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10.3.2010 par Flo.
En 2003, je suis arrivée dans le Sud, celui qu’on attendait, qu’on espérait, qu’on appelait de nos voeux; j’y suis arrivée en quittant un boulot franchement pas génial à Paris, mais qui avait au moins l’avantage de m’occuper et tout à fait accessoirement (c’est un euphémisme) de me ramener un salaire. Pas mirobolant, loin de là, j’ai connu les joies du Smic, mais c’était quelque chose de fixe, régulier, mensuel.
Dans le Sud, à Montpellier pour ne pas la nommer, je suivais mon mari, qui avait enfin obtenu une mutation dans sa région d’origine. Le déménagement a été aussi soudain que l’administration sait le faire: au mois de Juin, téléphone pour nous annoncer que Août nous verrait arriver à Montpellier. On a négocié un tout petit mois de battement, mais après, c’était “tu prends ou tu te tais, et surtout tu n’auras plus rien”.
On a pris.
On avait un peu de famille là-bas, lui en fait, et pas en très bon terme. Il a fallu à l’arrache essayer de trouver un appart, un garde meubles, ça a été épique, on en rirait si on était encore ensemble, si tout le reste s’était mieux passé: arrivés sur place sans rien, hôtel 1ère classe pour les 2 premières nuits, visiter des taudis et des horreurs à des prix indescriptibles, puis enfin tomber sur une opportunité, un petit 25m2, ça nous a fait tout drôle après le HLM de cité parisienne de 75m2. On s’est adaptés.
J’avais droit aux Assedics, j’étais mariée, je suivais mon conjoint en mutation professionnelle, l’un des rares cas de démission qui ouvrent droit aux indemnités. Une fois posés avec une adresse, quelques meubles et un peu de courage, j’ai donc entrepris mes démarches d’inscription, mais surtout de recherche d’emploi.
Je me retrouvais dans une région totalement inconnue, pas de réseau social, un plan de carrière franchement aléatoire. Un CV pas évident à défendre (des études à l’étranger, une équivalence difficile à expliquer, un manque d’expérience que je compensais par de très bonnes études, mais en France, si on ne sort pas d’une grande école, ça vaut des cacahuètes et demi).
J’ai profité un peu de ces vacances forcées. Pour me (re)poser, faire le point, bilan de compétence, travail d’un projet, le parcours évident d’une recherche d’emploi classique.
Puis le temps a commencé à devenir long. Pas d’amis, des difficultés à se faire des relations. Et surtout, mon caractère qui faisait que je voulais travailler, occuper mes journées, j’avais besoin de mon salaire, j’avais besoin de me sentir utile, j’avais besoin de travailler.
Ne trouvant rien dans l’immédiat, j’ai accepté l’offre d’un poste à temps partiel en restauration, dans le petit village au bord de la Méditerranée où nous habitions (celui de toutes les chansons, celui qui désigne le bord de mer dans la région). C’était à 5 minutes à pied de chez nous, et surtout ça m’occupait. Et puis c’était une bonne expérience. Pas un travail de restauration trop touristique, une petite table d’hôtes plutôt intimiste, un patron haut en couleurs (et en largeur), une clientèle raffinée, j’y ai appris le goût du poisson, sa découpe, j’ai découvert les huîtres, le plaisir de la bonne chair, et des aliments frais et simples.
Je n’ai jamais aussi bien gagné ma vie: je touchais mon indemnisation, et oui j’ose le dire, j’étais payée à 80% au black pour le travail que je faisais. Ca faisait du bien, du beurre dans les épinards, on en avait bien besoin, et j’estimais que je pouvais en profiter un peu, ce n’était serait pas éternel, je n’en avais pas l’intention.
Mais ça a duré, beaucoup trop à mon goût. En parallèle, je continuais plus ou moins intensivement mes recherches d’emploi. Epluchage de petites annonces, candidatures spontanées. Mon CV intéressait, j’étais régulièrement convoquée à des entretiens - j’ai dû en passer une trentaine en 2 ans environ. Assez exceptionnel, j’en étais consciente.
Et pourtant à chaque fois, la réponse était la même: “oh vous avez un parcours peu banal, vous êtes bien intéressante, et vos prétentions salariales modestes (moi j’aurais dit bradées mais bon), on a vraiment hésité, mais non désolés, on a retenu un autre candidat”.
Je ne comprenais pas. Je me remettais en question, j’ai refait des dizaines de fois mon CV, mes lettres, travaillé, bûché mes entretiens, répété, lu, interrogé, en vain.
Un jour, lors d’un énième entretien avec un directeur d’une petite boutique qui offrait un poste plutôt intéressant, la question a été posée de façon plus directe: “et vous envisagez d’avoir des enfants”?
Je n’ai pas été surprise en réalité, parce que je savais que ça faisait partie des points d’achopement. Une question aussi directe était rare, mais la finalité toujours évidente.
Je n’en avais pas, et je n’avais pas l’intention d’en avoir. C’était clair, pas sans avoir un travail, et même, je ne suis pas du genre à signer un contrat et me mettre en arrêt maternité. Ce n’était pas en projet dans un avenir proche, ni même plus lointain.
Il a dû voir que je tiquais un peu à la question si directe, parce qu’il s’est excusé. Je lui ai répondu honnêtement, à savoir “non et ce n’est pas prévu”. On a terminé l’entretien, il est revenu dessus en m’expliquant qu’il ne me retiendrait pas, à cause de ça. Nous étions dans une relation de franchise, je l’ai bien senti, et je lui ai dit ma déception, lui expliquant que pourtant, je n’essayais pas de me vendre, et que ma réponse avait été parfaitement sincère.
“Je vous crois Madame. Mais vous comprenez, sur votre CV, on voit que vous êtes mariée, vous êtes à un âge où il est plus que normal de vouloir des enfants. Moi, je dois former quelqu’un, j’ai besoin de pouvoir m’appuyer dessus, et je ne peux pas me permettre de devoir chercher une remplaçante même dans 2 ans, pour un congé maternité. D’ailleurs je suis peut-être trop direct et ça pourrait m’être préjudiciable, mais je pense que vous devez avoir des difficultés à trouver un emploi, et je pense que c’est à cause de ça”.
Nous y étions. J’avais ma réponse à ces nombreux entretiens passés, et ces multiples réponses négatives. Dire que j’ai songé à falsifier mon CV, je peux l’avouer aujourd’hui. Moi qui ai toujours détesté le mensonge, je n’ai pas pu m’y résoudre (j’aurais peut-être dû, je l’ignore encore). Je ne pouvais pas non plus prétendre avoir déjà des enfants. Il n’y avait pas d’issue, si ce n’est bétonner mon argumentaire, mais je savais bien que mon statut faisait peur, et en toute objectivité, je comprenais les raisons de refus, elles me révoltaient, mais je me mettais à la place de ces chefs d’entreprise et du risque qu’ils prenaient, et je concevais qu’avec la concurrence qu’il y avait sur le marché de l’emploi, ils puissent privilégier sur ce simple critère une femme soit déjà maman, soit de loin pas encore maman….
J’ai fini par trouver du boulot, 2 longues années plus tard. Dans un grand groupe international, chez Petites Voitures, qui ne m’a pas demandé si j’allais être maman ou pas, et qui s’en contre-fichait. J’ai été d’une gratitude envers eux qu’ils n’ont certainement pas dû mesurer…
Cette note est une forme de contribution à la journée de la femme, mais comme je ne fais jamais les choses de façon conventionnelle, je la publie avec 2 jours de retard. Honnêtement, je ne suis pas certaine d’être attachée à cette fête si souvent détournée, raillée, moquée. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir qu’à mon tout petit niveau, j’avais également été victime d’une des nombreuses discriminations que des centaines de femmes doivent affronter chaque jour, notamment dans le monde professionnel. Ce billet n’a pas pour vocation de polémiquer. Juste de témoigner. Et de dire à toutes celles qui sont dans la situation que j’ai vécue, que je les comprends, et les soutiens. A défaut de trouver une solution, car je n’en ai toujours pas, malheureusement….
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5.3.2010 par Flo.
Avant toutes choses, allez lire le début de cette histoire chez Leeloolène. C’est absolument impératif pour la bonne cohérence de ce récit. Et au cas fort improbable et totalement inimaginable où vous ne connaîtriez pas son blog, il va de soi que vous le rajouterez dans votre agrégateur!
Préambule: je tiens à préciser que, comme je l’avais mentionné il y a quelques temps dans un billet, je n’ai jamais choisi les pingouins comme mascotte (j’étais bien plus classique, voyez-vous, plutôt genre cétacés, petits chats, ratons laveurs).
Ce sont les pingouins qui m’ont choisie. Au travers de peluches (grandes et petites), avatars ou autres figurines, je les ai laissés subrepticement entrer dans ma vie et prendre leur place. Je n’y peux rien, on ne lutte pas contre le pouvoir du palmipède!
Voilà, je vous présente Tux. Fidèle ami de 80 centimètres qui trône dans ma petite Corsa blanche, depuis maintenant 5 ans au moins.
Jusqu’à mardi dernier, je ne savais pas d’où il venait. Enfin, avant qu’il n’entre dans ma vie par l’histoire que je vais vous conter. Et puis en papotant avec Leeloolène un soir, comme ça incidemment, on a parlé pingouins. Oeufs. Vous avez lu le début chez elle, et maintenant, je sais comment est né Tux. A quoi il ressemblait au tout début, et j’en suis toute émue.
Super Frérot, à l’époque (si je dis fort lointaine ça va le vexer), voulait être un Super Frérot Informaticien 2.0.
Il a donc vaillamment tenté sa chance dans l’une des grandes écoles de notre petit pays, reconnue mondialement. Il s’est frotté à tout un tas de geeks, et il parlait avec un vocabulaire totalement incompréhensible. Mais bon, on le laissait faire, plutôt admiratifs.
C’est ainsi que Super Frérot a rencontré Linux. Le pingouin virtuel. Entre eux, ça a plutôt été l’entente cordiale, il m’en parlait un peu (pas trop, de toute façon je l’écoutais uniquement poliment). Moi, je trouvais ça mignon comme mascotte, mais voilà, ça s’arrêtait là.
Super Frérot avait aussi une voiture. Une petite Corsa blanche qu’il utilisait pour aller à ses cours, et chez sa petite amie du moment, qui avait eu la bonne idée d’habiter à l’autre bout de la ville. Augustine (c’est le nom de la Corsa, chez nous chaque objet important est baptisé) servait donc de fidèle compagne aux virées estudiantines, pendant et hors les heures de cours. C’était aussi la calèche qui permettait d’emmener la bande de joyeux allumés futurs informaticiens sur des pistes de ski, en randonnées, et vers plein d’autres destinations dont j’ignore tout (il vaut mieux).
Un mois d’avril de je ne sais plus quelle année, l’anniversaire de Super Frérot approchant, je séchais méchamment sur une idée de cadeau. Il faut savoir que dans le genre, il est assez exigeant et difficile (je t’avais prévenu, je sais que tu me lis, t’as de la chance, tu échappes à un billet juste à ton sujet, mais tu en prends pour ton grade, t’avais qu’à pas critiquer mon blog non mais!). Musique, je préfèrais éviter de toute façon j’étais à côté de la plaque, sport on n’était pas tout à fait synchrones non plus, cinéma il avait tout vu, lecture je n’osais pas. Pas de “wishlist”, pas trop de sous de ma part. Grand vide.
Peu de temps avant la date fatidique, vide-greniers avec mes parents, dans un bled au bord de mon cher lac.
Et c’est là qu’eut lieu LA rencontre. Les yeux dans les yeux, nous nous sommes regardés, nous nous sommes reconnus.
Il était assis par terre, à même le sol. Le bonnet rouge et vert sur le bec, la tronche du pingouin qui était sur tous les programmes informatiques précédemment cités. Il m’a vue, il m’a appelée, je l’ai pris dans mes bras. J’ai dit “combien”, mais j’avais déjà sorti mon porte monnaie. Pour une somme totalement indécente et qui ne lui ferait pas honneur, Tux est devenu mien (en interim).
J’ai dit “avec un noeud rose, il sera un parfait cadeau”. Dont acte. J’ai trouvé le ruban, j’ai évité l’emballage, je l’ai offert à Super Frérot. Qui, contrairement à toute attente, a trouvé l’idée géniale. Et a de suite décrété “il ira avec Augustine, ce sera la paire parfaite. A l’arrière. Et avec la ceinture, bien sûr”. (Aujourd’hui, je le soupçonne d’avoir derechef voulu se débarasser du cadeau embarassant de cette manière, mais je veux bien lui accorder encore le bénéfice du doute)
Quand il dit, il fait. Et la paire fut créée, sous nos yeux émerveillés.
Quelques années plus tard (honnêtement, je n’ai plus aucune notion de temporalité), j’étais dans le Sud de la France, en galère de voiture.
Super Frérot était toujours dans notre pays de montagnes, plus du tout informaticien 2.0, et plus du tout avec sa petite amie du bout de la ville.
Augustine et Tux étaient toujours dans notre pays de montagnes, propriété de Super Frérot, mais commençaient à trouver le temps long sur une place de parking dont ils bougeaient peu. Il faut dire que les déplacement là-bas ne sont pas toujours pratiques, les parkings sont hors de prix en ville, le réseau des transports en commun finalement bien développé, et quand on n’a plus de petite amie très très loin, c’est moins judicieux d’avoir une voiture (je dis ça aussi pour me consoler de n’avoir jamais eu, moi, de voiture à l’âge de Super Frérot. J’ai fait les frais d’essuyage de plâtre de grande soeur, la vie est injuste. J’avais qu’à me trouver à l’époque un petit ami à l’autre bout de la ville, aussi!).
Un soir (ou un matin, un midi), téléphone chez moi, proposition familiale: “on te donne Augustine! A ta charge les frais de réimmatriculation (Gosh, ne le faites jamais, c’est une horreur, mais dans toute mon innocence je l’ignorais à l’époque), on te l’offre. Super Frérot n’en a plus besoin, nous n’en avons plus besoin, autant qu’elle serve à quelqu’un”.
Ni une ni deux, me voilà de retour dans ma ville natale, et en remerciant, émue, Super Frérot de son généreux don, je lui dis: “on va donc aller chercher Tux, pour le remonter dans ta chambre?”
Je revois encore son regard, son sourire carnassier, comme si c’était hier.
“Ah mais non. Tux, c’est Augustine. Et Augustine, c’est Tux. Tu reçois Augustine, tu reçois Tux”.
…..
J’ai ramené ma petite Corsa blanche en France. Immatriculée suisse, avec un macaron CH, un autre IRL parce que Super Frérot y était allé (sans la voiture), avait adoré et voulu le clamer publiquement. Un autre macaron “Nunca Mais” que j’ai assez vite enlevé, de peur des représailles là où j’habitais. Et divers logos de parking de la Fac, du club de tennis….Bariolés.
Et bien entendu, un gros pingouin de 80 cm sagement sanglé à l’arrière, heureux de voir du pays.
Depuis ce jour, le pingouin et la voiture ont changé de plaques, plusieurs fois. De ville, une nouvelle fois.
A mon arrivée dans celle d’aujourd’hui, je me suis faite arrêter deux fois par les forces de l’ordre. Une fois pour une infraction quand même importante (oui j’ai honte!), une seconde pour une vérification générale qui aurait pu devenir compliquée pour moi.
Et là, je vais faire taire tous les importuns qui prétendent qu’une fille ne se fait jamais coller par la police. Non, ce n’est pas mon ravissant sourire charmeur et tombeur qui m’a tirée d’affaire. A chaque fois, l’agent pourtant pas très commode m’a laissée repartir, désemparé par mes macarons bariolés (et toujours nombreux), mais surtout avec cette remarque: “C’est parce que le pingouin est bien attaché à l’arrière. On est bien forcés de vous féliciter”.
Tux et moi, c’est une histoire d’amour pour très longtemps encore….
A star is born…
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4.3.2010 par Flo.
Depuis toute petite, je crois que je me suis émerveillée des albums photos de mes parents.
Les gros et lourds classeurs rangés au salon. Et puis mon album à moi, celui qu’ils avaient scrupuleusement rempli (première dent, premier mot, premiers pas, premières maladies, premières photos, baptême, etc) rose moletonné, que j’avais dans ma chambre.
Je passais des heures à feuilleter ces photos familiales, à m’en imprégner, à me délecter de la beauté de mes parents jeunes: ma mère rayonnante dans une robe de mariée qui n’en était pas une, avec une capuche brodée de fourrure (quelle idée de se marier en Janvier!!), mon père qui ressemblait à un jeune premier, posant bronzé, rayonnant au bord de la mer, chez ses parents, son frère.
Plus tard, j’ai fait mes propres albums. Pris pas mal de photos, collé, commenté. D’autres classeurs venaient se rajouter à ma collection, que je feuilletais, ou moins.
Dans mes multiples déménagements, je n’ai jamais pu les emmener. Trop lourds, pas assez de place, ils m’attendent toujours chez mes parents, à chaque trajet je me disais que je les redescendrais, et puis non.
Pour mes 30 ans, j’ai reçu une pochette d’une dizaine de CD, sobrement intitulée “photos familiales”.
Il s’avère que mes parents avaient pris le temps (ça occupe, la retraite) de scanner toutes les pages de TOUS les albums familiaux, et qu’ils les avaient gravés, tels quels. Pour moi, et (je crois) pour mon frère. En y incluant chez moi mon album de bébé, que j’aimais tant.
Ca m’a énormément émue. Je sais que les CD ne sont pas des supports définitifs, et qu’ils peuvent s’abîmer, se périmer, comme d’autres supports. N’empêche, maintenant, j’ai toutes mes photos familiales à portée de main, et ça prend sacrément moins de place que les nombreux et énormes classeurs qui gardent leur charme désuet, mais qui sont finalement si bien dans les armoires parentales. Pour bien faire, il faudrait aussi que je scanne mes propres photos, celles de mon adolescence, mais je n’ai pas encore ce temps-là à y consacrer.
Une partie de l’histoire familiale est sauve.
Hier soir, en rentrant, m’attendait un autre petit colis dans la boîte aux lettres: un nouveau CD de scans, de la part de ma maman. Cette fois, pas de photos. Mais elle avait une fois de plus patiemment rassemblé toutes les petites recettes de son classeur en moleskine, annotées, jaunies, tachées d’avoir reçu de la sauce, du sel, du sucre, de l’eau et bien d’autres ingrédients, et compilées au fil des années dans ce merveilleux petit support.
Ma mère n’a jamais été une cuisinière hors pair, mais elle a toujours su garder ce qui marchait, ce qui nous plaisait, le noter, pour le resservir, le refaire à l’occasion d’une soirée entre amis, ou d’un repas familial. Elle était appliquée, attentive, ce qui rendait sa cuisine délicieuse de quotidien, et de simplicité.
Il n’y a pas si longtemps, affolée, j’ai dû l’appeler en milieu de week-end (en l’inquiétant au passage, moi qui appelle si peu spontanément comme ça d’un coup) pour lui demander le temps de cuisson de la saucisse aux choux (vous avez bien lu, c’est une spécialité de chez moi!). Ca l’a bien fait rire. Du coup, dans le CD, un petit mot: “je ne suis pas certaine qu’il y ait le temps de cuisson de la saucisse, mais tu auras tout le reste”.
Encore une mémoire familiale sauve. Ce qui ne m’empêche pas de lui répondre: “maman, merci du fond du coeur. N’empêche, j’espère pouvoir te téléphoner encore très longtemps et très souvent pour tes conseils, que je préfère mille fois recevoir de vive voix (en te faisant rire) plutôt que de devoir obligatoirement passer par ce CD pour me souvenir de ta cuisine”…
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6.1.2010 par Flo.
J’ai déjà dû le dire une ou deux fois ici, mon père et moi, ça a toujours été une forme de “je t’aime moi non plus”. J’ai toujours entendu parler du complexe d’Oedipe avec une forme d’interrogation, et j’ai beau chercher dans mes souvenirs, je n’en trouve aucun qui s’y réfère.
Il faut dire aussi que j’ai fortement contribué à contrarier ce papa qui m’adorait tant:
-Il voulait un garçon en aîné, et une fille en second, il a eu l’inverse.
-Il rêvait d’une petite fille blonde et d’un garçon brun, c’est le contraire qui s’est produit.
-Son rêve était d’avoir une petite poupée aux jolies boucles, souliers vernis et jupe plissée, j’ai cultivé avec passion et attention le look jeans, baskets gros pulls.
-Il aspirait à me transmettre ses inspirations artistiques, son goût du dessin et de la peinture, je suis devenue une intello à lunettes que tout le monde voulait voir prof (ouf, j’ai au moins esquivé cette étape, et viré les lunettes entre temps). La seule chose que je sache dessiner, c’est vaguement un palmier, et les fesses d’un éléphant (sisi!)
-Son côté un peu macho italien s’offusquait de mes revendications légèrement féministes et pas très patriotes.
-Il a passé sa vie à construire son nid, son cocon et a tout fait pour planter des racines dans un endroit paisible, souhaitant épargner à ses enfants le déracinement et les bouleversements qu’il a vécus dans sa jeunesse: j’ai plaqué tout ce beau monde et quitté mon pays. Il ne s’en remet toujours pas, et ne veut pas me croire quand je lui dis, à moitié en plaisantant, que je pourrais mettre un océan entre nous s’il le fallait. Pourtant, j’en serais capable.
-Il a espéré m’apprendre sa langue natale, j’ai catégoriquement refusé d’en prononcer le moindre mot. Et je lui ai longtemps caché que j’étais capable de suivre une conversation pas trop rapide. C’était idiot de ma part, aujourd’hui je le regrette, mais n’arrive toujours pas à me décider à m’y mettre sérieusement.
-Il souhaitait nous offrir sa religion et ses croyances, j’ai rapidement envoyé valser les préceptes catholiques (et les autres, également).
-Il cherche la sécurité, il veut se rassurer, je cultive la remise en question, les chamboulements.
-Il fera tout pour la stabilité, j’ai divorcé, et changé 4 fois de ville.
-Il ne sera resté tout au long de sa carrière que dans 1 seule entreprise, j’ai connu le chômage, et j’en suis à mon 5ème poste au moins.
Mais mon père, rendons-lui cela, c’est aussi l’homme qui m’a fait aimer le sport. Il m’a appris à apprécier l’effort, la dépense physique. Il m’a mise au tennis, j’ai été sage et j’y ai joué pendant 20 ans, avant tout pour lui faire plaisir. Oui, d’accord, c’est encore quelque chose que j’ai fini par plaquer. Il m’a initiée au ski, aussi, jusqu’à ce que ses peurs le rattrapent.
C’est lui qui nous a appris à avoir le sens de la famille. A respecter ce don, à se souvenir que c’est un bien précieux, un cocon indispensable. Sauf que nous y avons mis des limites bien plus tôt que lui. Je regrette qu’il ne puisse pas se pacifier avec ce sujet non plus.
Au-delà de ses incertitudes, et de ses angoisses qui le paralysent davantage chaque année, à mon grand désespoir, c’est un homme profondément humain, qui nous a appris à respecter les valeurs essentielles, la sincérité, à garder un peu (trop?) de naïveté, à ne pas juger trop vite.
En 33 ans, j’ai fait plus de déménagements que lui en 67. Son rêve et le regret de sa vie est de ne pas avoir été propriétaire, je ne ressens nullement cette nécessité et n’en ferai jamais le point d’orgue de ma vie.
L’année dernière (enfin en 2009, ça fait encore un peu étrange de la qualifier ainsi), il a donc découvert mon nouveau chez-moi. Celui dans lequel mon cher et tendre et moi-même avons emménagé, et que nous avons plus ou moins aménagé. Avec un budget restreint, des meubles rapportés des 2 bords, un ensemble pas trop incohérent, mais sans un enthousiasme de décoration et d’organisation, que nous n’avons pas non plus spontanément. Depuis que nous y vivons, nous avons régulièrement amélioré l’ensemble, mais sans gros investissements. Pour tout dire, les seules choses réellement communes que nous possédons, c’est un piano, et de la vaisselle.
Mon père est un bricoleur né. Dans sa maison à lui, il aurait voulu avoir un atelier, un hangar, une boîte à outils digne de ce nom, et nous bricoler n’importe quel meuble. C’est un fanatique du design, de la belle architecture, mais il a aussi cette volonté d’occuper ses mains, et de faire par lui-même. D’abord par souci d’économie, mais aussi par plaisir.
C’est encore une choses qu’il n’a pas réussi à me transmettre: je regarde une scie d’assez loin, pensant d’abord aux ravages qu’elle pourrait procurer sur mes petits doigts avant de réfléchir à comment l’utiliser. La perceuse, c’est un instrument qui fait du bruit. Je sais vaguement utiliser un marteau, mais je dois me concentrer.
Bref, à part pour monter les meubles suédois et décrypter les hiéroglyphes (à force de déménagements et après une année à vivre seule, j’ai quand même au moins maîtrisé ces concepts-là), je ne suis pas une bricoleuse, je n’ai pas non plus peur de demander de l’aide, j’estime qu’on ne peut pas être bon partout, et que ce n’est pas vraiment mon domaine.
Alors, quand mon père a fait, il y a 3 semaines, le tour de notre petit nid, et a ouvert la bouche, j’ai su que la conversation qui allait suivre n’allait pas forcément être plaisante.
Là où je voyais un appartement plutôt pas trop mal rangé (on y avait mis du coeur), avec beaucoup d’améliorations à faire certes, mais chaleureux et douillet, il y a vu “manque de rangements”, “place mal organisée”, classements illogiques.
Le problème avec mon père, et particulièrement lorsqu’il s’agit de moi, c’est que ce qu’il dit est bien souvent plein de bon sens. C’est quand même quelqu’un qui a vécu, qui a de la bouteille, qui a dû plus d’une fois faire appel au système D. Mais il ne sait pas communiquer. Il est maladroit, blessant.
Avec l’âge, moi aussi j’essaye d’apprendre, de me comporter en adulte. A ne pas être épidermique, à ne pas sur-réagir dès qu’il commence à critiquer. Je tente de lui faire comprendre que j’entends bien son point de vue, mais que je ne suis pas forcément d’accord.
Parfois ça passe, d’autres moins.
L’autre jour, donc, je lui ai dit “oui papa, je sais qu’il y a plein de bonnes choses à faire encore dans cet appartement. Laisse-nous le temps, et puis tu le sais bien, ce n’est pas notre priorité, ni lui ni moi ne sommes des passionnés de bricolage”.
Je n’ai pas eu la sensation d’avoir eu des mots piquants. Mais c’était un jour où nous ne parlions pas la même langue, et ses sous-titres à lui ont dû donner quelque chose comme “De toute façon occupe-toi de tes oignons, je ne veux pas de tes conseils à la noix, et puis je n’ai pas besoin de toi”. Le tout lié dans l’éternelle sauce du “ma fille est partie loin, ne veut pas qu’on l’aide et ne peut pas se débrouiller toute seule dans un pays étranger et sauvage”, et le faible lien ténu de la communication était rompu.
Il n’y a pas eu de cris, parce qu’on n’était pas seuls, et que je n’en avais pas envie. Alors j’ai pris sur moi, beaucoup, énormément. J’ai écouté, encaissé, mais ma fréquence était désormais brouillée. Tout ce qu’il me disait, je le prenais pour une critique: “à 33 ans tu n’es pas capable de scier une planche et rajouter une étagère à ton meuble”, “tu n’as définitivement pas le sens pratique et c’est à se demander ce que j’ai bien pu t’apprendre et te laisser comme héritage pendant ton enfance”, “j’ai eu beau te montrer l’exemple et t’expliquer, tu n’as vraiment rien compris”.
Il ne l’a pas dit comme ça, non. Je l’ai entendu ainsi, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Je sais, avec le recul (sur le moment aussi, mais c’était plus dur), qu’il ne faisait qu’exprimer une forme de frustration de ne pas pouvoir m’offrir ce que n’importe quel père aurait probablement envie d’offrir à son enfant: mettre son expérience, son temps libre et sa bonne volonté au service du bien-être et de l’un peu plus superflu, le décharger de certaines corvées. Il habiterait près de chez moi (ou plutôt moi près de chez lui, inimaginable dans l’autre sens), il viendrait un jour ou 2, prendrait ses mesures, irait chez Casto acheter 3 planches, me ferait de belles étagères, me planterait les chevilles, et vaille que vaille, nous aurions un appartement de plus en plus fonctionnel.
Rien de tout ça n’est possible; et c’est comme si, à chaque remarque, il fallait que ce départ de mon pays natal me soit ramené, ressassé, reproché. Il sait que désormais je n’autorise plus la confrontation directe, alors il l’utilise les chemins détournés. Involontairement, je le sais aussi.
J’ai mûri, je crois, et je connais assez bien mon père pour comprendre maintenant toutes les ficelles qui l’animent, les expressions de ses peurs et de ses frustrations; je lui pardonne et je ne lui en veux vraiment pas. Mais à cette occasion, je suis aussi redevenue une toute petite fille qui, même si c’est bien caché et bien enfoui, avait les larmes aux yeux parce qu’elle a très clairement eu l’impression de décevoir son père. Je me suis tournée vers ma mère, et je lui ai dit: “mais il faudra toujours qu’il trouve quelque chose qui le décoive? Maintenant que j’ai un boulot stable, une belle relation de couple, pas de problèmes d’argent, que je suis heureuse, que je le dis, que ça se voit, il faut qu’il trouve encore des reproches à me faire?”
Et sinon: quelqu’un aurait peut-être une perceuse et une scie à me prêter? Et “Bricoler pour les Nuls”? Parce que mon caractère fait que, piquée au vif, je serais prête à faire de mon appart un gruyère (non mon homme, ne t’inquiète pas trop) histoire de prouver à mon père que je suis quand même capable de poser des planches et des chevilles….
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4.12.2009 par Flo.
Bon.
Lâchement taggé par Lili, me voilà à devoir vous révéler 7 secrets que vous n’êtes pas supposés savoir à mon sujet, et surtout être un tant soit peu originale, tant ce billet a tourné dans la blogosphère, au risque de se répéter. Et puis surtout, j’ai tellement l’impression de mettre tout de moi dans ces lieux, que ce que je ne dis pas, je ne suis pas forcément certaine de vouloir le révéler maintenant.
Mais en cherchant un peu, voici ce que ça peut donner:
1/ Maintenant que vous savez tout de mon pseudo, je peux vous apprendre que le surnom que me donne mon père est “cacahuète”. Oui, j’en parle toujours au présent, parce que mon père a beaucoup de mal à me voir autrement que comme une ravissante petite emmerdeuse fillette de 6 ans, et qu’il continue à l’utiliser. Et puis bon, je préfère toujours ça à “ma chérie”, “mon amour”, “ma petite fille”….C’est juste bien moins crédible!
2/ Depuis peu et comme Poufpouf, je suis de plus en plus claustrophobe. Mais pire, comme elle également, j’ai une sainte horreur des toilettes (turques en particulier, mais pas que). A tel point que je dois faire preuve de tout mon courage pour entrer dans des toilettes inconnues (de restaurants notamment). Il est hors de question pour moi de mettre un seul pied dans les toilettes publiques dans la rue. Et j’ai très longtemps été incapable d’aller dans cette grande chaîne d’hôtels hyper bon marchés (vous savez, en plastique rouge jaune et bleu), où toilettes et salle de bain se trouvent à l’étage, sont entièrement automatisées et naturellement sans fenêtre: il faut y fermer la porte à clé pour avoir la lumière, et après chaque passage, le local est automatiquement désinfecté. J’ai fait de belles crises de terreur là-bas!
3/ Adolescente, je crois que j’ai eu la pire acné qui puisse exister. Purulente et longue. Sauf que n’ayant aucune conscience de ma propre image, je m’en fichais comme de ma première chemise (moi qui ne portais que des t-shirts). Ma mère a dû faire appel à toute sa sournoiserie en m’emmenant de force chez mon médecin généraliste, et en jouant sur mon respect de l’autorité de l’adulte et de “celui qui sait”: j’ai eu droit à une belle morale, une explication en bonne et due forme des risques de marques à vie que je courais, et j’ai enfin accepté de me faire traiter. 5 ans à doses de cheval, mais je ne le remercierai jamais assez. Par contre, je ne suis pas certaine que je n’en veuille pas encore un petit peu à ma mère de m’avoir fait tomber dans ce traquenard!
4/ Lorsqu’il m’a demandé en mariage, j’ai entendu très clairement et très distinctement dans ma tête “non”. J’ai dit oui. La vie s’est chargée de me rappeler quelle bêtise j’avais faite à ne pas avoir écouté ma voix intérieure.
5/ Comme le mariage ne suffisait pas et toujours en raison de la même personne, j’ai pendant quelques années apprécié d’écouter ce chanteur. Sisi, j’ai honte (et si je ne mets pas son nom ici, c’est parce que je n’ai pas très envie qu’en faisant une recherche sur le net, un lien mène à ce blog). Par contre, ce que j’assume, c’est de toujours autant aimer celui-ci. Par périodes et de façon très irrégulière, mais il aura accompagné chaque phase, légère ou importante, de ma propre vie.
6/ Depuis maintenant 8 mois, je suis tatouée. Après de longues années d’hésitation, j’ai franchi le pas. Un motif assez gros, celui que je voulais, dans un endroit discret. Et je suis ravie.
7/ Je ne tiens pas l’alcool. D’ailleurs, je n’ai jamais pris de vraie cuite de ma vie, de celle dont on se réveille avec les cheveux qui poussent à l’intérieur et les cloches dans la tête! N’en déplaisent à une ou deux personnes qui ne pourront pas s’empêcher de narrer une anecdote qu’elles adorent, je m’arrête avant de perdre ma lucidité, c’est à dire très rapidement: au bout de 2 verres, je suis totalement pompette, et si je dépasse mon seuil de tolérance très bas, je m’endors, donc rien d’intéressant à tirer de moi. Bon, ok, si je dépasse 2 verres, il semble qu’automatiquement je considère que je me suis arrêtée à ce chiffre!
8/ et bonus track en forme de private joke: sachez-le officiellement, Fantômette, c’est moi! Et je suis tellement douée, que jamais personne ne m’a reconnue! Et puis je suis aussi Claude, du Club des Cinq, mais il m’a toujours manqué Dagobert, et maintenant j’ai les cheveux un peu plus longs…
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10.11.2009 par Flo.
Comme pour de nombreuses personnes, mon pseudo a une petite histoire.
Déjà, ce n’est pas le premier. Ni le deuxième accessoirement. Ces deux-là n’étaient pas sortis de nulle part et me collent encore à la peau, selon où je me promène, mais je les abandonne progressivement. Parce que, après plusieurs réflexions et discussions avec une Amie, j’ai réalisé qu’un pseudo, c’est quand même une forme de paravent. Et qu’au moment d’ouvrir ce blog, je n’avais plus envie de masque, de cachette. Ni de dissimulation.
Celui-ci est venu naturellement. Histoire d’être au plus proche de mon prénom, que tout le monde peut deviner avec une facilité déconcertante (c’est un peu le but). Mais je n’utilise mon prénom en entier que pour des présentations officielles. Pas même pour signer une lettre, autre qu’administrative, pas même pour répondre au téléphone. J’ai toujours eu du mal avec la dernière syllabe, qui a quelque chose de dur, rocailleux que je m’approprie plus difficilement.
L’abréviation me convient: courte, douce, elle évite la confusion avec un autre prénom quasi similaire, sans la première lettre, mais qui ne s’écrit pas pareil. Et j’insiste, par contre, pour qu’on n’y apporte aucun rajout: ni répétition, ni rien d’autre, car de suite, tout le sens se perd.
Bien entendu, l’abréviation en tant que telle est déjà maintes et maintes fois utilisée sur les divers forums, blogs et autres sites où je dois m’inscrire. Tout comme le prénom dans son entier.
Mais le “h” qui termine mon pseudo n’est pas du tout le fait du hasard. Et à vrai dire, ce billet n’est pas sorti de nulle part, car on m’a attribué ce “h” il y a 20 ans de cela. Lors de mon voyage à Berlin, suite à la chute du mur (vous constaterez ici que j’ai un manque désespérant d’originalité dans le choix de mes sujets, et que je me laisse très fortement influencer par l’actualité et les répétitions).
Mes parents ont tous deux des origines étrangères: italienne pour mon père, que je porte sur mon nom de famille qui peut difficilement être plus explicite (mais depuis que je vis en France, je suis désespérée de devoir systématiquement le “franciser” dans l’accent pour être sûre de me faire comprendre. Outre une certaine complexité, il est difficile à épeler, et j’y passe toujours quelques minutes agaçantes). Allemande à moitié pour ma mère.
Comme ce sont de petits malins taquins, ils ont choisi, en ce qui me concerne (mon frère n’a ce problème plus ou moins qu’en Italie) un prénom qui se prononce très difficilement, que ce soit en Italien ou en Allemand. Parce que les syllabes et sa consonnance ne conviennent pas aux 2 idiômes, et que ça perturbe.
Pour les premiers, c’est une ville, et par conséquent sûrement pas un prénom (sauf en Français où ça se confond!), et cette fameuse dernière syllabe que je n’aime guère dérange profondément l’accent chantant des Italiens. Qu’à cela ne tienne, je me fais donc un plaisir de la virer.
Pour les seconds, ça ne colle pas, certes la “dureté” relative des consonnances peut correspondre à l’Allemand, mais n’empêche, ils ne sont pas à l’aise.
Il y a 20 ans donc, lorsque je suis arrivée à Berlin dans la famille de ma mère, j’ai bien senti une certaine gêne lorsqu’il fallait m’interpeller. Et c’est tout naturellement que j’ai indiqué que raccourcir mon prénom ne me dérangeait sûrement pas, bien au contraire.
C’est là qu’on m’a répondu que ce raccourci avait un sens, en Allemand. Qu’avec la lettre “h” à la fin, le mot voulait dire “puce”. Ce qui pouvait ne pas plaire à tout le monde.
Moi, j’ai adoré.
Et comme j’étais encore jeune, voyant que ça m’allait, ils ont été jusqu’à rajouter leur petite marque personnelle: “flöchen” signifie “petite puce”. J’ai été prénommée ainsi tout mon séjour, et ça m’a suffisamment marquée pour que désormais, sans aller jusqu’à m’inscrire ainsi sur les forums (non quand même, j’ai grandi, grossi, ce n’est carrément plus du tout crédible), le “h” me soit devenu cher.
En Italien par contre, je n’ai toujours pas trouvé de dérivé, il va falloir que j’y réfléchisse….
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28.10.2009 par Flo.
L’émission “cartier libre” sur France Inter est chaque matin pile poil dans la tranche horaires de mon trajet maison-boulot. Ce matin, elle m’a particulièrement touchée, et je vous aurais bien mis le petit lien qui va bien vers ce doux moment où je n’ai cessé de sourire, mais je ne l’ai malheureusement pas (encore?) trouvé dans les archives du site. Ne me reste plus qu’à vous dire de le guetter, et c’est ici que ça devrait arriver.
Il y était question de ce fameux débat sur la nationalité française, la fierté nationale et tout ça tout ça. Je n’entrerai pas dans la polémique, et je considérerai que mes migraine et vague nausée persistantes depuis les heures matinales n’ont rien à voir avec le tissu d’inepties et les propos indigestes que j’ai entendus pendant le journal qui précédait l’émission. Passons.
Il s’agissait donc de l’interview d’une petite fille de 8 ans, de parents khabiles et en demande de régularisation de situation (je préfère nettement à “sans papiers”), qui était elle-même née sur sol français, et qui demandait à son père ce que c’était d’être français, et comment il se sentait, lui.
Quelques minutes d’échanges père-fille, qui, sous des dessous dramatiques, m’ont profondément émue.
Je ne reviendrai pas sur les notions de double nationalité, d’exil ou de réadaptation que j’ai plusieurs fois abordées ici au travers de billets plus ou moins légers, et que je continuerai sans doute à évoquer tout au long de mes monologues. J’ai juste écouté cette petite demoiselle qui faisait comprendre à son papa, du haut de ses 8 ans, qu’en somme elle ne saisissait pas très bien la raison pour laquelle il fallait choisir. Qu’elle n’oubliait pas qu’elle était khabile même si elle n’avait jamais vécu en Algérie, et qu’elle rêvait d’ailleurs de découvrir ce pays. Qu’elle voulait les 2.
Les choses paraissent si simples dans la bouche d’une enfant. Et on ne peut que s’émouvoir aussi des réponses les plus sincères possibles d’un père qui a abandonné ses propres parents là-bas, pour se préoccuper de son nouveau foyer. Qu’il cherche le meilleur pour ses 3 enfants, quitte à laisser ses racines derrière lui.
A l’heure également de la polémique sur les élections tunisiennes, qui me font d’un coup me poser plus de questions que d’habitude sur ce que mon propre père a pu vivre dans son enfance et qui, pour je ne sais quelles raisons, me font réaliser qu’il serait bon que je l’interroge, avec toute la douleur que cela risque néanmoins de raviver chez lui, j’ai particulièrement résonné, vibré à l’écoute de ce mini débat familial.
Et par-dessus tout cela, je garde, chevillée au corps, la sensation que jamais je ne pourrai choisir un pays, une nation. Parce que oui, réellement dans cette situation, choisir, c’est renoncer. Et ce renoncement-là, pour moi, ce serait un réel appauvrissement…
Après tout, je dois encore avoir 8 ans, à vouloir que tout soit si simple et à ne pas comprendre pourquoi on le complique tant.
Pour illustrer ces propos, j’aurais très envie de vous mettre des photos de mes montagnes, ou alors de la campagne alentours, celle dont je voudrais chanter les louanges tous les jours ici, ou alors aussi l’Italie et cette région encore dévastée par le tremblement de terre. Ou enfin, la terre natale (mais pas nationale) de mon père, qui est aussi un peu une part de moi. Je n’ai rien de tout cela à disposition là maintenant. Et puis ce serait là encore, choisir, ou pas, et je n’en ai pas envie. Alors je me réserve ça pour une occasion et un nouveau beau montage!
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26.10.2009 par Flo.
Depuis ce matin, je bugge sur la date du jour, et je viens de comprendre pourquoi. C’est l’anniversaire d’un ami que j’ai laissé de côté depuis 2 ans. Ses 40 ans, en plus. Un ami que je n’avais pas perdu malgré la distance. Qui a vécu la même chose que moi, à un an près. Et lorsque ça lui est arrivé il a eu besoin d’en parler au moment où moi, j’avais besoin de digérer. Il se faisait (peut-être? probablement?) des idées alors que j’étais très loin d’avoir envie même d’y penser.
Aujourd’hui, l’appeler est impensable. Mais j’ignore même si je suis capable de lui écrire. Lui donner signe de vie serait un peu comme être prête à le revoir, lorsque je retournerai dans mes montagnes. Je ne suis pas certaine de ça. Je me sens coupable envers lui, coupable de ne pas avoir respecté le contrat de l’amitié. Celui de la franchise aussi, je l’ai laissé tomber à un moment douloureux pour lui (et pour moi un peu aussi), je n’ai pas su me justifier. J’ai laissé dormir, puis pourrir, une relation qui aurait avant tout nécessité de la sincérité.
Et une fois de plus, je risque fort de laisser passer cette journée, puis une année encore. En me disant qu’un jour, je tomberai fatalement sur lui au coin d’une rue. Et que ce jour-là, j’aurai envie de disparaître dans un tout tout petit trou de souris…
Echange de mails avec ma mère à propos de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Incompréhension entre nous 2, et elle de s’attrister à l’idée que le voyage qu’elle avait fait avec moi, juste après la chute, ne m’ait pas marqué autant que ça. Moi de lui aligner tous les souvenirs que j’ai encore à l’esprit, à 20 ans (boudiou!!) de distance…Nostalgie teintée d’un peu de tristesse. Je me dis aussi que la ville a dû bien changer (n’est-ce pas Frérot?), qu’on a toujours de la famille là-bas. Que ma mère n’a pas tout à fait tourné la page sur son histoire familiale, et que c’est encore une destination où il faudrait que je l’accompagne. Point sensible, mais beaux souvenirs, pour ceux qu’il me reste.
Un petit week-end narré chez Karmara me fait replonger dans des souvenirs belges. Là encore, au milieu, un ami dont je n’ai plus entendu parler depuis fort longtemps. Mais sur ce coup, ce n’est pas que de ma faute.
Souvenirs de gaufres à se damner, d’un musée sur Tintin, de la Grand Place et des petites rues alentours. Vagabonder ça et là, et au détour d’un carrefour, se casser le nez sur un tout petit bonhomme au nom impossible et que je voyais bien plus grand, découvrir Magritte. Des sensations mitigées là-bas: le bonheur d’y être, de découvrir, de retrouver cet ami-depuis-peu, et puis l’incapacité à trouver mes marques (en peu de temps, soit), d’être très vite restreinte au centre ville.
Avoir envie de retourner dans ce pays, mais pas forcément d’abord dans cette ville, et partager tout ça avec mon homme pour me construire de nouveaux souvenirs.
C’est étrange, ces périodes où d’un coup, la mémoire est plus à vif, où tout remonte de façon insistante.
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9.9.2009 par Flo.
Entendu ce soir à la radio, en rentrant chez moi, une phrase qui m’a particulièrement marquée au cours d’une interview:
“Un enfant qui aime lire, c’est un enfant qui se sent bien avec lui-même”.
J’ai un peu buggé. J’aime cette idée, je la trouve plutôt séduisante. Mais en opposition, me sont revenues à l’esprit mes très nombreuses heures, enfermée dans la chambre, à dévorer des pages entières.
Je ne garde pas de mauvais souvenirs des ces moments d’intimité. Je sais par contre qu’il était bien plus mal perçu par mes parents, qui s’inquiétaient de me voir me renfermer sur moi-même, plutôt que d’aller jouer à l’extérieur avec mes petits camarades. Ma mère devait insister pour que je sorte, que je me mêle aux autres. Quand je ne lisais pas, j’écrivais, j’étais dans mon univers.
Irais-je jusqu’à dire que j’étais “bien avec moi-même”? Je ne sais pas trop. J’aimais ce rythme de vie, mais c’était peut-être aussi un moyen de me réfugier, de ne pas affronter l’extérieur.
C’était une phrase lâchée au détour d’une discussion qui n’avait pas grand chose à voir avec l’ensemble de l’interview. Elle mériterait d’être creusée, comme en toute chose, et la modération est de mise, et chaque enfant se développe à sa manière.
Mais je dois avouer que si Miss Blondinette se mettait à se renfermer sur des livres comme je le faisais, la première pensée qu’il me viendrait ne serait peut-être pas qu’elle est “bien avec elle-même”, malgré mon ravissement de la voir s’intéresser à la lecture…
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8.9.2009 par Flo.
Lorsque j’ai été interpellée-taggée par Poufpouf et Lili concernant un petit défi photo que je voyais tourner depuis quelques temps sur la blogosphère, et qui nous demandait de révéler ”7 objets bleus autour de nous”, je me suis dit “voilà la galère”.
En gros, ça signifiait déjà techniquement récupérer l’appareil, faire des photos potables, les charger, un petit montage, et puis surtout, avoir un minimum d’inspiration. Une épopée en ce qui me concernait.
Et puis il faut aussi le savoir, le Bleu et moi, c’est un peu une histoire “je t’aime - je t’aime plus”. J’ai été une “blue addict” très jeune. En opposition à toutes les couleurs féminines, j’ai préféré de très loin cette couleur subtile qui me rappelait la mer trop lointaine, la couleur de mon lac, le ciel que je pouvais observer à l’envi…Je n’avais aucune espèce d’originalité, mais c’était l’attraction folle, et ma mère a dû l’endurer. Tout objet, toute demande était bleue: la couleur de ma chambre, mes habits, mes objets.
J’ai insisté très longtemps. Et fini par me lasser.
Sans adopter une autre couleur de référence pour autant. Mais le bleu devenait trop banal, trop classique, même si je n’osais pas me lancer dans une vraie campagne de “couleurs chatoyantes”.
Lorsque j’ai emménagé seule, j’ai essayé d’être originale. La nuance m’a bien rattrapée à deux ou trois coins de l’appartement, mais par petites touches, j’acceptais. Ca m’allait.
On s’est installés en commun avec mon cher et tendre, et en plus de nos vies, on a regroupé nos meubles. Ce n’est pas l’envie qui nous manque de nous acheter de ravissantes choses pour en faire un ensemble cohérent, mais plutôt le budget. Lui n’est clairement pas très bleu. Je ne le suis toujours plus.
Alors hier, au moment où j’ai reçu le défi, je me suis demandé comment j’allais m’en sortir. Par contre je suis forcée d’admettre que Poufpouf a eu raison: “tu verras, on se prend au jeu”. Tellement bien à vrai dire, que j’ai fini par rentrer le soir avec une petite liste très claire des objets que je voulais photographier. Sisi. De l’Himalaya, 7 ne devenait presque pas assez.
Le résultat, le voilà, avec mes excuses pour une mise en page franchement pas très recherchée:
Une barrette et un collier bleu. La barrette parce que je cherche toujours le St Graal pour attacher mes cheveux, et qu’à chaque fois, c’est la déception. Celle-ci n’est toujours pas LA bonne, mais je la trouve jolie, même si je ne la mets pas assez.
Un collier qui m’a été ramené par ma marraine de l’un de ses nombreux voyages: Cambodge, Birmanie, je ne me souviens plus. Mais il fait toujours réagir (et la plupart du temps positivement, heureusement) quand je le porte.
Les carreaux de la salle de bain. Eh oui, nous ne sommes pas propriétaires, et l’originalité n’est pas de mise dans notre appartement. La salle de bain est bleue, globalement. Si ça ne tenait qu’à nous, elle serait de bois et style oriental. Pour notre chez nous futur!
Parce que mon quotidien c’est aussi le boulot, j’ai réalisé que les notes de bleues me suivaient jusque là: l’agrapheuse, le rouleau de scotch. Je me dédouane en claironnant que ce n’est pas moi qui ai choisi cette couleur! Et à côté, le petit classeur, que j’avais acheté il y a fort longtemps, et dans lequel je mets tout ce que je ne sais où ranger dans mon sac: ordonnances, cartes de visite, tickets resto. Agrémenté par mes soins et dans un souci dingue de décoration d’une vignette de pingouin qui a fait craquer Miss Blondinette (mais j’ai perdu les autres, pfff).
J’ai piqué son idée à Lili, et lui en offre donc le copyright: le seul tableau bleu de notre intérieur. Peint par mon père, en cadeau de Noël 2007, sur commande de ma part. C’est la vue depuis la maison de mon oncle en Tunisie. Une vision de rêve qui berce encore mes souvenirs d’enfance.
Et puis bien sûr, c’était impossible de ne pas la placer au centre: la moto de mon cher et tendre. Partenaire de toutes nos balades, nos découvertes, nos virées. Compagne de nos envies, complice de nos projets. Elle n’aurait pas dû rester de cette couleur, mais ce n’est pas grave. Juste pour la mettre au centre de ce petit tableau de mon quotidien, elle méritait de l’être.
Voilà, j’ai fait du zèle. Il y a 8 objets et non pas 7, mais aucun que j’avais envie d’enlever, ce sont des bouts de moi, un peu de mon histoire, et finalement oui, c’était plutôt rigolo.
Je crois que beaucoup ont déjà répondu à ce petit défi. N’empêche, pour ne pas briser la boucle, à moi de le passer à 3 personnes choisies: Chiboum, parce que ce sera peut-être l’occasion pour elle de sortir des photos de vacances, ou alors de contrer le rose de Cro-Mignonne. Zelda, parce que je sais qu’elle me lit, en silence, et que j’aimerais bien la revoir dans ses lieux à elle. Et enfin Leeloolène, qui a sûrement bien des choses en bleu à nous montrer, notamment depuis qu’elle a acheté son macro!
Si l’envie vous en dit, bien sûr!
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