoir hargne une énergie insoupçonnée, qui me ferait soulever des montagnes. Je me transforme en Pitt Bull, je n’ai plus d’états d’âme. J’oublie que j’ai peur, je fonce, tête baissée. Enfin.

Puisque personne ne pouvait m’aider, j’ai empoigné mon téléphone. J’ai appelé, 5 personnes, 10. Je me suis baladée d’un palais à l’autre, d’un service à un autre. J’ai appris par coeur les musiques d’attente, j’ai répété mon laïus, encore et encore. J’ai atterri à Paris. On m’a expédiée en 10 secondes. Avec demande d’un courrier. J’ai pensé un instant “ça ne marchera jamais, ça va se perdre”. Je l’ai fait quand même, j’aurais dû y monter moi-même, je pense que j’y aurais sérieusement réfléchi. Moins de 2 semaines plus tard, j’obtenais le papier que je voyais comme mon sésame.

A cet instant, j’ai vu le bout du tunnel. J’ai contacté l’administration finale, celle qui devait enfin m’offrir le réel Graal. J’ai fait mon courrier, tout expliqué. Pour retomber une fois de plus le bec dans l’eau. Retour à la case de départ, l’ordre officiel ne pouvait provenir que de mon avocate, qui refusait toujours de me parler.
A la différence près que je suis tombée ce jour-là sur la responsable du service. Un ange, un cadeau du ciel. J’ignore si elle a vécu la même chose que moi, ou si mon histoire l’a particulièrement touchée, ni pour quelle raison. Elle fait pour moi depuis un mois des choses qui dépassent de loin ses compétences. Elle m’a tendu la main, m’a appuyée dans mon combat. Elle fait pression de son côté, m’a confortée dans mes convictions: je n’ai pas à payer au sens propre du terme pour des démarches qui me sont dues. Je n’ai pas à payer au sens figuré du terme pour un litige qui ne me concerne pas. Ca n’a que trop duré, mon avocate outrepasse ses droits, et surtout ses devoirs.

Si vous saviez (mais vous savez, qui n’a pas vécu ce genre de parcours ubuesque?) comme ça fait du bien. D’enfin être 2, savoir que l’énergie est partagée. J’ignore quel est le but de ma sauveuse. Si ce n’est de me donner satisfaction, alors qu’il n’y aura même pas de rémunération. De faire son travail bien, au-delà du bien, mieux que bien.
Elle m’a appelée ce matin, après ma dernière colère, où j’en suis arrivée à mettre en demeure un avocat. Sans gêne, mais avec une pointe d’appréhension quand même, je suis forcée de l’admettre.
Elle m’a offert un peu de légèreté, en m’annonçant qu’elle m’appuyait une nouvelle fois. Et que jusqu’à la date butoir que j’avais fixée, elle allait de son côté harceler le cabinet. Et leur faire comprendre qu’il allait falloir accélérer les démarches, et zapper quelques obligations intermédiaires qui n’avaient plus lieu d’être, 2 ans après (!!)

Alors oui, le soulagement ressenti lorsque j’ai entendu cette jeune femme qui a décidé de m’aider méritait bien une note. Parce que c’est ma première façon de lui rendre hommage, de la remercier, même si elle ne la lira probablement jamais. De me convaincre qu’on peut traverser beaucoup d’épreuves, mais qu’elles ne prennent réellement de sens que le jour où ces expériences nous permettent, à notre tour, de tendre la main.
Ce qu’elle ignore, c’est que même si l’issue de ces démarches m’importe, même si néanmoins ce que je tente, en dernier lieu, échoue, je lui serai éternellement redevable. Parce qu’elle a été là, elle m’a entendue, elle m’a épaulée. Et là, c’est sûr, la boîte de chocolats sera sur son bureau pour les fêtes de fin d’année.
Si je le pouvais, j’irais l’embrasser. Mais elle est un peu loin….