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30.11.2011 par Flo.
Ces temps, j’ai envie d’écouter de la musique classique.
Ca peut s’expliquer de plusieurs manières, à commencer par le fait que je suis un peu plus souvent seule à l’agence, donc que j’ai la main sur la playlist. Et que vu l’état de nerfs dans lequel me met mon boulot et surtout un ou deux gugus de l’entourage, j’ai très besoin de douceur, de calme, d’apaisement. Je compense l’exposition de l’open-space, le manque d’intimité et l’incapacité à pouvoir fermer la porte pour souffler un bon coup par les moyens du bord: tenter de créer une ambiance plus feutrée et m’y enfermer quand je le peux…quand j’y arrive.
Ca, c’était pour l’explication la moins sympa.
La plus chouette, c’est que c’est l’hiver, même ici c’est arrivé, et qu’il commence à faire des températures un peu plus dignes de ce nom. Jetez-moi au feu si vous voulez, ça me manquait.
Et inévitablement chez moi, ça me rappelle les feux de cheminée qu’allumait mon père lorsque la nuit tombait vite, des puzzles que je faisais tranquillement dans ma chambre en écoutant la radio branchée au salon, l’odeur de thérébenthine parce que mon papa avait sorti ses toiles, ses couleurs, ses pinceaux…C’était l’hiver, il faisait froid dehors, de la buée sur les fenêtres, on allumait des bougies, le chat se blottissait sous les couvertures, on était bien, on buvait du thé aux épices.
Pour toutes ces petites madeleines de Proust, je cherche donc des morceaux tout doux, du violon, du piano. Or j’ai déjà épuisé les moyens classiques à ma disposition: depuis qu’on refuse de payer (qu’est-ce qui reste gratuit, dites-moi?), on ne peut plus écouter certaines playlist qu’un temps compté, largement pas suffisant pour remplir mes journées de travail et quelques soirées où me prend l’envie de réécouter quelques morceaux.
Je me suis tournée vers les radios en ligne, j’ai pris la radio nationale, qui fait royalement planter tout mon système vétuste au travail, sans compter les interruptions publicitaires et les flashs information dont je me passe volontiers, merci; je baigne dans les mauvaises nouvelles du quotidien pendant tout mon trajet du matin, à partir de l’arrivée sur mon lieu de travail et mon retour, je préfère choisir moi-même ce que je veux entendre.
Un grand moment de solitude et de silence plus tard ce matin, et après avoir recherché désespérément des moyens alternatifs, me voilà tombée tout à fait par hasard sur la radio classique suisse, qui se lance quasi sans rechigner, ne se coupe pas, et comble du miracle, ne diffuse aucune pub, aucun flash info! Tout juste de temps en temps une petite intervention d’un présentateur à l’accent délicieusement prononcé!
Dire que je suis aux anges est un euphémisme, j’en suis encore à me demander où est le piège et combien de temps je vais avoir le droit de l’écouter là comme ça! Et dire aussi que j’ai passé des années à ronchonner contre mes parents à chaque fois que je posais mes fesses dans la voiture familiale et qu’ils voulaient un peu de musique classique, en leur arguant que non merci, je ne voulais pas de ce programme, c’est une revanche digne de ce nom!
Voilà, sauvée par mon pays d’origine, qui m’offre un programme original, tout doux et tranquille, et m’a permis de passer une journée musicale comme je l’espérais!
Ouaip, tout soudain comme ça, me revoilà. Oh je ne sais pas si ça va durer hein, mais visiblement ça aide d’être à jour sur sa blogroll, ses mails et de s’enquiquiner au boulot en écoutant des violons….
Posté dans Petits plaisirs & petits bonheurs, Il était une fois... | 5 commentaires »
2.8.2011 par Flo.
Quand j’avais 9 ou 10 ans, je me souviens des vacances scolaires, juste avant de partir ou après être revenue. Je me souviens de ces journées où le soleil se couchait si tard, où j’étais au lit avant qu’il ne fasse complètement nuit.
Je dormais sous la fenêtre ouverte, à peine sous le drap, et j’écoutais les bruits de l’extérieur, les oiseaux qui s’égosillaient dans le grand sapin juste à côté, les rares voitures qui passaient, et puis les cris d’enfants, ceux de l’autre côté de la rue, dans la cour au milieu des maisons. Ils jouaient au ballon, au vélo, ils se couraient après, ils s’appelaient, ils s’ébattaient jusqu’à ce qu’il fasse nuit, ou que je sombre dans le sommeil.
Je les écoutais fascinée et recroquevillée, je me disais que si je le voulais vraiment, je pouvais aussi me lever, convaincre mes parents qui auraient sans doute si facilement accepté, et traverser la rue pour aller les rejoindre.
Mais je ne les connaissais pas ces enfants, je ne savais pas leurs noms, je ne savais même pas si nous allions à la même école, et je n’avais pas envie d’arriver là au milieu, d’être la solitaire qui devait faire l’effort de s’intégrer dans un groupe déjà composé. Ca me faisait peur, ça me paraissait impossible.
Alors j’écoutais, je participais à distance, je me disais déjà que ce n’était pas tout à fait normal d’être toute seule et de ne pas profiter de ces journées si longues et de cette absence de contrainte, mais que j’étais bien au lit, dans la fraîcheur relative juste sous la fenêtre, et puis j’avais sommeil, et puis j’avais peur, et pourtant qu’ils avaient l’air de bien s’amuser, tous ensemble….
***************
Quand j’étais adolescente, je me souviens de ces vacances dans le Grand Sud, au bord de la mer.
Je me souviens de ces 15 jours de liberté de mouvements et de choix au sein du club, de la possibilité d’aller et venir comme je l’entendais, de ces décisions que je prenais qui semblaient toujours si inattendues…
Je me souviens que je m’endormais tard, lorsqu’il faisait nuit et enfin frais, la fenêtre ouverte sur la moustiquaire, des ruses que nous avions avec mon frère pour ouvrir doucement la porte en rentrant, la refermer encore plus vite, et n’allumer la lumière qu’en étant certains que plus aucun moustique ne pourrait passer.
Nous nous mettions au lit, et alors que son souffle à lui devenait si vite profond et régulier, j’écoutais la nuit et ses bruits, les insectes qui grinçaient, j’humais les senteurs que la nature dégageait après la canicule. Et puis souvent, au loin, en fonction d’où venait le vent, j’entendais la musique, les basses, les battements qui provenaient bien souvent de la boîte de nuit qui devait laisser sa porte ouverte, pour permettre à la fraîcheur nocturne d’alléger les vacanciers décidés à brûler la nuit jusqu’aux pointes de l’aube.
J’entendais les rires des jeunes de mon âge qui arpentaient les allées, j’entendais les danseurs taper des mains et crier pour réclamer d’autres morceaux.
Je les écoutais du fond de mon lit et je me disais que si je le voulais, il me suffisait de me lever, de prévenir mes parents au cas où ils auraient voulu venir s’assurer que tout se passait bien, de les avertir que je voulais aller danser et qu’ils ne s’inquiètent pas, je ne pouvais pas aller bien loin. J’aurais pu rejoindre cette foule d’inconnus et me fondre avec eux, retrouver des têtes vaguement connues et croisées dans la journée, ou pas. J’aurais pu rejoindre ceux de mon âge, ceux qui me croisaient souvent vaguement interrogatifs de me voir si lointaine, si froide.
J’aurais pu et je ne l’ai jamais fait, parce que j’avais peur, peur d’arriver au milieu de groupes déjà composés, peur de faire l’effort et le premier pas, peur de cette peur inconnue qui me rongeait le ventre, les entrailles, me faisait me recroqueviller dans ce lit et apprécier tout ce qui pouvait être fait en solitaire, pourvu qu’on ne me demande pas de m’immiscer dans un groupe trop important.
Alors je fermais les yeux et chantais les chansons que je reconnaissais dans ma tête, pour moi, je me les fredonnais et m’endormais sur le son de la musique en me disant que c’était dommage, mais que c’était impossible, et que je ne pouvais pas faire autrement, même s’il me suffisait juste de me lever, de mettre mes sandales, et ma jupe jetée sur la chaise, mon t-shirt, et que personne ne m’aurait entendue me glisser dans l’obscurité…
***************
Hier soir, j’ai eu droit à une migraine comme il ne m’était plus arrivé de ressentir depuis fort longtemps. J’ai pris un cachet, de ceux que je ne peux prendre qu’en allant me coucher dans la foulée parce qu’ils me coupent les jambes et la moindre once d’énergie que je pourrais encore avoir.
Je me suis allongée, il faisait chaud, j’ai laissé la fenêtre ouverte, et dans un semi-coma, provoqué par la douleur, l’analgésique et mon état de décomposition avancée, j’ai écouté les bruits de la nuit…les voitures qui passaient, et puis à un moment, les cris des enfants, des jeunes en bas de la rue, alors que la nuit tombait.
J’ai écouté cela en m’enfonçant dans le sommeil, j’ai écrit ce billet dans ma tête en me disant vaguement que je n’en aurais plus aucun souvenir le lendemain. Je me suis laissée porter par les souvenirs qui remontaient de mon enfance, et je me suis sentie bien plus légère parce que même si je n’ai pas été cette enfant qui s’est jointe à ses camarades de quartier, même si je n’ai pas été cette adolescente qui est allée danser jusqu’au bout de la nuit, j’étais désormais une adulte heureuse et pas trop mal dans ses pompes, même s’il y a encore des ajustements à faire, à commencer par une migraine à surmonter…
Alors je me suis juste laissée bercer, j’ai senti le vent soulever le drap, les oiseaux ne chantaient plus ou alors je ne les entendais plus depuis un moment et j’ai sombré dans le sommeil le plus paisible possible, compte tenu des circonstances…
Et je me suis dit que ce que j’avais gagné à tout ça, c’était d’adorer m’endormir au son de la vie qui bat à l’extérieur, et de me sentir à l’abri au chaud ou au frais, et de savoir que même si je n’y étais pas physiquement, j’y participais à ma manière jusque dans mon sommeil….
Et pardonnez-moi de cette incapacité à même répondre aux commentaires…que j’ai toujours autant de plaisir à lire. Je m’y mets dès maintenant, et je vais essayer d’être un peu plus rigoureuse, pour le peu de billets que j’écris, je vous dois au moins ça…
Posté dans Il était une fois..., états d'âme | 9 commentaires »
24.6.2011 par Flo.
Taggé par M’dame Chiboum, qui cherche désespérément un moyen de me faire revenir ici, ce dont je lui suis reconnaissante, je dois révéler 7 choses que vous ignorez de moi.
Ca fait des jours que je tourne ça dans ma tête, d’abord parce que j’ignore totalement ce que j’ai pu écrire comme confidences / inepties dans ce blog fort peu entretenu mais vivotant depuis quelques années quand même (bientôt 4, et si je ramène ça au ratio du nombre de billets, c’est pitoyable), alors je vais essayer d’innover un minimum, en m’excusant d’avance de choses que vous pourriez déjà savoir.
1/ Je ne supporte pas le mensonge. C’est une réaction instinctive chez moi, je suis toujours persuadée que si je mens, tout le monde le verra sur mon visage et que je dois être atteinte du syndrome Pinocchio.
Or, une fois dans ma vie, j’ai menti éhontément, et 11 ans plus tard, je le confesse pour la première fois: l’avant veille de mon mariage, alors que mon futur beau-père m’avait prêté son énorme Espace pour aller faire une course au centre du village, je me suis garée, et dans la manoeuvre, j’ai gratté tout le flanc avant gauche (sur une autre voiture, en plus!). Paniquée, je n’ai osé ni laisser de message à la voiture d’à côté (qui heureusement n’a pas bougé le temps que je revienne, donc n’a jamais su qui lui avait fait ça), mais pire, j’ai dit à mon beau père que c’était quelqu’un d’autre qui me l’avait fait, et que je n’avais jamais pu voir qui sur le parking. Je ne sais pas pour quelle raison j’ai paniqué au point de croire que ça provoquerait un scandale, alors qu’il m’appréciait, mais voilà. J’en ai des remords aujourd’hui encore, même si sur le fond, il n’y a pas eu de souci de son côté pour se faire rembourser.
Se marier avec un tel mensonge sur la conscience, ça laissait bien augurer du reste de l’histoire, et ça n’a pas manqué…(non je n’ai aucune foi dans le karma et le fait de payer pour mes pêchés, mais parfois, je me dis que certains signes ne trompent pas…)
2/ De la même manière, le jour où mon ex m’a demandée en mariage, dans ce petit bouiboui chinois pas mauvais, et dans une forme de blague et de défi du genre “chiche”, j’ai entendu dans ma tête un énorme NON me hurler dessus. Je ne m’appelle pas Jeanne d’Arc, je vous assure, mais là, c’était très clair. Je me souviens aussi avoir dégluti, réfléchi un quart de seconde, et dit oui. Parce que j’étais jeune, gamine, innocente, parce que j’étais amoureuse, parce que je vous mets au défi de dire non à une proposition de mariage, même si ça n’a jamais été ni mon fantasme, ni mon idéal, mais quand même…parce qu’à ce moment-là déjà, je n’écoutais pas ce genre de petite voix, et je ne regardais pas tous les signes. Ce fut l’une des plus magistrales erreurs de ma vie, et il m’a fallu 7 ans ensuite pour apprendre que la voix qui se manifestait parfois dans ma tête, j’avais généralement intérêt à la prendre en compte, sinon le retour de bâton était assez douloureux…
3/ En mode girly, si j’avais une seule chose à changer chez moi (et pourtant il y en aurait des tonnes), ce serait mes cheveux. Merci à la génétique et l’hérédité, j’ai eu mes premiers cheveux blancs à 18 ans et aujourd’hui, oui je le révèle, si je ne me colorais pas régulièrement les cheveux, je serais aussi blanche qu’une mamie de 70 ans. Et j’avoue, je ne l’assume pas du tout, je ne suis pas capable d’accepter ces racines qui apparaissent beaucoup trop vite, et mon budget m’interdisant un coiffeur mensuel, je cache ça avec des colorations maison qui m’offrent un répit assez peu satisfaisant mais mieux que rien.
Du coup, mon désespoir est non seulement d’avoir perdu une qualité de cheveux soyeuse et douce, mais surtout une couleur d’origine dans les châtains auburn qui me plaisait particulièrement et que je n’ai jamais réussi à retrouver. Je sais, c’est un drame absolu…
4/ L’une des plus grandes fiertés, que j’ai eue, c’est d’avoir passé mon permis moto. Après un nombre d’heures de cours totalement éhonté et des angoisses dignes des plus grands stress que j’ai pu ressentir dans ma vie. Et du premier coup (il m’a fallu 2 tentatives pour la voiture), alors que même mon professeur m’a avoué qu’il n’y croyait pas lui-même.
L’une des plus grandes tristesses actuelles, c’est que je m’étais juré de ne pas passer ce permis moto pour ne jamais en faire, et que ça fait bientôt 7 ans que je n’ai plus touché un guidon en tant que pilote. Et forcément, plus le temps passe, moins j’ai confiance en moi. Il est évident pour moi qu’un jour je m’y remettrai, mais il est tout aussi évident que le jour où je me déciderai, je reprendrai quelques cours pour me remettre en confiance..
5/ Dans la même veine, j’ai eu mon permis bateau côtier en le passant sur la Marne. Et même si ça n’a pas été une aussi grande source de stress que la moto, ce n’était quand même pas aisé. Aujourd’hui encore, je me demande au nom de quoi l’examinateur m’a donné ce permis alors que pour la manoeuvre de l’homme à la mer, que je maîtrisais pourtant bien en exercices, j’ai consciencieusement écrasé mon noyé qui n’attendait qu’une bouée de ma part, et qui a vu une étrave lui foncer dessus. Vous me direz que la Marne étant plus étroite que la mer, la manoeuvre était moins facile, et je vous répondrai que vous êtes bien compatissants avec moi!
6/ Je n’ai pas la nationalité française, et je ne pense pas la demander. Comme je l’ai déjà écrit ici je crois, ça m’obligerait à renoncer à ma nationalité italienne, si j’ai tout bien compris. Ca reste peut-être à confirmer.
Par contre, je vote en Suisse et en Italie, par correspondance, et selon mes droit d’expatriée. Et j’y tiens. Pour la première, parce que ça me permet d’apporter ma contribution à endiguer tant bien que mal la montée de l’ultra nationalisme, pour ce que ça vaut et à défaut de le faire dans mon pays d’adoption. Pour la seconde, parce que ça me permet de aider à virer le gros tyran incapable qui a été élu à sa tête par je ne sais quelle folle entourloupe.
Cela dit, à certaines périodes et lorsque je suis à ce point consternée par tout ce que j’entends à la radio, je me dis qu’accepter une troisième nationalité serait bien aussi, histoire de simplement faire barrage avec mes petits moyens. Mais pas aux frais des 2 autres!
7/ Pour différentes raisons, certaines évoquées ici et d’autres non et qui peuvent provoquer mon silence, le début de l’année 2011 a quand même été en version montagnes russes. D’immenses bonheurs et de tout aussi grandes tristesses. Je n’ai pas pour habitude de raisonner en terme d’années, à vrai dire, mais là au solstice d’été, ça me marque suffisamment pour que je le mentionne.
L’un des derniers rebondissements en date a été le limogeage de mon boss, que je peux désormais ajouter sans aucune fierté à mon CV. Ce fut l’un des moments humainement les plus difficiles à vivre, mais c’est fait. Sans fierté, sans gloire, mais avec le sentiment que ce qui était nécessaire s’est réalisé.
Et pour rester donc sur l’idée d’une année civile, j’aimerais bien me dire que j’ai mangé le pain noir, et qu’il ne reste que le meilleur à venir….
Ce tag a tellement tourné et retourné dans la blogosphère que je ne désignerai personne pour la succession, mais c’est du libre service bien entendu!
Tête d’un voisin du dessous, à moustaches curieux, qui réalise qu’il y a un autre univers que son appartement, ses maîtres et sa terrasse. Et qui semble se demander comment il pourrait nous rejoindre histoire de tester quelques câlins ou, sans doute, d’autres saveurs de gamelles. J’ai toujours très peur qu’il se lance et se casse la figure, il y a quand même joyeusement une dizaine de mètres sous ses pattes (et bien plus entre lui et nous…)
Posté dans Manie des listes, Petits riens, Il était une fois... | 11 commentaires »
14.2.2011 par Flo.
Crépuscule. Coucher de soleil flamboyant, rouge orange rosé, la chaleur s’estompe, cette ambiance si particulière au grand Sud s’installe après une journée caniculaire. Les oiseaux se remettent à chanter avant la nuit, les odeurs s’exacerbent avant de s’apaiser, chaque minute qui passe est une parade, comme pour nous convaincre de rester jusqu’au lendemain.
J’ai toujours infiniment aimé ce moment-là de la journée là-bas, peut-être depuis ce jour, peut-être avant je ne peux le dire.
J’avais joué au tennis et je m’étais assise, sans doute pour attendre mon père qui finissait sa partie, ou simplement par envie de calme. Dos contre le cabanon qui brûlait encore des rayons de la journée, je contemplais la lente disparition du soleil, je respirais à pleins poumons, j’écoutais les bruits des joueurs qui se feutraient, chacun rentrait pour prendre sa douche. C’étaient les vacances, c’était la douceur de vivre, c’était mon adolescence et son cortège de questions, de doutes et de malaises.
Il est venu s’asseoir à côté de moi, comme ça, nous nous connaissions déjà mais je crois que c’est la première fois qu’il a fait cela, venir vers moi, et nous avons commencé à parler. Je n’ai plus aucune idée de la conversation, pas le moindre souvenir des mots qui ont été prononcés. Je me suis juste dit que cet instant-là, ces minutes hors du temps qui faisaient battre mon coeur et mon corps plus fort encore, resteraient gravées en moi. Ce coucher de soleil et cet apaisement, mon flamboiement intérieur et ce lien qui se tissait avec lui; il plaisantait, je riais, le temps s’accélérait. J’en avais la conscience aiguë, comme une petite voix qui répétait dans ma tête “tu vas t’en souvenir. Toute ta vie, tu te souviendras de ce moment. Tu vis quelque chose de particulier, de si exceptionnel”.
Je ne sais plus comment ça s’est terminé. L’esprit filtre, ne retient que ce qui l’intéresse. Nous avons dû nous faire la bise, ou pas, nous promettre de nous revoir le soir-même, ce qui s’est fait, ou alors le lendemain. Qu’importe? J’ai eu ce coucher de soleil dans un coin de mon coeur, de mon esprit pendant des années.
Je l’ai eu au bas de l’escalier en pleine station de métro, dans le sous-sol parisien, je me souviens précisément que j’ai été fusillée sur place un jour où ma mémoire tournait à plein régime, je me suis souvenue de cet instant magique là au milieu de la grisaille et des odeurs, j’ai redéroulé toute l’histoire, tous les ratés et tout l’inachevé qui avait commencé à cet instant-là. J’ai joué avec les couleurs et la douceur de l’instant, comme pour me forcer à prendre conscience que je n’y étais plus et que ma vie avait pris un chemin tellement différent. J’ai vécu cela comme une vraie mise en abyme, un lieu me remémorant un autre, aucun lien mais la conscience aiguë ce qui m’entourait, et ce que j’étais en train de vivre.
Aujourd’hui, tout cela s’est estompé comme une jolie toile impressionniste. Je peux faire appel à cette image sans qu’elle soit douloureuse, je souris de ne pas m’être trompée, d’avoir senti à quel point ce moment de ma vie a été important, même si je l’ai sans doute gâché. Et j’aime savoir que d’un instant à l’autre, un lieu peut transformer ce que nous vivons. Tout comme nous transformons les lieux où nous sommes….
Ceci est un billet ricochet à celui du jour de Chiboum, et écrit sur sa proposition. Rendez-vous là-bas!
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31.1.2011 par Flo.
Je disais donc que j’ai feuilleté ces derniers temps les quelques centaines de photos familiales numérisées et gravées par mes parents. Petit paquet de cd’s qu’ils m’ont offerts pour mes 30 ans, et qu’ils réactualisent de temps en temps. Ca a du bon d’être à la retraite.
Je les ai regardés en contemplant cette petite fille d’un regard interrogatif, me retrouvant un peu, ou alors pas du tout. Et m’étonnant toujours et encore de cette amnésie totale que j’ai pu développer au sujet de certains pans de ma vie.
Une chose m’a frappée aussi tout particulièrement, qui m’amène à développer ici un thème que j’ai déjà maintes fois abordé en ces lieux, en tournant un peu autour du pot néanmoins: je me suis vue avec de jolies couettes, des barrettes, plein de robes à petites fleurs, jamais trop, mais jamais trop peu, juste ce qu’on a l’habitude de voir d’une petite fille dont les parents prennent soin (en prenant en compte le goût du début des années 80 en matière vestimentaire, bien entendu…)
Si vous m’aviez posé la question “comment étais-tu enfant?” je vous aurais répondu “en pantalon, cheveux courts, bien plus masculine que féminine”.
Oui, j’ai été cette fille garçon manqué-là aussi, mais bien plus tard. A l’adolescence. A la période où les jeunes filles doivent assumer les changements de leur corps, et les bouleversements qui les accompagnent psychologiquement parlant. J’ai juste collé cette image-là, dont je me souviens, à une enfance différente dont j’ai tant oublié.
Longtemps, très longtemps et parfois même encore aujourd’hui, ma conception du monde a été manichéenne. Je catégorisais, je rangeais: on est un garçon manqué, ou une fille ultra girly. On aime la mer, ou la montagne. On est quelqu’un de bon, bienveillant et généreux, ou alors on est une âme mauvaise, noire et dangereuse. On est une maman, ou une professionnelle épanouie. Une Suisse neutre et raisonnable, ou une Italienne caractérielle.
J’ai eu besoin de certitudes pour me construire. Comme chacun d’entre nous, mais j’ai utilisé ce schéma-là pour y parvenir, par je ne sais quels détours de mon inconscient-ce-taquin.
Ce schéma m’a emportée dans de drôles de paradoxes. Dans la souffrance la plus extrême avant de pouvoir assumer un divorce. Dans un déchirement permanent à force de refuser de voir qu’une seule et même personne pouvait être Janus. A ne pas assumer mes choix ni savoir quel costume enfiler, à devoir jouer la comédie et ne jamais me sentir à l’aise. C’était comme si volontairement je décidais de rester sur la corde du funambule, toujours au bord du déséquilibre et de la chute, alors que j’avais le sol plat, lisse et solide à 50 centimètres sous mes pieds.
Je peinais à entrer en contact avec les personnes que je ne parvenais pas à ranger dans une case ou l’autre de mon schéma. Selon ce que je percevais d’elle, je ne peux pas dire que je m’en contentais, mais je n’arrivais pas à patiner le dessin, à l’atténuer, à nuancer. Je me lançais à corps perdu dans la relation, je pardonnais tout et passais sur tout par passion, ou je me fermais et ne laissais aucune seconde chance. Faux départ, pas de route. Et je pouvais tout aussi bien être d’une innocence à couper le souffle, et en arriver à plonger très loin dans le pays des bisounours rempli d’arc en ciel. Si si, même si ça faisait mal aux yeux.
Depuis quelques temps, je crois que je retrouve mon équilibre. Oh bien sûr, je suis encore un peu de tout cela. On n’enlève pas sa seconde peau aussi facilement qu’un costume, lorsqu’on prend des habitudes même mauvaises, il est toujours bien plus long de les perdre que de les acquérir. Je me fais encore bien peu confiance, et j’ai bien souvent besoin d’un temps d’adaptation, comme un décalage pour repérer mes tendances extrêmes et me modérer. Parfois je n’y arrive pas toute seule.
Mais j’apprends aussi à devenir pleinement moi-même, à réunir ces deux parties en moi qui se faisaient la guerre et se battaient pour obtenir l’exclusivité. J’accepte l’être humain et son paradoxe qui préfère décliner les tonalités de gris et qui ne sera jamais ni blanc, ni noir. J’essaye de m’apaiser et je m’autorise à aimer les pantalons et les jupes, à arriver le lundi en jeans et rangers, et le mardi suffisamment apprêtée pour m’attirer les remarques des mes collègues. J’assume de partir en vacances à la montagne et dire que la mer me manque ou l’inverse, et j’essaye de réfléchir à la mère que je pourrais devenir tout en mettant sur pied mon projet professionnel. Je garde un caractère entier, parce que c’est mon sang italien qui parle, celui qui bout à la moindre hausse de température, celui qui a envie de s’enflammer et s’enthousiasmer, et je laisse ensuite la partie suisse tempérer, adoucir, raisonner, argumenter.
Je me suis penchée sur cette photo déchirée et éparpillée qui me représentait, j’ai compris que séparément, ces petits morceaux ne feraient jamais une personne heureuse et harmonieuse. Mais si je les recolle, même grossièrement et avec quelques erreurs, finalement ça donne une femme mieux dans ses baskets ou ses escarpins.
Je ne saurai dire quand ce processus a commencé. Ce que je sais, c’est que cette petite fille, qu’elle soit en robe et couettes ou pantalon et cheveux courts, contribue à m’aider dans ce chemin même si je ne suis pas encore tout à fait arrivée au bout….
Mais oui, en robe et en collants. Par contre quand j’ai regardé ce que je tenais dans les mains, j’ai éclaté de rire. Et je me suis dit qu’il n’y avait pas meilleure illustration de ce billet que ce joli paradoxe de quand j’avais 4 ans!!
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25.1.2011 par Flo.
En fait, je voulais d’abord mettre le texte ici. Et puis d’autres photos. Mais finalement je vais aller à la simplicité et au plus court.
J’ai eu l’immense honneur d’être contactée par Baci, qui en tant que rédactrice en chef de Voldemag cette semaine, m’a proposé de publier un billet de mon choix.
Voldemag, c’est quand même un peu le webzine que j’admire, dans lequel je trouve des plumes époustouflantes, et que je lis en me sentant vraiment toute, toute petite. J’ai donc accepté avec une sacrée pression, en me disant que pour le coup j’allais devoir assurer un max. Mais une opportunité pareille, ça ne se refuse pas.
Et puis la grâce de la sainte plume m’a touchée, ou alors j’ai juste réussi à mettre des mots sur un sujet que je traînais dans ma caboche depuis un petit moment, et ça a donné ça.
Il faut savoir aussi que pour trouver l’inspiration, j’ai passé à peu près tout le week-end à feuilleter virtuellement les albums photos familiaux que mes parents m’avaient généreusement scannés il y a quelques années. Et que je me suis envoyé quelques shoots de nostalgie pas forcément bons pour le moral, mais dans lesquels je cherchais un ou deux clichés de Tunisie et d’Italie sur lesquels je n’avais pas ma propre bobine ou celle de Super Frérot (qui, au passage, était éhontément blond, mignon, souriant et craquant) au premier plan.
J’en ai trouvé. Mais ce sont des photos papier, âgées, usées et scannées. Qui ont donc passablement perdu de leur qualité et de leur grain. Baci en a proposé de bien plus jolies et sympas à la place, et je l’en remercie.
Alors voilà. Je suis heureuse du résultat, je l’avoue, et heureuse d’avoir vécu cette aventure. Et je vous incite tous à aller faire un tour sur ce webzine, et pas que parce que j’y apparais. Juste parce que c’est un régale.
Tunisie et les Abruzzes. Il y a ohlala au moins…
Voui, comme je suis une fille partageuse, je vous les offre quand même. Histoire que vous fassiez la comparaison aussi!
Posté dans En bref, Petits plaisirs & petits bonheurs, Il était une fois... | 6 commentaires »
5.1.2011 par Flo.
4 Janvier: le plus petit des petits riens…
Mais je n’aime pas ces intitulés! Comment puis-je parler de “plus petits de petits riens”, qui ont forcément de l’importance pour que je vienne à écrire à leur sujet?
Le petit cadeau que j’ai reçu pour Noël, de ma belle soeur, qui m’a infiniment touchée, sans même qu’elle ne s’en doute tout à fait. Un ravissant mobile de petites fées, qui tournent grâce à la chaleur d’une bougie. Peut-être en avez-vous vu, vous aussi, dans votre enfance? J’ai le vague souvenir que nous en avions un bien plus massif et moins ciselé, avec de petits anges, et que j’adorais le regarder tourner.
Aussitôt reçu, je l’ai déballé, monté et allumé et aujourd’hui chaque soir, je le fais marcher un petit moment, comme pour me calmer, comme une berceuse qui m’apaise.
Ce petit rien-là qui est tellement plus, et qui résume à lui tout seul Noël, l’hiver et l’intérieur douillet, la chaleur humaine, le plaisir familial, les traditions que nous avons su conserver, celles que nous innovons….
5 Janvier: acheté….
Acheté pour me faire plaisir, et comme cadeau, une paire de bottes de marque sur lesquelles je lorgnais depuis longtemps, et que j’avais demandé en cadeau parce que c’est totalement au-delà de mon budget normal, surtout pour une paire de chaussures. Reçues il y a peu, et que j’arbore avec bonheur, elles sont confortables et chaudes, et me permettent enfin de marcher sans talon, reposer mon dos et mes lombaires.
Acheté aussi, traditionnellement, mon petit agenda de nouvelle année. Je ne me résous toujours pas à passer à l’électronique que je trouve si peu fiable, et puis j’aime le syndrome nouveau cahier, celui où l’on s’applique les 10 premiers jours sans rature et pour faire joli, et qui se termine quelques mois plus tard par des pages déchirées parce qu’on cherche frénétiquement un bout de papier brouillon, ou de gribouillage pour expliquer à la va vite comment atteindre un lieu. C’est aussi ça qui rend mon carnet vivant, même si je l’entretiens bien moins qu’à une certaine période.
Et incroyablement, je crois que cette année, j’ai battu tous les records quant au choix d’habitude si réfléchi de ce petit agenda qui sera mon fidèle compagnon d’une année entière. Premier magasin, il n’avait pas la marque que j’espérais, mais je tombe tout à fait par hasard sur un modèle qui me séduit, je l’embarque et je le paye. Et pour l’instant, aucun grief à relever…il faut juste que je m’attelle à y recopier (en rouge!!?) les dates d’anniversaire de ceux qui me sont chers.
Quelques achats début d’année donc, pour fêter un 13ème mois payé en retard, pour me faire un peu plaisir, mais quand j’ai vu hier le prix du plein que j’ai dû faire, j’ai remisé ma carte bleue très loin au fond de mon sac, en m’interdisant de la ressortir avant un petit moment. Ca, c’est un cadeau dont je me serais volontiers passée….
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17.12.2010 par Flo.
16 Décembre: tissus…
Quand j’étais gamine, il y avait deux choses que ma mère essayait désespérément de me faire accepter et que je refusais de toutes mes forces: j’ai nommé les pulls en laine, et les collants.
Le pull en laine, on pouvait toujours me l’enfiler par-dessus 3 couches de sous pull en coton, je décrétais illico que ça grattait, et je le retirais. Pas moyen d’aucune façon, de supporter ça sur moi. Le moindre petit centimètre carré de peau susceptible d’être en contact avec la matière irritante me faisait m’arracher le vêtement, et psychologiquement, j’avais l’impression qu’on me le faisait porter sur la peau nue.
Les collants, c’était un peu la même chose. Avoir les jambes serrées, coincées, me donnait l’impression d’étouffer. Et puis ça “faisait froid”. Ma mère a tout essayé, des collants classiques féminins à ceux de petites filles, qui eux ressemblaient trop à la laine et “grattaient”. Oui, j’étais un peu désespérante comme gamine, je vous l’accorde.
Deux trouvailles m’ont donc tardivement sauvé la vie: les pulls en maille polaire, et les leggings. Du jour au lendemain, je devenais chaudement et douillettement habillée, et je supportais de mettre des collants en coton, quasi aussi épais que des petits pantalons, qui finalement devenaient même à la mode sous des jupes (mais bon, les jupes et les robes c’était encore une autre histoire…)
J’ai toujours privilégié le confort à l’allure. A tort sans doute, mais même aujourd’hui, quand je suis élégamment habillée, si ce n’est pas le top confort, je pousse un énorme soupir de soulagement quand je peux enfin me changer et me mettre en habits d’intérieur. J’admire ces femmes qui supportent leur tailleur quotidien, qui préfèrent les chemises aux pulls, les jupes aux pantalons. Moi, mon idéal, ça reste le jean, chaussures confortables et souples, et pull tout doux.
Alors mes tissus à moi, ça va forcément être du coton plutôt que du synthétique qui gratte, du polaire plutôt que de la laine, du souple plutôt que du rigide…Et pourtant je vous assure, je fais des efforts!
17 Décembre: un pli…
Plis sur les vêtements, repassage vite fait que je viens de terminer, pli des vêtements que je mets dans le sac, préparation du voyage, départ demain, enfin les vacances…
Pli à mettre à la poste avant de partir, il trônait fièrement sur le buffet depuis quelques jours, et forcément, on est retard, on n’y a pas pensé.
Pli que je devrais, ou pas, recevoir à mon retour de vacances et qui va, que je le reçoive ou non, changer ma vie malgré tout…
Plis sur ma peau, creux et rides, là où je ne le veux pas, je suis à nouveau mécontente de la silhouette que je me renvoie mon miroir…
Plis de soucis: trop de pensées me tournent dans l’esprit, le petit vélo peine à s’arrêter, ça va de “qu’ai-je pu oublier dans mon sac” à “comment va être ma vie dans 2 mois”, et tous les intermédiaires….
Pas qu’un, donc, mais de nombreux plis dans ma vie actuelle…
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7.12.2010 par Flo.
Il y a quelques temps, Zelda nous écrivait un ravissant billet sur la transmission familiale.
Que reçoit-on de ses parents, grands parents?
Et elle nous interrogeait sur ce que nous, nous pensions garder, et transmettre par la suite.
J’avais fait une petite liste dans les commentaires en réponse, avec l’envie de développer un peu plus. Je suis dans une période où ma fois, malgré moi, des souvenirs d’enfance assaisonnés d’un peu de nostalgie ponctuelle surviennent. Syndrome de fin d’année, fin de cycle, ou qu’en sais-je…
De ma grand mère maternelle, disais-je donc, j’ai le goût de l’Allemand bien parlé et chantant (si c’est possible!), celui du Nutella dans lequel je piochais à la petite cuillère (2 mais pas plus, et avec quelle impatience j’attendais qu’elle ouvre son placard de cuisine et me descende le pot), de la purée de pomme de terres maison. Celui des comptines chantées sur les genoux, de l’odeur poudrée qui appartient à toutes les grands mamans, les bras qui se serrent fort pour les câlins, les regards malicieux et l’impression d’être la princesse dans les yeux de cette femme si chaleureuse et agréable.
D’elle, j’ai le regret de son départ si tôt dans mon adolescence, elle me manque encore aujourd’hui, adulte où je rêverais d’aller me réfugier et lui parler de la vie, de ce qui nous rassemble, et ce qui nous différencie. Elle est encore dans mon coeur et mes pensées, comme une confidente. Je lui parle, comme j’aurais eu envie de lui parler toute ma vie.
D’elle, j’ai hérité de la fascination de l’histoire de la seconde guerre, l’intuition profonde qu’il n’y a rien de tout blanc ou de tout noir dans cette période. Et une histoire familiale trouble et sombre, si méconnue malgré le nombre incalculable de photos dont nous avons hérité, et dont nous ignorons parfois qui elles représentent…
De mon grand père maternel, son mari, l’odeur du fer à souder qui le suivait à la trace, une chambre sombre et des appareils électroniques partout. Un sale caractère sans aucun doute, la capacité d’être taciturne et de rabrouer. Une forme de froideur et faire comprendre à l’autre qu’il n’est pas le bienvenu, mais la capacité de se laisser amadouer malgré tout à force d’insister.
Le souvenir d’une vieille DS je crois, je ne sais même plus si je suis montée dedans. Je ne me souviens pas vraiment l’avoir vu sourire non plus. De lui, j’ai hérité cette impatience poignante envers les enfants, cette obstination à les considérer comme de petits adultes et à ne pas vouloir entrer dans leur monde. De lui, j’ai reçu ces travers dont j’essaye aujourd’hui de me libérer, alors que pourtant j’en ai souffert petite.
Mais n’allez pas croire que je ne l’aimais pas. Il était jute un étranger, nous n’avons pas eu le temps de nous connaître lui et moi, malgré le temps que nous avons eu ensemble et sa présence géographique proche. Il est parti alors que je n’étais pas encore assez grande pour lui…
De ma grand mère paternelle, le caractère italien par excellence et la confirmation de la force des femmes, qui portent leur couple et leur famille. Même si elle ne me l’a pas appris personnellement, il ne me viendrait pas à l’idée de faire les pâtes autrement qu’à l’italienne, et j’ai réussi à manger des oeufs grâce à sa frittata, omelette avec de la farine et du lait pour la rendre plus légère. Elle aurait voulu, je crois, me rendre pieuse et fidèle croyante, et j’ai résisté malgré nos visites annuelles dans cette maison où elle vivait, tenue par de chaleureuses soeurs.
Résisté aussi bêtement à la langue italienne, dont je n’ai jamais sorti un mot alors que j’étais capable de suivre une conversation entière, si elle était bien parlée. Aujourd’hui encore, il me paraît impossible d’utiliser ce dialecte alors qu’en quelques semaines, j’en suis sûre, je pourrais le maîtriser avec un minimum de vocabulaire.
Nous ne nous sommes jamais comprises pour toutes ces raisons mais aussi pour tout ce qui nous séparait. Nous ne nous sommes pas assez connues, et je n’ai d’elle que le souvenir d’une toute petite femme recroquevillée, habillée en noir, à l’apparence si frêle et au caractère si bien trempé.
Enfin de mon grand père paternel, qu’en sais-je? Il est parti si tôt, quand j’avais 3 ans, et je le regrette si profondément. J’ai hérité sans doute de son sourire et, quand je le veux bien, de sa chaleur humaine, de son immense bienveillance envers ses semblables, de sa foi en la nature humaine, qu’il a également léguée à mon père. Lorsque je le regarde sur les photos, je vois tout ce qu’il aurait pu m’apprendre et m’offrir, des courses dans la campagne italienne, les oeufs qu’on allait déjà chercher auprès des poules, et puis la balançoire là-bas près du poulailler, les bouquets de fleurs sauvages. Les histoires sur ses genoux et les chansons qu’il m’aurait apprises, avec l’amour de l’italien.
Il m’a offert sa forme de visage, son nom de famille; je sais qu’il n’est jamais très loin et ma fois, j’espère qu’il est fier de celle que j’ai pu devenir, même sans qu’il ait pu m’accompagner.
De mes parents…j’en parle suffisamment tout au long de mes billets pour ne pas le reprendre ici. Et ce serait un roman à part entière.
Merci Zelda!
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6.12.2010 par Flo.
2 Décembre: la beauté à cet endroit précis
L’autre jour, mon cher et tendre a eu un flair d’enfer (avec la rime!). Rentrée à la maison plus tôt que lui, lassée et fatiguée de ma énième journée catastrophique de travail, j’ai ronchonné ferme en voyant l’état de l’appartement. Vaisselle en vrac dans l’évier (et quand on me connaît, on sait que sur l’échelle de la crispation, c’est idiot mais ça tient la barre très haute, alors que pourtant je ne pense pas être du genre stressée du ménage), rien de rangé, un canard n’y retrouverait pas ses canetons. Et dans ces cas, j’ai besoin d’évacuer la contrariété le plus rapidement possible; il est hors de question pour moi de me poser d’abord, puis me relever pour ranger.
J’ai donc à peine enlevé mes chaussures, retroussé mes manches et commencé la vaisselle, non sans râler contre l’absent, me disant que certes, on travaillait tous les deux, mais que là j’avais besoin de refaire le point sur certains incontournables, à mon sens.
Et puis 45 minutes plus tard, clé qui tourne et me déride à peine (c’est rare), et je vois poindre mon amoureux, avec devant lui une splendide orchidée blanche. Sachez que depuis que nous sommes ensemble, il a dû m’offrir des fleurs au bas mot 3 fois, et c’est un maximum. Je ne suis pas une acharnée non plus, mais j’aime de plus en plus les plantes, et de temps en temps, je ne me prive pas de lui faire remarquer qu’un petit geste me ferait plaisir. C’en est devenu un jeu entre nous.
Je le regarde interloquée, sentant déjà fondre les quelques remarques préparées avec soin dans le but “ne pas se prendre la tête mais bel et bien faire passer un message”, et devant mon air ahuri, il me dit d’une petite voix “J’avais le choix entre rentrer à l’heure ou alors un peu plus tard avec une plante, parce que je sais, j’ai pas fait la vaisselle”. J’ai éclaté de rire, me suis jetée à son cou, et bien entendu oublié toute velléité de discussion.
On en rigole encore. Et aujourd’hui, journée un peu grisaille et assez peu enthousiasmante, où je n’ai pas eu droit à la beauté d’un rayon de soleil ou de couleurs de la nature, ou qu’en sais-je, j’ai devant les yeux cette plante d’une perfection incroyable, qui s’étire devant ma baie vitrée, et glisse ses pétales nacrés et soyeux tout près de moi. Et je trouve que c’est une fort belle définition de la beauté, à cet endroit précis. Pour ce qu’elle est, et pour ce qu’elle symbolise…
Et oui, il faudrait que j’essaye d’en faire une photo, aussi….
3 Décembre: une coupe franche
Quand j’étais toute jeune ado, je ne voulais pas être une fille.
Quand j’étais toute jeune ado, mon idéal absolu, celle à laquelle je voulais ressembler, était Claude dans “Le Club des Cinq”. J’adorais son caractère et son courage, j’aimais sa sauvagerie et sa façon de s’imposer, et surtout, surtout, j’adorais l’idée qu’elle laisse planer le doute entre l’identité de fille ou de garçon. Prénom et apparence le lui permettaient sans hésitation, et ça marchait dans chacun des livres.
Moi, je n’avais pas le prénom adéquat, et il me manquait Dagobert aussi. Mais un jour, j’ai décidé de pousser un peu plus loin la ressemblance en demandant à me couper les cheveux. Très court.
Ma mère a accepté, et à mon retour, ce fut le drame à la maison: mon père consterné, mon frère horripilé, j’ai eu droit à toutes les remarques acerbes de leur part.
J’ai tenu bon. Et gardé mes cheveux courts des années durant, avec quelques assouplissements de temps à autres, mais il m’a fallu beaucoup de temps pour renoncer à cette identité-carapace (on y revient..) que je m’étais créée. Et accepter que j’étais une femme à part entière, et que je pouvais être bien dans ma peau ainsi.
4 Décembre: jeu de société partant d’une case départ
Chez nous, à l’époque, les jeux de société étaient plutôt des cartes. Cartes italiennes notamment, et engueulades familiales mémorables. 1000 bornes. Trivial Poursuit dépassé 2 ans après sa sortie, comme toujours.
J’ai beaucoup joué avec ma marraine aussi. Qui a désespérément tenté d’intégrer quelques jeux de logique dans mes préférences, mais en vain. Dès qu’il fallait faire de la déduction, ça bloquait, je sentais les neurones se mettre en grève.
Avec mon père, j’ai appris les dames. Et quelle ne fut pas ma fierté lorsque j’ai gagné enfin des parties contre lui. On aimait bien jouer l’un contre l’autre. Le dimanche après le repas. Il fumait sa pipe, je sentais l’odeur parfumée du tabac, il ouvrait la fenêtre derrière pour aérer. Et on se concentrait. J’adorais ces pions tout doux qu’il fallait faire glisser sur un beau damier en bois.
Guère de jeux avec une case départ, donc. Je n’ai jamais aimé le Monopoly, qui me crispait et m’ennuyait. Nous étions assez peu férus de petits chevaux. Plus jeunes, on avait des jeux de l’oie, assez basics et qui ne m’ont pas marquées plus que ça.
C’est amusant que cette suggestion tombe aujourd’hui. Hier, dans un brainstorming cadeaux par mails interposés avec Super Frérot, j’en suis venue à lui faire une suggestion pour nous: un jeu fabriqué par sa douce, et qu’elle nous avait appris l’année dernière, à Noël justement. 2 dés, quelques pions, des cases de toutes les couleurs sur un bout de tissu. Nous y avions passé 2 heures en rigolant comme des fous. Et nous nous étions promis de le refaire chez nous. Sauf que depuis, nous avons oublié les règles, passablement complexes, et jamais pris le temps de mettre notre projet à exécution.
Un joli cadeau donc: un jeu fait maison, et les règles écrites, afin que nous puissions transmettre plus loin cette tradition. Ce sera le bonheur de mon homme qui aime tant jouer, et moi, j’aime l’idée de recevoir ce genre de cadeau de la part de mon frère et de sa chérie.
Mais par contre, je ne me souviens pas s’il y a une case départ….
5 Décembre: masques et attitudes
Ce matin, à moto, en revenant du cinéma, mes yeux tombent sur l’affiche de “Cyrano de Bergerac” qui doit passer prochainement dans notre ville. Pincement au coeur. Je rêverais d’aller voir cette pièce sur scène. En fait, je rêverais de retourner au théâtre.
Mais l’agenda commence à se charger: 2 concerts prévus (l’un de façon certaine, l’autre en attente encore) au 1er trimestres 2011. Un ballet que je ne voudrais manquer pour rien au monde, mais vais-je avoir les moyens de me l’offrir, alors que les finances commencent à fondre sous le soleil?
Alors rajouter une pièce de théâtre, ça fait un peu trop.
Et puis c’est de ma faute aussi. Je n’ai qu’à chercher les bons plans, rebondir sur des idées, et surtout aller jusqu’au bout des envies, plutôt que de me dire sans cesse “ah si je…” et continuer à me lamenter.
J’ai peur des vrais masques, aussi beaux puissent-ils être. Ils m’ont toujours mis profondément mal à l’aise. Lorsque je faisais du théâtre, il y a fort longtemps, nous avons eu quelques cours avec masques. Et même en étant derrière, je ne pouvais pas. Notre prof nous expliquait à quel point il était important d’insister sur l’attitude corporelle pour compenser la rigidité du visage, mais ça ne passait pas. J’avais l’impression d’étouffer, derrière ce bout de carton ou de bois. Je ne me sentais pas à l’aise, avec un champs visuel aussi réduit.
Je préfère les masques réels. Ceux que chacun se compose au quotidien. Ceux que je parviens à dépasser, ou non. Ceux qui me parlent ou me repoussent. Mais qui sont de chair, qui sont vivants. Et qui changent à chaque seconde qui passe…
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